Une semaine sous pression

L'intelligence artificielle aura été le véritable fil rouge de la semaine. Après plusieurs séances très mouvementées, le CAC 40 termine en baisse de 0,55% à 8 385 points, soit un recul de 0,43% sur l'ensemble de la semaine. Les investisseurs continuent de s'interroger sur la capacité du secteur technologique à prolonger son impressionnant rallye des derniers mois. Les prises de bénéfices se poursuivent, alimentées cette fois par le net repli d'Apple à Wall Street, qui ravive les interrogations sur les valorisations du secteur.

Le constat est simple : l'IA reste un formidable moteur de croissance, mais elle a aussi un coût. Apple et Microsoft ont annoncé des hausses de prix sur certains produits afin d'absorber l'envolée du coût des puces mémoire, conséquence directe de la demande toujours plus forte pour les data centers. Cette inflation des coûts commence à faire naître des interrogations sur les marges futures des géants technologiques. Résultat, les valeurs du secteur sont de nouveau sous pression. En Europe, STMicroelectronics perd près de 4% et ASML près de 3%.

Dans ce contexte, la baisse du pétrole passe presque au second plan. Les cours poursuivent pourtant leur repli, malgré un bref sursaut la veille après l'attaque d'un cargo au large d'Oman. Les investisseurs préfèrent aujourd'hui se concentrer sur les perspectives de la tech, qui reste plus que jamais le principal moteur des marchés.

Les valeurs

1 - Accor. Le géant de l'hôtellerie marque une pause après avoir inscrit un nouveau record en Bourse à 52 ?. Le titre recule de 2,79% à 50,18€ après que Jefferies a abaissé sa recommandation estimant que les bonnes nouvelles sont désormais largement intégrées dans le cours. En trois mois, l'action avait déjà rebondi de près de 25%, portée par la reprise du tourisme au Moyen-Orient, une région qui représente 10% des revenus d'Accor, contre 6% seulement pour son concurrent InterContinental. Si Barclays reste optimiste avec un objectif de cours de 62 ?, Jefferies se montre plus prudent et ramène le sien de 55 à 52 ?.

La banque estime que les performances opérationnelles du groupe restent en retrait. L'activité principale d'Accor, qui représente 78% de ses bénéfices, n'a progressé que de 6,3% ces deux dernières années, alors que la direction visait une croissance comprise entre 9% et 12%. Les marges de l'activité hôtelière traditionnelle ont également légèrement reculé, passant de 73,8% en 2022 à 73,2% en 2025. Pour Jefferies, Accor reste un groupe de qualité, mais après son récent parcours boursier, le potentiel de hausse apparaît désormais plus limité. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 4%.

2 - Exail Technologies. La pépite française de la défense s'envole de 25,28% ce soir à 116,7€ après la confirmation de négociations exclusives avec Safran en vue d'un éventuel rachat. Le groupe aéronautique serait prêt à proposer 128,50 ? par action, soit une prime de 37,95% par rapport au cours de clôture de la veille. L'action grimpe ainsi jusqu'à 122,20 ?, tandis que Safran recule d'environ 3%, les investisseurs intégrant le coût potentiel de l'opération. Rien n'est encore signé, mais cette approche confirme l'intérêt stratégique croissant pour les entreprises positionnées sur les technologies de défense.

L'engouement n'est pas un hasard. En 2025, Exail a enregistré 844 millions d'euros de prises de commandes, en hausse de 87%, portant son carnet de commandes à 1,1 milliard d'euros (+52% sur un an). Son chiffre d'affaires a progressé de 28% à 479 millions d'euros, dont près de 80% proviennent de ses activités de navigation et de robotique maritime. Début 2026, le groupe a également remporté un contrat d'environ 40 millions d'euros auprès de l'OTAN pour fournir plusieurs centaines de robots sous-marins de déminage. Exail vise désormais une croissance à deux chiffres de son activité cette année, avec 10 à 15 millions d'euros d'investissements supplémentaires pour répondre à une demande qui ne cesse de s'accélérer. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 46%.

Le coin des smalls

La défense européenne : Berlin a officiellement enterré le programme F126, six frégates qui devaient être les plus grands navires de guerre allemands depuis 1945. Délais, dérapages de coûts et risques jugés ingérables : la facture des six bâtiments aurait dépassé 18 milliards d'euros, contre 10 milliards initialement. Rheinmetall, pressenti comme maître d'?uvre via sa division navale NVL, paie l'addition en Bourse : le titre a chuté jusqu'à 20%, effaçant plus de 11 milliards d'euros de capitalisation. Berlin se rabat sur huit frégates Meko A-200 de TKMS, grand gagnant du jour.

Le résultat du vendredi : +30% sur les Mac !

L'intelligence artificielle commence à faire grimper la facture. Nous évoquions ce risque ces derniers jours dans le Journal de la Bourse. Apple a annoncé hier des hausses de prix comprises entre 15% et 30% sur plusieurs Mac et iPad, en raison de l'explosion du coût des puces mémoire et de stockage. Le MacBook Air passe ainsi de 1 199 ? à près de 1 399 ?, l'iPad d'entrée de gamme de 389 ? à 509 ?, tandis que le Mac Studio approche désormais les 3 000 ?. Les iPhone restent épargnés pour le moment, mais les analystes n'excluent pas une hausse des modèles Pro dans les prochains mois.

Cette inflation vient directement de la bataille pour l'IA. Les fabricants de puces, comme Samsung, SK Hynix ou Micron, privilégient les commandes des grands centres de données, plus rentables que celles destinées aux ordinateurs, tablettes et smartphones. Les prix de la mémoire vive pourraient grimper de 130% en 2026, tandis que le coût du stockage et de la mémoire pourrait encore doubler d'ici à l'automne 2027, selon Microsoft.

Le géant américain a lui aussi annoncé une hausse des prix de ses consoles Xbox, avec une Series S qui passera de 400 à 500$ aux États-Unis. Cette « IAflation » devient donc un sujet concret pour les consommateurs comme pour les marchés. Apple a d'ailleurs chuté de 6% en Bourse après cette annonce, les investisseurs craignant que des appareils plus chers finissent par peser sur la demande.

Le monde d'après : Le retour de BlackBerry

BlackBerry effectue un retour spectaculaire à Wall Street. L'ancienne icône des téléphones à clavier gagne déjà plus de 200% depuis le début de l'année, après avoir bondi de 9% ce soir à la suite de ses derniers résultats trimestriels. Le groupe canadien, désormais spécialisé dans les logiciels de cybersécurité et les systèmes embarqués, a relevé ses perspectives annuelles et vise désormais une hausse de ses revenus comprise entre 8% et 13%, au-delà de 600 millions de dollars.

La transformation est loin d'être achevée, mais les derniers chiffres ont rassuré. Le chiffre d'affaires a progressé de 26% sur un an et le bénéfice avant impôts et charges financières a bondi de 144%. BlackBerry profite notamment de la montée en puissance des logiciels dans l'automobile, grâce à sa plateforme QNX, utilisée pour les véhicules connectés et autonomes. Le groupe vient d'ailleurs de signer un accord avec Leapmotor, le constructeur chinois de voitures électriques, pour accompagner le développement de sa prochaine gamme de SUV.

L'enthousiasme des investisseurs repose aussi sur le partenariat renforcé avec Nvidia. BlackBerry veut intégrer ses logiciels aux plateformes du géant des puces, destinées aux robots, aux véhicules autonomes et aux équipements médicaux intelligents. Ce débouché pourrait offrir au groupe un nouveau relais de croissance, à condition que ces projets se traduisent rapidement par des contrats et des revenus. Mais après une telle envolée du titre, la prudence reste nécessaire : plusieurs analystes jugent que la valorisation anticipe déjà beaucoup de bonnes nouvelles, alors que le redressement financier du groupe reste encore à confirmer.

Le lexique : IAflation

L'IAflation désigne les hausses de coûts liées à la course mondiale à l'intelligence artificielle. Pour faire fonctionner les nouveaux outils d'IA, les entreprises ont besoin de puces très puissantes, de mémoire, de serveurs, de centres de données et de beaucoup d'électricité. Or, lorsque la demande explose plus vite que l'offre, ces équipements deviennent plus chers. Cette tension peut ensuite se répercuter sur le prix des ordinateurs, smartphones, services cloud ou abonnements numériques.

Ce phénomène ne signifie pas que tous les prix de l'économie vont grimper. Il concerne surtout les secteurs technologiques les plus exposés. Les fabricants de puces, de mémoire ou d'équipements pour centres de données peuvent en profiter, car ils vendent des produits devenus incontournables. À l'inverse, les entreprises qui doivent absorber ces coûts sans pouvoir augmenter leurs prix risquent de voir leurs marges se réduire. À plus long terme, l'IA peut toutefois aussi améliorer la productivité et contribuer à faire baisser certains coûts.