Les marchés : la prudence domine
Le CAC 40 débute la semaine du mauvais pied, en baisse de 0,25% à 8 400 points. Dans une séance pauvre en grands rendez-vous, les investisseurs restent surtout concentrés sur les négociations entre les États-Unis et l'Iran en Suisse. Des progrès ont été annoncés, avec la mise en place d'une ligne de communication destinée à sécuriser le transit dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour près d'un cinquième du pétrole mondial. Cette avancée contribue à faire reculer les prix du pétrole, mais elle ne suffit pas encore à rassurer totalement les marchés.
Les investisseurs ont déjà vu trop de signaux contradictoires ces dernières semaines pour considérer qu'une véritable percée diplomatique est acquise. Le marché préfère donc rester prudent, d'autant que la baisse du pétrole pèse aussi sur certaines valeurs liées à l'énergie. Côté entreprises, quelques dossiers tirent malgré tout leur épingle du jeu : Carrefour progresse de 3,54% après une opinion favorable de Morgan Stanley, Lisi bénéficie d'un conseil positif de Berenberg, et Pierre & Vacances avance de 4,85% grâce à une offre de rachat par un fonds émirati.
À l'inverse, le luxe pèse lourdement sur la tendance européenne. Hermès chute de près de 5,90% après une note prudente de Kepler Cheuvreux, qui anticipe une pression sur les marges au premier semestre. Le mouvement entraîne le secteur dans son ensemble. Une séance sans mouvement de panique, mais sans véritable appétit pour le risque non plus. Les marchés accueillent favorablement les avancées diplomatiques, tout en attendant des signaux plus tangibles avant de se positionner à l'achat.
Les valeurs
Hermès. Le spécialiste de la maroquinerie haut de gamme signe la plus forte baisse du CAC 40 ce soir, avec un recul de 5,90% à 1 620 euros. Les investisseurs redoutent que le ralentissement observé en début d'année se prolonge. Plusieurs analystes estiment que les résultats du deuxième trimestre, attendus fin juillet, risquent de montrer une croissance encore modeste, notamment à cause du conflit au Moyen-Orient, qui a pesé sur les ventes, et d'une demande toujours fragile en Chine.
Le marché s'interroge désormais sur la capacité d'Hermès à retrouver rapidement son rythme de croissance habituel. Certains analystes restent pourtant confiants et rappellent que le groupe conserve l'une des meilleures rentabilités du secteur du luxe. Après plusieurs années de performances exceptionnelles, les investisseurs se montrent désormais beaucoup plus exigeants. La moindre déception se traduit immédiatement par des dégagements en Bourse. À Paris, LVMH recule de 3,59% et Kering de 2,15%. À Milan, Moncler abandonne 3,07% et Salvatore Ferragamo 0,88%. À Londres, Burberry chute de 2,82%.
Maisons du Monde. Maisons du Monde s'effondre de 35,05% à 0,28 euro ce lundi après l'annonce d'un plan de sauvetage très lourd pour les actionnaires. L'enseigne de meubles et de décoration a publié une perte nette de 406 millions d'euros en 2025, pour un chiffre d'affaires en baisse de 5%, à 947 millions d'euros. Le groupe souffre d'un marché de l'ameublement toujours difficile, pénalisé par la faiblesse de l'immobilier, la prudence des consommateurs et la pression de la concurrence.
Pour éviter une procédure de redressement judiciaire, la direction prévoit une restructuration de sa dette avec l'arrivée de deux fonds britanniques, Alteri Investors et Eicos Investment Group. Le problème, pour les actionnaires actuels, est que cette opération va quasiment les effacer du capital : leur part tomberait à moins de 5%, tandis que les nouveaux investisseurs pourraient contrôler environ 95% de l'entreprise. La banque Oddo BHF a donc abaissé son objectif de cours de 2,70 euros à seulement 0,28 euro. Le plan peut permettre à l'enseigne de survivre, mais au prix d'une dilution massive pour les actionnaires existants. Depuis le début de l'année, le titre cède désormais 85%.
Le coin des smalls
Lisi. Lisi atteint un nouveau record en Bourse après l'initiation de suivi de Berenberg à l'achat. Le fabricant français de pièces et fixations pour l'aéronautique et l'automobile gagne 2,52%, à 69,20 euros après avoir touché plus de 72 euros en séance. La banque allemande fixe un objectif de cours à 81 euros, soit encore près de 16% ! L'aéronautique reste le principal moteur du dossier. Berenberg décrit cette activité comme le véritable point fort du groupe, Lisi faisant partie des grands acteurs mondiaux des composants utilisés dans les avions.
L'automobile reste plus difficile, mais le groupe compense par une amélioration de ses produits et de son efficacité industrielle. Autre atout souligné par les analystes : Lisi disposerait d'environ 1 milliard d'euros pour financer de possibles acquisitions. Après un parcours déjà solide, le marché continue donc de valoriser une entreprise bien placée sur la reprise aéronautique et sur la consolidation de son secteur. Depuis le début de l'année, le titre éligible au PEA-PME progresse de 30%.
La pépite de la semaine
Fondée en 1999 par Marc Bidou, son actuel PDG, sous le nom de Maximiles puis rebaptisée Bilendi en 2014, la société est cotée sur Euronext Growth Paris depuis 2005. En vingt-cinq ans, elle s'est hissée parmi les quatre leaders mondiaux de la collecte de données pour les études de marché, aux côtés de Dynata, Prodege et Norstat, tout en restant le seul acteur coté de ce marché oligopolistique.
Le monde d'après : les grands gagnants de SpaceX
SpaceX poursuit son envolée depuis son introduction en Bourse. Le titre gagne déjà 34,5% par rapport à son prix d'introduction de 135$, portant la valorisation du groupe à environ 2.437 milliards de dollars. SpaceX devient ainsi la sixième entreprise la plus valorisée au monde, malgré un chiffre d'affaires de seulement 18,7 milliards de dollars l'an dernier et une perte opérationnelle de 2,6 milliards. Le marché parie donc avant tout sur la croissance future du groupe dans les satellites, les lancements spatiaux et l'intelligence artificielle.
Cette hausse profite d'abord à Elon Musk, dont la fortune atteint désormais environ 1 320 milliards de dollars selon Bloomberg. Sa participation dans SpaceX vaudrait, à elle seule, plus de 900 milliards de dollars. Des milliers de salariés sont également gagnants : avant l'introduction, plus de 4 400 employés sur 22 000 étaient déjà susceptibles de devenir millionnaires grâce à leurs actions. Parmi eux, environ 400 pourraient disposer d'un patrimoine supérieur à 100 millions de dollars.
Alphabet, la maison-mère de Google, figure aussi parmi les grands bénéficiaires. Le groupe avait investi 1 milliard de dollars dans SpaceX dès 2015 et détiendrait encore environ 4,9% du capital. Cette participation représenterait aujourd'hui près de 130 milliards de dollars, soit une plus-value considérable. SpaceX et Alphabet restent, par ailleurs, liés sur le plan industriel : un accord prévoit que SpaceX fournisse des capacités de centres de données à Alphabet pour environ 920 millions de dollars par mois entre octobre 2026 et juin 2029. L'introduction en Bourse de SpaceX redistribue donc déjà des fortunes considérables, tout en renforçant les liens entre les grands acteurs de la technologie américaine.
L'agenda du lundi : une semaine décisive
La semaine débutera avec un premier test pour l'économie européenne. Dès demain, les indices d'activité PMI seront publiés dans les principales économies de la zone euro. Très suivis par les marchés, ces indicateurs permettent de mesurer si les entreprises voient leur activité accélérer ou ralentir. Après plusieurs mois de faiblesse, les investisseurs espèrent que la détente des prix du pétrole et l'apaisement des tensions au Moyen-Orient commenceront à soutenir la conjoncture.
Le temps fort de la semaine interviendra toutefois jeudi avec la publication de l'indice PCE aux États-Unis, la mesure de l'inflation privilégiée par la Réserve fédérale. Si les pressions sur les prix restent élevées, la Fed pourrait être tentée de maintenir une politique monétaire prudente plus longtemps. Des chiffres qui pourraient donc influencer les marchés des deux côtés de l'Atlantique.
Demain à la une : le retour des indicateurs
Après un lundi très calme, les marchés retrouveront un peu d'animation avec la publication des indices PMI, des indicateurs qui permettent de prendre le pouls de l'activité économique. La zone euro ouvrira le bal à 10 heures, avant les États-Unis dans l'après-midi. Les investisseurs espèrent y voir les premiers effets de la détente sur les prix du pétrole et de l'apaisement des tensions entre Washington et Téhéran, même si un véritable rebond de l'activité paraît encore prématuré.
En Europe, le marché table sur une légère amélioration après deux mois consécutifs de contraction de l'activité. Aux États-Unis, les investisseurs vérifieront si l'industrie conserve son élan après un mois de mai particulièrement solide, ou si le ralentissement attendu commence déjà à se faire sentir. Des publications qui pourraient donner une première indication sur l'état de santé de l'économie des deux côtés de l'Atlantique.
Le lexique : PMI
L'indice PMI mesure l'activité économique dans un secteur donné, comme l'industrie manufacturière ou les services. Calculé à partir d'enquêtes auprès des directeurs d'achat, il évalue des critères tels que la production, les nouvelles commandes, l'emploi et les stocks. Un PMI supérieur à 50 indique une expansion de l'activité, tandis qu'un indice inférieur à 50 signale une contraction. Cet indicateur est largement suivi par les investisseurs et les économistes, car il offre une vue d'ensemble rapide de la santé économique et des tendances à court terme dans un secteur ou une économie.









