Les marchés : SpaceX, décollage historique !

Belle séance en Bourse ! Le CAC 40 gagne 1,83% aujourd'hui à 8 351 points (+1,6% sur la semaine). Globalement, toutes les places européennes signent de fortes hausses, mais Wall Street est plus mitigée (+0,7% environ sur ses principaux indices). Deux actus ont animé la séance : la 39e annonce de paix de Trump avec l'Iran (oui oui, 39 selon la presse américaine) et bien sûr, l'entrée en Bourse historique de SpaceX.

Selon Bloomberg, l'action pourrait s'envoler de 35% aujourd'hui. Et symboliquement, l'opération pourrait faire d'Elon Musk la première personne à atteindre une fortune de 1 000 milliards de dollars. Cette édition est en grande partie dédiée à SpaceX, et vous allez le voir, tout n'est pas rose ! Une synthèse extrêmement courte de notre opinion : prudence à court terme, mais nous croyons au dossier sur le long terme.

Les valeurs : Eramet et Safran

Le marché redonne du souffle à Eramet. L'action gagne 11,01% à 55,15 euros ce vendredi après des informations du Financial Times évoquant l'intérêt du fonds américain Orion Critical Mineral Consortium, soutenu par les États-Unis et les Émirats arabes unis, pour une entrée au capital du groupe minier français. Selon ces rumeurs, Orion pourrait reprendre tout ou partie de la participation de la famille Duval, principal actionnaire d'Eramet. Au-delà de l'aspect financier, cette opération s'inscrirait dans une stratégie plus large visant à sécuriser l'approvisionnement occidental en métaux stratégiques, alors que la Chine domine encore largement la plupart des matières premières essentielles à la transition énergétique.

Cette information tombe à point nommé pour un groupe qui traverse une période délicate. Eramet sort d'une année 2025 marquée par une perte de près de 500 millions d'euros, un endettement élevé et plusieurs remous au sein de sa direction. Le groupe a récemment lancé une augmentation de capital de 500 millions d'euros afin de renforcer son bilan. Dans ce contexte, l'arrivée potentielle d'un investisseur de premier plan peut être perçue comme un vote de confiance dans les actifs du groupe et dans son positionnement sur les métaux stratégiques. Pour l'instant, rien n'est confirmé, mais le marché préfère retenir le scénario d'un soutien industriel et financier plutôt que les difficultés récentes du dossier. Depuis le début de l'année, Eramet cède désormais 5% à la Bourse de Paris.

Safran profite de la montée en puissance des budgets de défense en Europe. Le géant français de l'aéronautique et de l'équipement militaire gagne 3,66% ce soir à 306,10 euros après l'annonce d'une commande allemande assez importante. Le groupe va fournir plus de 1 000 jumelles infrarouges multifonctions à l'armée allemande, des équipements qui permettent aux soldats de mieux observer, cibler et se repérer sur le terrain, notamment de nuit ou dans des conditions difficiles.

Cette annonce confirme un point important pour les investisseurs : Safran n'est pas seulement un grand acteur des moteurs d'avions civils. Le groupe dispose aussi d'une activité défense solide, de plus en plus recherchée dans un contexte de réarmement européen. Aucun montant n'a été communiqué, mais cette commande renforce la visibilité du groupe en Allemagne et illustre la demande croissante pour les équipements militaires de haute technologie. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 3%.

Le coin des smalls : Exail Technologies

Lanterne rouge du SBF 120, le spécialiste français des drones sous-marins et des systèmes de navigation chute de 16,17% à 100,60 euros. En cause, un désaccord avec son partenaire financier ICG sur le coût de sortie lié au rachat d'iXblue, une entreprise française spécialisée dans les technologies de navigation, les systèmes maritimes et la robotique, notamment pour la défense, la marine et l'industrie. Exail l'a rachetée en 2022, ce qui a donné naissance à l'actuel groupe Exail Technologies, anciennement Groupe Gorgé. Ce coût de sortie correspond à la somme qu'Exail doit payer pour faire sortir ICG de son financement pour reprendre totalement la main.

Exail estime devoir payer environ 710 millions d'euros au total, tandis qu'ICG réclamerait une somme proche de 1,1 milliard d'euros. Ce désaccord vient surtout de la forte hausse de l'action Exail Technologies, éligible au PEA-PME, qui gagne 24% depuis le début de l'année (malgré la chute de ce vendredi) et 480% sur trois ans. Les négociations vont continuer, et les bureaux d'études pensent qu'un accord amiable reste probable. Ce différend pourrait toutefois obliger Exail à trouver davantage de financement d'ici fin 2026. Dans le scénario le plus difficile, l'entreprise pourrait devoir emprunter environ 170 millions d'euros supplémentaires. Affaire à suivre !

Le secteur de la semaine

Media : la consolidation reprend l'antenne. Les médias ont rappelé cette semaine que dans ce secteur, la valeur se fait et se défait sur le capital plus que sur l'audience. Consolidation relancée, sortie d'actionnaire de référence, diversification hors du cœur de métier, les trois dossiers de la semaine racontent la même histoire. Face à l'érosion structurelle de la télévision linéaire et de la presse, c'est le M&A qui fixe le tempo boursier.

Vous allez investir dans SpaceX ?

... Sans le savoir. Même si vous ne comptez pas acheter l'action, il est possible que vous deveniez bientôt actionnaire de SpaceX sans même cliquer sur le bouton « acheter » ! Pourquoi ? Parce que les grands indices boursiers ne sont pas seulement des thermomètres des marchés. Ce sont aussi des aimants à capitaux. Des milliers de milliards de dollars sont investis dans des ETF qui répliquent automatiquement ces indices. Lorsqu'une entreprise entre dans le Nasdaq, le MSCI World ou le S&P 500, les ETF qui suivent ces indices doivent l'acheter.

L'intégration de SpaceX dans les portefeuilles ne se fera pas en une seule fois. Certains indices disposent de règles permettant d'intégrer rapidement les très grandes introductions en Bourse. Le Nasdaq peut ainsi accueillir une méga-capitalisation quelques jours seulement après sa cotation, si elle remplit les critères nécessaires. MSCI peut également accélérer l'intégration des grandes IPO dans ses indices mondiaux, dont le MSCI World. En clair : de nombreux investisseurs exposés aux ETF technologiques ou mondiaux devraient voir SpaceX apparaître dans leur portefeuille assez vite, probablement dès la semaine prochaine.

Contrairement au Nasdaq, le S&P 500 ne devrait pas intégrer SpaceX immédiatement après son introduction en Bourse. Ses règles ne seront pas modifiées pour accélérer l'entrée des méga-IPO : une société doit notamment être cotée depuis au moins un an, disposer d'un flottant suffisant (voir lexique), être liquide et respecter des critères de rentabilité avant de pouvoir être sélectionnée. SpaceX ne pourrait donc rejoindre le S&P 500 qu'en juin 2027 au mieux, et seulement si elle coche toutes les cases.

En somme, l'investissement passif n'est jamais totalement passif. Quand vous achetez un ETF, vous déléguez une partie de vos choix aux grands fournisseurs d'indices. Aujourd'hui, vous détenez peut-être Apple, Microsoft ou Nvidia sans les avoir sélectionnés individuellement. Demain, ce sera très certainement SpaceX. C'est toute la puissance, et parfois toute l'ambiguïté, des ETF. Ils simplifient l'investissement, mais ils font aussi évoluer votre portefeuille au rythme des grandes mutations économiques et boursières.

Une action déjà en orbite

L'entreprise d'Elon Musk prévoit de vendre environ 555,5 millions d'actions au prix de 135$ chacune, ce qui lui permettrait de lever plus de 75 milliards de dollars. Ce montant dépasserait largement le précédent record de Saudi Aramco, qui avait levé environ 25,6 milliards de dollars en 2019. Avant même le début officiel de sa cotation, Bloomberg estime que la valeur de SpaceX pourrait bondir d'au moins 35% dès son premier jour de cotation. Sur cette base, l'entreprise pourrait être valorisée autour de 2 400 milliards de dollars, contre environ 1 770 milliards de dollars selon le prix fixé pour l'opération !

Pour l'anecdote, les utilisateurs de la plateforme de paris Polymarket estiment à 70% la probabilité que SpaceX termine sa première séance au-dessus des 2 000 milliards de dollars de valeur en Bourse. Si ces prévisions se confirment, SpaceX entrerait directement parmi les plus grandes entreprises mondiales, juste derrière Amazon, valorisée à environ 2 597 milliards de dollars. C'est colossal, surtout pour une entreprise qui a réalisé environ 18,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2025, pour une perte nette de 4,9 milliards !

Il faut être très clair : le titre est en orbite au moment de son lancement, mais l'atterrissage pourrait être brutal si les perspectives de croissance et les prochains résultats financiers déçoivent.

Le monde d'après : les pleins pouvoirs du roi Musk

L'introduction en Bourse de SpaceX ne fait pas seulement parler pour sa valorisation gigantesque. Elle soulève aussi de sérieuses questions de gouvernance. Selon le prospectus d'introduction, Elon Musk détiendrait environ 46% du capital après l'opération, mais contrôlerait plus de 82% des droits de vote grâce à une structure à deux classes d'actions. En clair, les investisseurs pourront acheter l'histoire SpaceX, mais ils auront très peu de pouvoir pour peser sur les grandes décisions du groupe.

Cette concentration du pouvoir inquiète plusieurs observateurs, de l'excellente société américaine d'analyse financière Morningstar à des universitaires de Harvard, en passant par des responsables de fonds de pension. Le risque est simple : Elon Musk pourrait devenir quasiment inamovible, avec une capacité très limitée pour les actionnaires minoritaires de contester sa stratégie, sa rémunération, la composition du conseil d'administration ou d'éventuels conflits d'intérêts avec ses autres sociétés. Le roi Musk a les pleins pouvoirs.

SpaceX prévoit également de limiter la possibilité pour les actionnaires de soumettre des résolutions et pourrait recourir à des procédures d'arbitrage obligatoires, réduisant encore les recours traditionnels. Le débat est donc majeur pour les investisseurs. SpaceX est probablement l'un des dossiers actuels les plus fascinants de Wall Street, entre spatial, satellites, intelligence artificielle et ambition martienne. Mais cette IPO pourrait aussi créer un précédent dangereux : celui d'une entreprise qui attire massivement les capitaux publics tout en laissant aux nouveaux actionnaires très peu de droits réels.

Là aussi, le message est clair : les investisseurs pourront financer le rêve SpaceX, sans jamais vraiment le contrôler..

Le lexique : le flottant

Le flottant d'une action désigne la part du capital d'une entreprise qui est réellement disponible à l'achat et à la vente en Bourse. Autrement dit, ce sont les actions qui circulent librement sur le marché, en excluant généralement celles détenues durablement par les fondateurs, l'État, ou de grands actionnaires stables. Plus le flottant est élevé, plus l'action est liquide, donc généralement facile à acheter ou à vendre.