Les marchés : deux paris contraires !

Après +1,76% hier, le CAC 40 cède 1,03% ce soir à 8 173 points. Dans le précédent Journal de la Bourse, nous appelions à la prudence face aux espoirs d'accord imminent entre Washington et Téhéran. Depuis, de nouvelles frappes américaines contre des sites de missiles dans le sud de l'Iran ont eu lieu, faisant baisser les indices européens aujourd'hui (-1,1% sur l'Euro Stoxx 50) et remonter le pétrole (+4,3%). Toute l'attention reste focalisée sur le Moyen-Orient, et dans une moindre mesure sur l'IA.

Malgré cela, les marchés restent partagés. Tokyo a fini en légère baisse cette nuit (-0,25%) et Wall Street a rouvert ses portes cet après-midi, après la séance fériée d'hier. Les Américains font clairement le pari, pour le moment, d'un accord prochain : +1% sur le Nasdaq, +0,6% sur le S&P 500.

Les valeurs : Exail Technologies et Air France-KLM progressent

Le spécialiste de la robotique civile et militaire progresse de 3,30% aujourd'hui, à 128,50 euros, après une conférence organisée à Nice, où son directeur général a présenté de bonnes perspectives de développement. L'entreprise profite d'une demande croissante pour ses robots maritimes, notamment dans la défense, ainsi que pour ses systèmes de navigation capables de fonctionner sans signal GPS. Selon le cabinet Bernstein, Exail est bien placé sur deux marchés en forte croissance : les drones maritimes utilisés pour détecter et neutraliser les mines (plus que jamais d'actualité?), et les systèmes de navigation de haute précision.

Ces technologies deviennent de plus en plus importantes avec la hausse des tensions géopolitiques, notamment dans le détroit d'Ormuz, et la multiplication des brouillages GPS. Bernstein estime que le marché potentiel des systèmes de navigation d'Exail représente environ 4 milliards d'euros. Le bureau d'études reste donc positif sur l'action, avec un objectif fixé à 167 ?, soit un potentiel de hausse de 30% par rapport au cours actuel. Désormais, l'action Exail s'envole de 58% depuis le début de l'année.

Air France-KLM

Malgré le regain de tension au Moyen-Orient, Air-France KLM signe une hausse de 1,97% à 11,11 euros ce soir. Morgan Stanley recommande désormais d'acheter l'action, estimant que le titre est devenu bon marché. Le groupe aérien a bien sûr été pénalisé par la guerre au Moyen-Orient, qui a fait bondir les prix du pétrole et donc du carburant utilisé par les avions. Sur un an, ce carburant a augmenté de 80,5%. Air France-KLM prévoit ainsi une facture de 9,3 milliards de dollars en 2026, soit 2,4 milliards de dollars de plus qu'en 2025. Depuis le début du conflit, l'action a reculé de près de 10% mais Morgan Stanley juge que le marché a trop fortement sanctionné le groupe.

Ses prévisions de bénéfice par action pour 2026 ont été abaissées de 26%, davantage que pour ses grands concurrents, et les prévisions de trésorerie ont chuté de 86%. Pour la banque américaine, cette baisse des attentes limite désormais le risque de nouvelle déception. Elle estime que l'action offre un potentiel intéressant, avec une valorisation plus attractive que celle de plusieurs concurrents. Son objectif est pour le moment relevé de 9,40 dollars à 11,50 dollars, limitant toutefois le potentiel à +3,5% à court terme. Les bureaux les plus optimistes visent 16 euros soit +44%. Par ailleurs, Morgan Stanley conserve une préférence pour la maison mère de British Airways (International Airlines Group), jugée plus solide sur sa capacité à générer du cash et à maîtriser ses coûts. Depuis le début de l'année, Air France-KLM cède désormais 4% à la Bourse de Paris.

Le coin des smalls : LDC

Le propriétaire des marques alimentaires Loué et Marie devrait dévoiler demain des résultats annuels meilleurs que prévu. Sa croissance est portée par la forte consommation de volaille en France, des prix plus élevés et des acquisitions à l'étranger. Sur l'exercice clos fin février 2026, le chiffre d'affaires est attendu en hausse de 15,6% à 7,28 milliards d'euros, dépassant nettement l'objectif initial de 7 milliards d'euros. En France, la volaille est devenue la viande la plus consommée en 2025, avec 31,7 kilos par personne sur l'année, dont 25,6 kilos de poulet.

Selon le cabinet d'analyse TP ICAP Midcap, les résultats pourraient favorablement surprendre le marché. La rentabilité devrait en effet être supérieure aux attentes du groupe. Le bureau d'études reste confiant pour l'exercice en cours et estime que l'action LDC reste attractive par rapport à ses concurrents. Il maintient son avis positif sur le titre, avec un objectif de cours de 122 euros, soit un potentiel de hausse d'environ 10%. L'action éligible au PEA-PME gagne 1,28% ce soir, à 110,80 euros (+25% depuis le début de l'année).

La question corporate

Les marchés financiers aiment-ils vraiment la concurrence ? « La concurrence, c'est pour les perdants. » La formule est de Peter Thiel, cofondateur de PayPal et figure emblématique de la Silicon Valley. Dans son essai Zero to One, il défend une thèse qui heurte le sens commun : les meilleures entreprises ne sont pas celles qui affrontent la concurrence frontalement, mais celles qui parviennent à l'éviter. Provocation calculée ? Sans doute. Mais derrière le slogan, une question essentielle pour quiconque investit en Bourse : que valorisent réellement les marchés financiers ?

Le monde d'après : Ferrari, le choc Luce

Ferrari a créé la surprise avec la Luce, son premier modèle entièrement électrique, vendu 550 000 euros. La voiture affiche des performances impressionnantes, avec 530 kilomètres d'autonomie, plus de 1 000 chevaux et une accélération de 0 à 100 kilomètres heure en 2,5 secondes. Mais son style très futuriste choque une partie des passionnés de la marque, habitués aux lignes plus puissantes et traditionnelles de Ferrari.

Le constructeur italien assume cette rupture. La Luce a été pensée pour diviser et attirer une clientèle plus jeune, déjà intéressée par les voitures électriques. Son design a été imaginé avec Jony Ive, ancien responsable du design chez Apple, ce qui explique son aspect très lisse et minimaliste. Mais cette stratégie inquiète aussi les investisseurs : après la présentation, l'action Ferrari chute de 8% ce mardi à Milan.

Les premières réactions sont très négatives chez les puristes, certains jugeant que la voiture ressemble davantage à des modèles électriques grand public qu'à une Ferrari. Plusieurs bureaux d'études estiment que la Luce restera un produit de niche, avec environ 1 000 ventes par an au maximum, soit près de 7% des ventes totales de la marque.

Cette présentation arrive à un moment sensible pour Ferrari. Le cours de Bourse a déjà reculé de 33% en un an, et la marque a revu à la baisse ses ambitions dans l'électrique. Dans son plan pour 2030, les modèles entièrement électriques ne devraient représenter que 20% de la gamme. Le défi est donc clair : Ferrari veut se moderniser, mais sans perdre ce qui fait rêver ses clients historiques, notamment le bruit et la puissance des moteurs traditionnels.

Demain à la une : toujours l'Iran et l'IA

Demain, les investisseurs garderont bien sûr les yeux rivés sur le pétrole et le Moyen-Orient. Sur le plan économique, la journée s'annonce relativement calme, aucune publication majeure n'étant attendue (la fin de semaine sera en revanche plus chargée). Côté entreprises, les nouvelles technologies et l'intelligence artificielle resteront au centre de l'attention, avec les résultats de Salesforce, Soitec, Snowflake, Synopsys et HP. Ces publications seront particulièrement suivies pour évaluer si l'enthousiasme autour de l'IA continue de se traduire dans les chiffres. En France, l'agenda sera plus léger, mais quelques dossiers pourraient animer la cote. Outre Soitec, le marché gardera notamment un ?il sur LDC, dont nous parlions ci-dessus.

Le lexique : l'informatique quantique

L'informatique quantique cherche à utiliser les lois étonnantes de la physique quantique pour effectuer des calculs autrement et bien plus rapidement qu'un ordinateur classique. Là où un ordinateur traditionnel manipule des 0 et des 1, un ordinateur quantique utilise des « qubits », capables de représenter plusieurs états à la fois. L'objectif n'est pas de remplacer nos ordinateurs du quotidien, mais de résoudre, à terme, des problèmes extrêmement complexes : découvrir de nouveaux médicaments, optimiser des chaînes logistiques, améliorer certains modèles financiers ou accélérer des calculs liés à l'intelligence artificielle.

C'est cette promesse qui attire autant les investisseurs en Bourse. IonQ, par exemple, est l'une des sociétés cotées les plus visibles du secteur, avec une technologie de pointe. L'intérêt autour de cette pépite américaine vient de l'idée qu'elle pourrait devenir l'un des grands acteurs d'une technologie de rupture, même si le secteur reste encore jeune, très spéculatif et dépendant de progrès scientifiques majeurs. Ses derniers résultats ont montré une forte croissance du chiffre d'affaires, mais aussi une grande volatilité boursière, signe que le marché hésite encore entre enthousiasme technologique et prudence financière.