Les marchés : L'inflation ravive les tensions
Le CAC 40 poursuit sa série noire. Après trois séances consécutives de baisse, l'indice parisien recule encore de 0,95% à 7 980 points. La situation au Moyen-Orient reste totalement bloquée, le détroit d'Ormuz demeure paralysé et le pétrole repasse au-dessus des 108$ le baril. Un environnement qui pèse naturellement sur l'appétit pour le risque, d'autant que les autres grandes places européennes évoluent elles aussi dans le rouge.
À cette tension géopolitique s'ajoute une mauvaise surprise macroéconomique. Aux États-Unis, l'inflation accélère à 3,8% sur un an en avril, son plus haut niveau depuis près de trois ans, portée notamment par la hausse de l'énergie. Sur un mois, les prix progressent de 0,6%, tandis que l'inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, ressort à 0,4%. Les prix ralentissent légèrement par rapport à mars, mais pas suffisamment pour apaiser les inquiétudes de la Fed. Résultat, Wall Street a accusé le coup, avec un repli de 0,8% pour le S&P 500 et de 1,5% pour le Nasdaq, les investisseurs révisant à la baisse l'hypothèse d'un assouplissement monétaire rapide.
Avec un pétrole élevé, une inflation persistante et un cessez-le-feu avec l'Iran qualifié de « sous perfusion » par Trump, les espoirs de baisse de taux s'éloignent. Avant la guerre, les investisseurs tablaient encore sur deux baisses de taux cette année. Désormais, ils anticipent plutôt un statu quo jusqu'à la fin de l'année. Un très mauvais cocktail pour les actions, qui explique la prudence actuelle des investisseurs.
Ce soir, dans Le Monde d'Après, nous revenons sur un pays qui profite pleinement de la flambée du pétrole. Nous vous dévoilons aussi les prévisions d'un analyste très suivi sur le Nasdaq. Bonne lecture !
Les valeurs
Ses. Porté par des résultats trimestriels meilleurs que prévu, l'opérateur de satellites s'offre la plus forte hausse du SBF 120, avec un bond de 5,22% à 7,85 euros. Le groupe, qui fournit des services de connexion pour les avions, les gouvernements, les médias ou encore les bateaux, profite pleinement de l'intégration de son concurrent américain Intelsat, racheté l'an dernier. Les revenus progressent fortement et la rentabilité s'améliore grâce à une baisse des coûts. Le marché apprécie également la bonne dynamique dans l'aviation et les services gouvernementaux, deux activités considérées comme stratégiques pour l'avenir.
Mais derrière cette publication solide, tout n'est pas encore totalement réglé. Une partie de la bonne surprise provient d'un élément exceptionnel dans l'activité aviation, ce qui pousse certains analystes à rester prudents. Les activités historiques liées aux médias continuent de ralentir, tandis que la concurrence de nouveaux acteurs comme Starlink reste très forte. Les investisseurs gardent aussi un ?il sur un autre sujet potentiellement explosif pour le titre : la possible vente de fréquences télécoms aux États-Unis, qui pourrait rapporter plusieurs milliards de dollars à SES. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 40%.
Siemens Energy continue de surfer sur la vague de l'intelligence artificielle et de la transition énergétique, mais cela ne suffit plus à impressionner la Bourse. Le groupe allemand, spécialisé dans les infrastructures électriques et énergétiques, publie pourtant des commandes record à 17,7 milliards d'euros, tirées notamment par les besoins gigantesques des data centers et la modernisation des réseaux électriques. Le bénéfice bondit de près de 67% et le groupe accélère même son programme de rachat d'actions grâce à une génération de trésorerie très solide. Malgré cela, le titre recule de 5,31% à 169,02 euros.
Le marché sanctionne en réalité un détail devenu essentiel : les résultats, bien qu'excellents, ressortent légèrement sous les attentes des analystes. Une preuve que les investisseurs demandent désormais toujours plus aux grandes valeurs liées à l'IA et à l'électrification. Sur le fond pourtant, l'histoire reste impressionnante. Après avoir frôlé la catastrophe en 2023, Siemens Energy s'est totalement redressé et affiche désormais un carnet de commandes record de 154 milliards d'euros, offrant une visibilité très forte pour les prochaines années. Le titre gagne déjà plus de 40% depuis le début de l'année, et près de 1400% depuis 2024.
Le coin des smalls
Touax, le spécialiste français de la location de conteneurs, wagons de fret et barges fluviales surveille de près les tensions au Moyen-Orient, mais son exposition directe reste limitée. Seulement 2% du trafic mondial de conteneurs passe par le détroit d'Ormuz, contre près de 20% pour le pétrole. En clair, la crise complique la logistique et renchérit les coûts de transport, mais elle ne bloque pas le c ?ur de l'activité. L'entreprise observe même une certaine résistance du commerce mondial, soutenue notamment par les exportations chinoises.
Dans ce contexte incertain, la location peut aussi devenir plus attractive que l'achat pour les clients, ce qui joue en faveur de l'acteur français du transport. La société mise également sur l'Inde, où elle se développe dans le fret ferroviaire, et sur la transition écologique avec des équipements à longue durée de vie. Reste que le marché demeure prudent. Depuis le début des tensions en mars, Touax a abandonné 19%. Ce mardi, le titre, éligible au PEA-PME, progresse de 1,32% à 3,84 euros, mais affiche encore une baisse de 7% depuis le 1er janvier.
La question corporate
Les investisseurs individuels sont-ils devenus le nouveau moteur des IPO small caps ? Pendant longtemps, les introductions en Bourse des PME françaises étaient principalement pensées pour les investisseurs institutionnels. Les particuliers existaient dans les allocations, mais rarement au c ?ur du dispositif. Pourtant, depuis plusieurs années, le paysage change profondément.
Objectif 30 000 points ?
Le Nasdaq continue de défier les sceptiques. Porté par l'intelligence artificielle, les semi-conducteurs, le cloud et les grands groupes technologiques américains, l'indice a inscrit de nouveaux records et progresse déjà fortement depuis le début de l'année. Pour Dan Ives, célèbre analyste de Wedbush, la hausse pourrait même se poursuivre avec un objectif symbolique de 30 000 points, soit encore près de 14% de potentiel selon ses estimations.
Selon lui, le cycle haussier de l'IA ne ferait que commencer. La demande reste très forte pour les puces, les logiciels, la cybersécurité, les infrastructures et l'énergie nécessaires au développement de cette révolution technologique. Pour les investisseurs, l'enjeu n'est donc pas seulement de miser sur une seule valeur emblématique comme Nvidia, mais de s'exposer plus largement à l'ensemble de l'écosystème américain de la tech.
Le monde d'après : Le Brésil attire les capitaux
Le réal brésilien s'impose comme l'une des grandes surprises du marché des changes. Depuis le début de la guerre en Iran, la monnaie brésilienne est celle qui s'est le plus appréciée, jusqu'à revenir autour de 4,89 reals pour un dollar, un plus bas depuis deux ans et demi. Cette envolée ne s'explique pas seulement par un reflux du billet vert. Elle reflète surtout une combinaison très favorable pour le Brésil, entre flambée des matières premières, amélioration des comptes extérieurs et attractivité financière retrouvée.
Le premier soutien vient du profil exportateur du pays. Le Brésil profite pleinement de la hausse du pétrole, dont il est producteur, mais aussi de ses exportations de soja et de minerai de fer. Résultat, l'excédent commercial pourrait fortement progresser cette année. À cela s'ajoute la politique monétaire très restrictive de la banque centrale. Avec des taux restés à des niveaux très élevés, le pays attire les investisseurs à la recherche de rendement, via ce que l'on appelle le carry trade (voir lexique), une stratégie consistant à emprunter dans des pays où les taux sont faibles pour placer dans ceux où ils sont élevés. Ce différentiel de taux a ainsi provoqué un afflux massif de capitaux vers le réal.
Si le Brésil profite aujourd'hui de son éloignement des grandes zones de conflit, la devise pourrait redevenir plus volatile à mesure que se rapprochera l'élection présidentielle d'octobre. Le réal profite aujourd'hui d'un alignement rare de facteurs favorables, mais cette belle dynamique reste, comme souvent sur les devises émergentes, sensible au retour du risque politique.
L'agenda : Demain à la une
Croissance et résultat
La séance de mercredi s'annonce bien remplie, avec plusieurs rendez-vous capables de donner du relief à un marché attentif à la fois à la conjoncture et aux résultats d'entreprises. Avant l'ouverture, l'inflation d'avril en France donnera un premier signal sur l'évolution des prix, puis à 11 heures l'estimation de la croissance du PIB en zone euro dira si l'économie européenne garde un peu d'élan. L'après-midi, les prix à la production aux États-Unis, qui mesurent les hausses de coûts en amont pour les entreprises, seront scrutés pour voir si les tensions sur les prix persistent. Côté valeurs, Alstom publiera après Bourse ses résultats annuels, Vallourec son chiffre d'affaires trimestriel, tandis que plusieurs poids lourds allemands comme Allianz, Deutsche Telekom, Siemens et RWE seront aussi au rendez-vous.
Le lexique : Carry trade
Le carry trade est une stratégie qui consiste à emprunter de l'argent dans un pays où les taux d'intérêt sont faibles, puis à l'investir dans un autre pays où les taux sont plus élevés. L'objectif est de profiter de cet écart de rendement. Cette stratégie peut soutenir la monnaie du pays qui offre les taux les plus attractifs, car elle attire des capitaux étrangers. En revanche, elle devient risquée si cette monnaie se met à baisser fortement.









