Les marchés
La Bourse de Paris repart dans le rouge ce lundi, les espoirs d'accord entre les États-Unis et l'Iran ayant été brutalement refroidis pendant le week-end. Le CAC 40 recule de 0,69% à 8 056 points, tout en préservant de justesse le seuil des 8 000 points. La contre-proposition transmise par Téhéran via le Pakistan a été rejetée par Donald Trump, qui l'a jugée « totalement inacceptable ». Résultat, la défiance revient sur les marchés européens, tandis que le Brent repart à la hausse, autour de 104$ le baril.
Le contraste est saisissant avec Wall Street, qui continue de résister. Les indices américains enchaînent désormais six semaines consécutives de hausse. Depuis leurs points bas de fin mars, le S&P 500 a bondi de plus de 15%, et le Nasdaq de plus de 25%. Le moteur reste toujours le même : l'intelligence artificielle. Les investisseurs achètent l'IA, encore l'IA, toujours l'IA. C'est ce qui explique l'écart qui se creuse à nouveau entre les actions américaines et européennes. Vendredi encore, l'Euro Stoxx 50 perdait 1%, le Dow Jones terminait stable, tandis que le Nasdaq 100 bondissait de 2,35%. Une parfaite illustration de l'investissement à l'ère de l'IA.
La semaine pourrait désormais se jouer en partie en Chine. Donald Trump y est attendu à partir de jeudi, et les marchés surveilleront de près les éventuels équilibres diplomatiques entre Washington et Pékin. Une pression chinoise sur l'Iran pourrait faciliter une réouverture du détroit d'Ormuz. À l'inverse, des tensions commerciales ou technologiques trop fortes entre les États-Unis et la Chine pourraient raviver l'escalade. Autrement dit, le dossier iranien reste au c ?ur du marché, mais la prochaine pièce du puzzle pourrait bien se jouer à Pékin. Affaire à suivre !
Les valeurs
Pernod Ricard, le géant français des spiritueux recule de 3,45% à 61,48 euros après l'ouverture d'une enquête de l'autorité indienne de la concurrence. Le groupe est soupçonné d'avoir favorisé ses propres marques auprès de distributeurs à New Delhi, au détriment de ses concurrents. En clair, Pernod Ricard est accusé d'avoir aidé certains détaillants à obtenir des financements en échange d'une présence renforcée de ses produits dans les magasins. Le groupe conteste fermement ces accusations, mais le marché retient surtout une chose : l'Inde est aujourd'hui un marché stratégique pour Pernod Ricard.
Et c'est bien là le vrai sujet. L'Inde représente l'un des principaux moteurs de croissance du groupe, dans un contexte où la consommation ralentit dans plusieurs pays occidentaux. Or, cette nouvelle affaire vient s'ajouter à une série de tensions réglementaires et fiscales déjà en cours dans le pays. Résultat, les investisseurs craignent que ces difficultés compliquent encore davantage le développement du groupe sur un marché devenu essentiel pour son avenir. Pour l'instant, aucune sanction n'a été prononcée, mais l'enquête pourrait durer plusieurs mois et maintenir la pression sur le titre. Depuis le début de l'année, le titre cède 16%.
Renault et Stellantis calent en Bourse après une note prudente de Bank of America. La banque américaine s'inquiète de la montée en puissance des constructeurs chinois en Europe, notamment sur les voitures électriques et hybrides. Le constat est simple : les modèles chinois sont souvent moins chers, mieux équipés et de plus en plus compétitifs. Résultat, Renault recule de 2,3% tandis que Stellantis abandonne 1,75%.
Pour le marché, le danger devient très concret. Les groupes chinois gagnent rapidement des parts de marché en Europe et commencent même à produire localement pour contourner les barrières douanières. Or Renault est très exposé aux petits véhicules et aux modèles accessibles, des segments où le prix est décisif. Stellantis, de son côté, souffre déjà d'une rentabilité plus fragile en Europe. Les investisseurs craignent que les constructeurs historiques européens soient pris en étau entre la guerre des prix, les coûts liés à l'électrique et une concurrence chinoise de plus en plus agressive.
ABL Diagnostics, le spécialiste français des logiciels médicaux signe un spectaculaire retour en grâce en Bourse. Le titre éligible au PEA-PME bondit de plus de 24,17% à 0,3 euro après la publication de résultats annuels en forte amélioration, effaçant ainsi toutes ses pertes depuis le début de l'année. Cette petite société française développe des logiciels utilisés dans le domaine médical, notamment pour analyser certaines maladies infectieuses et améliorer le suivi des patients. Son chiffre d'affaires progresse de plus de 30% en 2025, porté par une forte croissance à l'international, notamment au Japon et en Inde.
Mais surtout, ABL Diagnostics redevient rentable. Le groupe repasse dans le vert, améliore fortement sa trésorerie et réduit nettement sa dette. En clair, la société montre qu'elle commence à transformer sa croissance en résultats concrets. C'est un signal rassurant sur un dossier encore peu connu mais positionné sur un marché porteur, celui des technologies médicales et de l'analyse de données de santé.
Trois géants pour Armani
Le dossier Armani pourrait devenir l'un des feuilletons boursiers du luxe en 2026. La maison fondée par Giorgio Armani envisagerait de céder 15% de son capital, en trois blocs égaux. Trois acquéreurs privilégiés auraient été désignés : LVMH, L'Oréal et EssilorLuxottica. Trois poids lourds cotés, trois expertises complémentaires, et un même enjeu : se renforcer autour d'une marque italienne iconique, encore non cotée, mais très convoitée.
Pour LVMH, l'intérêt serait évident, consolider encore son emprise sur le luxe européen et enrichir un portefeuille déjà exceptionnel. Pour L'Oréal, Armani représente un actif stratégique dans la beauté, un segment à forte marge et à forte visibilité. Pour EssilorLuxottica, l'enjeu serait de sécuriser un partenariat clé dans les lunettes haut de gamme. En Bourse, ce type d'opération reste à surveiller de près, elle pourrait renforcer le profil de croissance de ces trois groupes, même si l'impact financier dépendra du prix payé, de la gouvernance retenue et de l'évolution réelle du dossier.
Pour les investisseurs, l'idée n'est donc pas d'acheter directement Armani : la maison italienne n'est pas cotée en Bourse. En revanche, il est possible de s'exposer indirectement à ce dossier en investissant dans les trois groupes cotés susceptibles d'entrer à son capital : LVMH, L'Oréal et EssilorLuxottica. Ces valeurs permettent déjà de miser sur trois piliers du luxe européen tout en bénéficiant d'une diversification plus large que celle d'une seule marque. T
Le monde d'après
Les grands gagnants de l'IA. L'intelligence artificielle n'a pas seulement porté les géants les plus médiatisés du secteur. Entre 2021 et 2025, certaines des plus fortes hausses boursières ont été enregistrées par des entreprises moins visibles du grand public, mais devenues essentielles à l'écosystème de l'IA. Palantir arrive largement en tête avec un bond de 876%, devant Vertiv (+549%) et Nvidia (+534%). Ce classement montre une réalité souvent sous-estimée par les investisseurs, les grands gagnants de la vague IA ne sont pas uniquement les concepteurs de modèles, mais aussi les sociétés qui fournissent l'infrastructure indispensable au fonctionnement de cette révolution technologique.
L'IA récompense autant, voire davantage, ceux qui vendent les « pelles et les pioches » que ceux qui captent toute la lumière. Vertiv a profité de l'explosion des besoins en refroidissement des data centers, SK Hynix et Micron de la pénurie de mémoires, Arista Networks de la montée en puissance des réseaux, et Dell de la demande pour les serveurs. Même Nvidia, pourtant symbole absolu de la ruée vers l'IA, n'occupe « que » la troisième place du classement. Cela confirme que la chaîne de valeur de l'IA est bien plus large que le seul segment des puces ou des logiciels conversationnels.
Le marché ne valorise plus seulement une promesse technologique, mais de plus en plus les goulets d'étranglement concrets de l'IA, puissance de calcul, mémoire, refroidissement, transfert de données ou cybersécurité.
L'agenda du lundi : Inflation, pétrole, géopolitique
Les marchés abordent cette nouvelle semaine dans un climat toujours sous tension, entre guerre au Moyen-Orient, hausse du pétrole et nouvelles données sur l'inflation. Dès mardi, les investisseurs surveilleront de près les prix à la consommation en Allemagne puis surtout aux États-Unis, un indicateur clé pour savoir si la hausse de l'énergie commence à se diffuser plus largement dans l'économie. L'inflation française prendra le relais mercredi, avant les ventes au détail américaines jeudi, un indicateur qui montre si les ménages continuent de consommer ou commencent à freiner leurs dépenses. Même si le chiffre mensuel devait un peu rassurer, une inflation toujours installée bien au-dessus des 2% visés par la Fed suffirait à maintenir la pression sur les taux et donc sur les marchés. En clair, la semaine devrait se jouer autour d'un trio bien connu des investisseurs : pétrole, inflation et tensions géopolitiques.
Demain à la une : Le test de l'inflation
La séance de demain s'annonce importante, avec un rendez-vous américain capable d'éclipser le reste : à 14h30, l'inflation d'avril aux États-Unis, mesurée par l'indice CPI, dira si la flambée du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient commence à se diffuser plus largement dans les prix du quotidien. Le matin, les investisseurs auront aussi un ?il sur l'indice ZEW allemand, qui mesure le moral des investisseurs, ainsi que sur l'enquête de la Banque de France sur le climat des affaires. Après la clôture, Eiffage dévoilera ses résultats du premier trimestre. D'ici là, les marchés auront surtout à trancher deux questions clés : le retour de l'inflation américaine et l'impact croissant du choc géopolitique sur l'économie. Rendez-vous demain pour le verdict !
Le lexique : CPI
CPI est l'abréviation de Consumer Price Index, soit en français indice des prix à la consommation. Il mesure l'évolution des prix payés par les ménages pour leurs achats courants et sert donc à suivre l'inflation. Très observé par les marchés, il permet d'évaluer si le coût de la vie accélère ou ralentit aux États-Unis. Comme il peut influencer les décisions de la Fed sur les taux d'intérêt, sa publication provoque souvent des réactions en Bourse.










