Les marchés
Le CAC 40 peine toujours à trouver une véritable direction ce mardi, dans un marché encore inquiet de la situation au Moyen-Orient et en attente des décisions de la Fed et de la BCE. À la clôture, l'indice français perd 0,46%, à 8 104 points. La nouvelle hausse du baril de pétrole (+3%), désormais au-delà des 110$, pèse sur les actions. Nous consacrons une bonne partie de cette édition à l'or noir et à un coup de théâtre signé des Emirats arabes unis.
Cette hausse du pétrole profite comme toujours à Total, qui gagne 1,90% à 78,27 ?, en tête du CAC. À l'inverse, Air Liquide recule de 3,2% après des revenus trimestriels un peu inférieurs aux attentes. Hors CAC, Nexans bondit de 8,2% grâce à une activité meilleure que prévu et à l'annonce du rachat de l'américain Republic Wire pour 680 millions d'euros. On y revient dans la suite de ce journal.
À Wall Street, Spotify chute lourdement de 14% après des prévisions jugées décevantes. Pourtant, le groupe affiche encore une forte audience, avec 761 millions d'utilisateurs mensuels, en hausse de 12% sur un an, et 293 millions d'abonnés premium, en progression de 9%. Son chiffre d'affaires atteint 4,53 milliards d'euros, en hausse de 8%. Mais avec des valorisations technologiques au plus haut, le moindre faux pas est immédiatement sanctionné?
D'ailleurs, les technos américaines sont plus que jamais sous pression, à quelques heures de la publication des résultats trimestriels de plusieurs grands noms. Comme à la fin de 2025, les investisseurs s'interrogent sur la capacité de l'intelligence artificielle à soutenir durablement la croissance du secteur alors que des informations sur des objectifs non atteints par OpenAI ravivent les doutes. Son introduction en Bourse approche à grands pas et le groupe derrière ChatGPT serait en retard sur ses objectifs commerciaux.
Dans ce contexte, le S&P 500 et le Nasdaq perdent respectivement 0,7% et 1,2% pour le moment, après avoir inscrit de nouveaux pics historiques hier. Bonne lecture !
Les valeurs : Air Liquide et Nexans
Le fleuron français Air Liquide a publié un trimestre légèrement décevant, avec un chiffre d'affaires de 6,8 milliards d'euros, en hausse de 1,9%, un peu en dessous des attentes du marché. Cette déception fait reculer l'action de 3,02% ce soir, à 181,62 ?, à la dernière place du CAC 40. Le titre reste toutefois en hausse de 13% depuis le début de 2026, et Air Liquide conserve un profil solide. Ses contrats longs, souvent de 15 ans, lui assurent des revenus réguliers auprès de grands clients industriels. Air Liquide profite aussi de la demande liée à l'intelligence artificielle, car ses gaz ultra-purs sont essentiels à la fabrication des semi-conducteurs. L'électronique ne représente encore que 9% des revenus, mais pourrait fortement contribuer à la croissance future.
Au premier trimestre, le segment de la santé progresse de 4%, l'électronique de 2,9%, tandis que l'industrie recule de 0,9% à cause d'une demande plus faible en Europe et en Asie. Le carnet de commandes atteint 5,5 milliards d'euros, en hausse de 600 millions, et les économies réalisées montent à 142 millions d'euros. La publication est donc un peu faible à court terme, mais elle ne remet pas en cause les forces d'Air Liquide : un modèle défensif, des marges soutenues par les économies réalisées, et une exposition intéressante à l'essor des semi-conducteurs et de l'intelligence artificielle.
Nexans a bien démarré l'année et rassure les marchés : +8,19% ce soir à 148 euros, en tête du SBF 120. Le spécialiste des câbles industriels profite toujours de la forte demande liée à l'électrification, notamment pour la production et la transmission d'électricité. Au premier trimestre, son chiffre d'affaires atteint 1,5 milliard d'euros, avec une croissance organique de 0,1%. Ses activités d'électrification progressent davantage (+4,9%), portées par les câbles liés à la production d'électricité. Le groupe confirme ses objectifs pour 2026 mais sa grande annonce vient surtout du rachat prévu de Republic Wire, un fabricant américain de câbles basse tension basé dans l'Ohio.
Cette société a réalisé environ 520 millions d'euros de chiffre d'affaires l'an passé. Nexans veut ainsi se renforcer aux États-Unis, un marché jugé très attractif, notamment grâce à la demande dans le résidentiel, le commercial et les datacenters. Le marché américain de la basse tension est estimé à environ 12 milliards d'euros. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette stratégie américaine plaît aux investisseurs, le titre signe aujourd'hui un nouveau pic historique à la Bourse de Paris ! Depuis le début de l'année, l'action Nexans s'envole de 17%.
Le coin des smalls : Lumibird
L'expert des lasers de précision déçoit ce mardi, avec une croissance jugée trop faible au premier trimestre. Son chiffre d'affaires n'a progressé que de 0,7%, à 49,7 millions d'euros, en raison du recul de son activité médicale, en baisse de 9,2% à 23,2 millions d'euros. Cette faiblesse est liée à des problèmes logistiques, des tensions d'approvisionnement et aux perturbations causées par le conflit au Moyen-Orient.
La sanction a été immédiate en Bourse, avec une chute de l'action éligible au PEA-PME de 10,29% à 21,35 euros, malgré une hausse encore spectaculaire de 113% sur un an. Les investisseurs attendaient davantage, surtout après la forte progression du titre liée à son exposition au secteur de la défense. Le point positif vient de la division photonique (les technologies qui utilisent la lumière), dont le chiffre d'affaires a augmenté de 11,3%, à 26,6 millions d'euros. Enfin, la direction reste confiante pour 2026 et prévoit une amélioration progressive des résultats.
La question corporate
La nouvelle bourse LISE - Une alternative à Euronext ? Alors que nous observions récemment un frémissement sur le segment des petites capitalisations en ce début d'année 2026, une innovation de rupture vient de passer son premier test réel sur la place de Paris : LISE.
Cette nouvelle bourse, née sous l'égide du règlement pilote européen (SNR DLT), promet de révolutionner l'émission de titres en utilisant la Blockchain pour supprimer les lourdeurs de l'architecture boursière traditionnelle. Nous avons suivi avec attention l'introduction en Bourse de ST GROUP, le premier émetteur à s'aventurer sur cette bourse « alternative ».
Le placement du mardi : faut-il investir dans l'énergie ?
Faut-il encore investir dans les grandes valeurs pétrolières ? La question revient en force depuis la flambée du baril, liée à la guerre en Iran. Total, Shell, ExxonMobil, Chevron ou BP affichent des performances boursières exceptionnelles, aussi bien à court qu'à long terme. Mais au-delà du pétrole, ces groupes sont devenus des acteurs de l'énergie plus diversifiés, présents dans le gaz, l'électricité, le trading ou encore les renouvelables.
Le monde d'après : les Émirats claquent la porte !
Coup de théâtre ! Les Émirats arabes unis annoncent leur départ de l'OPEP et de l'OPEP+ (voir lexique) à partir du 1er mai. Le pays explique vouloir réaligner sa stratégie énergétique et augmenter progressivement sa production de pétrole selon la demande et les conditions du marché. Cette décision intervient bien sûr dans le contexte très tendu au Moyen-Orient que vous connaissez bien, marqué par la guerre en Iran et un choc énergétique mondial. Les Émirats estiment que le marché est déjà en sous-approvisionnement et que leur départ ne devrait donc pas provoquer de bouleversement majeur.
Clairement, les tensions étaient particulièrement fortes avec l'Arabie saoudite. Les Émirats, membres historiques de l'organisation depuis 1967, cherchaient depuis plusieurs années à développer leurs capacités de production, ce qui alimentait les rivalités internes sur les quotas de production. L'OPEP comptait jusqu'ici 12 pays producteurs, tandis que l'OPEP+ existe depuis 2016 et inclut d'autres grands producteurs comme la Russie. Ce départ serait donc un revers important pour les deux organisations, déjà fragilisées par les désaccords internes et les tensions géopolitiques.
Entre les lignes, on comprend surtout que les Émirats arabes unis, sous forte pression financière en raison de la paralysie provoquée par la guerre, ont besoin d'accroître rapidement leurs exportations de pétrole pour faire rentrer des devises. Selon plusieurs sources, la situation financière nationale serait particulièrement tendue. Au-delà des exportations paralysées, l'image du pays est également durement affectée : l'Iran a tiré davantage de drones et de missiles contre les Émirats que contre Israël. Une situation à suivre de très près dans les prochaines semaines.
Demain à la une : une pluie de résultats !
La séance de demain s'annonce particulièrement chargée. Les investisseurs suivront d'abord les chiffres de croissance, d'inflation et d'emploi en zone euro, dans un contexte où la flambée du pétrole ravive les craintes de hausse des prix. Le dossier géopolitique restera central, avec un baril de Brent au-dessus des 110$. Côté banques centrales, la Fed rendra sa décision sur ses taux en soirée, avec une conférence de Jerome Powell très attendue, tandis que la BCE entamera sa réunion avant de dévoiler sa décision jeudi.
Enfin, la saison des résultats battra son plein : en France, Total, Michelin, Amundi, Sopra Steria et Imerys seront surveillés, tandis qu'à Wall Street, Alphabet, Amazon, Microsoft et Meta publieront leurs comptes après la clôture. Ce sera clairement un rendez-vous majeur pour mesurer si les investissements massifs dans l'intelligence artificielle commencent réellement à porter leurs fruits. On en reparle vite !
Le lexique : Opep et Opep+
L'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) est intergouvernementale et rassemble actuellement 11 pays producteurs de pétrole (depuis le départ des Émirats). Son rôle est de coordonner les politiques pétrolières de ses membres, notamment en matière de production, afin de peser sur l'équilibre entre l'offre et la demande et donc sur les prix de l'or noir. Parmi ses membres figurent notamment l'Arabie saoudite, l'Irak, l'Iran, le Koweït, le Nigeria ou encore le Venezuela.
L'OPEP+ est un groupe plus large, créé pour associer l'OPEP à d'autres grands producteurs de pétrole non membres, comme la Russie, le Kazakhstan ou Oman. Il compte 21 pays au total et sert surtout à coordonner des hausses ou des baisses de production afin d'influencer la stabilité du marché pétrolier mondial.










