Les marchés : une semaine décisive
Le CAC 40 évolue sans direction claire pour cette première séance de la semaine, en légère perte 0,19% à 8 142 points (-3,2% la semaine dernière). Les investisseurs se réservent, avant les séances très chargées qui nous attendent. La prudence est aussi de mise face à la hausse du pétrole, avec un baril de Brent en progression de plus de 2,5% à 108,7$. Les marchés attendent par ailleurs plusieurs décisions importantes des banques centrales : on en reparle dans cette édition, ainsi que de l'intérêt du secteur de la défense dans un portefeuille bien diversifié.
L'autre grand sujet de la semaine concerne les résultats des grands groupes technologiques américains. Alphabet, Microsoft, Amazon, Meta et Apple doivent publier leurs rapports trimestriels. Ces entreprises pèsent environ un quart de la capitalisation du S&P 500, ce qui explique l'attention des investisseurs. Qualcomm attire aussi l'attention après des rumeurs de collaboration avec OpenAI sur un possible smartphone, dont la production de masse serait envisagée pour 2028. Cette perspective pourrait inquiéter Apple, dont l'action recule de plus de 1,5% dans les premiers échanges américains.
Les valeurs : Renault au top, Forvia au ralenti
Renault signe la meilleure performance du CAC 40 ce soir (+2,92% à 30,63e) après l'annonce de meilleures perspectives annuelles chez Nissan, son partenaire japonais. Nissan prévoit désormais un chiffre d'affaires d'environ 64 milliards d'euros. Le constructeur anticipe aussi un bénéfice opérationnel (voir lexique) de 270 millions d'euros, alors qu'il prévoyait jusque-là une perte de 320 millions.
Sa perte nette devrait rester importante, mais moins lourde que prévu, à 2,9 milliards d'euros contre 3,2 milliards auparavant. Cette amélioration s'explique par des effets de change favorables, des réductions de coûts et une réglementation américaine moins stricte sur les émissions de CO2.
Nissan devrait ainsi éviter une perte opérationnelle annuelle, ce qui aurait été une première depuis cinq ans. La nouvelle est importante pour Renault, car le groupe français détient encore environ 36% du capital de Nissan. Les pertes de son partenaire japonais avaient fortement pesé sur ses comptes l'an dernier, avec un impact de 2,33 milliards d'euros.
Le contexte reste toutefois difficile pour Nissan, son action a chuté de plus de 50% en cinq ans, pénalisée par une concurrence féroce en Chine, des surcapacités industrielles et une baisse de part de marché aux États-Unis, passée de 10% en 2018 à environ 6,6% l'an dernier. Depuis le début de l'année, Renault cède désormais 14% à la Bourse de Paris.
Forvia. L'équipementier automobile améliore sa situation financière grâce à la vente de son activité d'intérieurs automobiles au fonds d'investissement américain Apollo, valorisée 1,8 milliard d'euros. Cette cession réduit la pression sur sa dette et éloigne le risque de refinancement à court terme. Le groupe se recentre désormais sur les sièges automobiles et l'électronique, sans viser de forte croissance d'ici 2028, mais avec un objectif de marge d'exploitation de 6 à 7%. Forvia reste toutefois encore endetté, avec une valeur d'entreprise d'environ 7 milliards d'euros pour une capitalisation boursière de 2 milliards seulement.
Son flux de trésorerie libre, de 635 millions d'euros en 2024 et 924 millions en 2025, montre une nette amélioration. Si cette tendance continue, Forvia pourrait atteindre son objectif de désendettement d'ici deux ans. Le retour éventuel des dividendes ou des rachats d'actions ne serait envisageable qu'après cette étape. Le marché reste donc prudent, même si le plan de restructuration semble bien engagé. Malgré ces signes encourageants, l'action ne progresse que de 0,10% ce soir à 10,17e (-25,5% en 2026).
Le coin des smalls : OSE Immunotherapeutics
La biotech française bondit de 20,97% en Bourse, à 3,66 euros, après une avancée réglementaire importante pour « Pegrizeprument », un traitement contre le rejet de greffe cardiaque développé par son partenaire Veloxis. Les autorités américaines lui ont accordé le statut de médicament orphelin, réservé aux traitements visant des maladies rares touchant moins de 200 000 personnes aux États-Unis.
Cette annonce renforce la crédibilité du traitement, déjà soutenu par un précédent statut de médicament orphelin obtenu en janvier 2026 pour la greffe du foie. Pegrizeprument avait été découvert par OSE puis licencié à Veloxis en 2021. L'accord peut rapporter à OSE jusqu'à 315 millions d'euros, en plus d'un paiement initial de 7 millions d'euros et de possibles redevances sur les ventes.
L'information est donc positive, mais prudence ! Le statut de médicament orphelin facilite le développement et peut offrir des avantages commerciaux, sans prouver l'efficacité du traitement. En parallèle, OSE poursuit une stratégie plus recentrée sur ses programmes les plus prometteurs, tout en faisant face à des besoins de financement à court terme. Malgré la hausse de ce lundi, l'action éligible au PEA-PME cède 29% depuis le début de l'année.
Le monde d'après : le dilemme
Les grandes banques centrales abordent une semaine décisive dans un contexte très incertain, marqué par la guerre en Iran et ses impacts sur l'inflation, l'énergie et la croissance. La Fed, la BCE, la Banque d'Angleterre et la Banque du Japon doivent toutes se prononcer sur leurs taux, mais aucune ne dispose encore de données suffisamment claires pour agir avec certitude.
La prudence devrait donc dominer. Aux États-Unis, la Fed devrait maintenir ses taux entre 3,5% et 3,75%, alors que le mandat de Jerome Powell s'achève le 15 mai. Les marchés ne s'attendent pas à une baisse immédiate, mais espèrent encore un assouplissement monétaire dans l'année. Le principal enjeu sera donc le ton du discours de la Fed : un message trop ferme pourrait faire grimper le coût de la dette et peser sur les actions américaines.
En zone euro, la BCE devrait elle aussi attendre avant d'agir. Les marchés anticipent deux hausses de taux cette année, notamment à cause du risque de hausse des prix de l'énergie. L'inflation pourrait atteindre 3,1% en avril, selon Goldman Sachs. Malgré cela, la BCE devrait laisser son principal taux à 2% et attendre ses nouvelles projections économiques en juin.
Au Royaume-Uni, la Banque d'Angleterre est également tentée de relever ses taux pour freiner l'inflation. Mais le Japon pourrait être le seul pays à relever ses taux cette semaine, car l'inflation y montre des signes d'accélération. Tokyo hésite encore, car une hausse trop rapide pourrait fragiliser l'économie. Dans l'ensemble, les banques centrales sont confrontées à un dilemme difficile : relever les taux pourrait casser la croissance, mais attendre trop longtemps pourrait laisser l'inflation repartir...
L'agenda du lundi : une semaine importante
Cette nouvelle semaine s'annonce très chargée pour les marchés. Le premier grand sujet sera celui des banques centrales : la Fed se réunira mardi et mercredi, la Banque du Canada annoncera sa décision mercredi, puis la BCE et la Banque d'Angleterre publieront leurs décisions jeudi. Les investisseurs ne regarderont pas seulement les taux, mais surtout le ton employé face au ralentissement de la croissance, à l'inflation et à la hausse récente du pétrole.
L'autre temps fort viendra des statistiques économiques. Aux États-Unis, le PIB du premier trimestre et l'indice d'inflation PCE, très suivi par la Fed pour mesurer l'inflation, seront publiés jeudi. En zone euro, les estimations du PIB et de l'inflation d'avril seront également très importantes, car elles tomberont pendant la réunion de la BCE. En Chine, de nouveaux indicateurs d'activité donneront une indication sur la santé de l'industrie, donc sur la demande mondiale.
La semaine sera aussi décisive côté résultats d'entreprises, avec plusieurs géants de la tech américaine. Microsoft, Alphabet, Meta, Amazon et Apple doivent publier leurs résultats dans les prochains jours. Le marché attend surtout des preuves concrètes que les investissements massifs dans l'intelligence artificielle se traduisent en croissance, en marges et en revenus. Les résultats d'entreprises plus cycliques ou liées à l'énergie, comme Chevron et ExxonMobil, seront aussi suivis dans un contexte de pétrole élevé. Enfin, le contexte géopolitique restera central.
Demain à la une : Air Liquide et Airbus
Demain, les marchés devraient rester tiraillés entre prudence et envie de profiter de la dynamique des résultats d'entreprises. Le principal risque viendra encore du front géopolitique : les négociations entre les États-Unis et l'Iran sont au point mort, le détroit d'Ormuz reste bloqué, et ces tensions entretiennent la pression sur le pétrole, donc sur l'inflation et les marges des entreprises.
Du côté des entreprises justement, Air Liquide, Airbus, Nexans et Teleperformance publieront demain leurs résultats du premier trimestre, avant Visa, Coca-Cola, General Motors et Spotify. La Réserve fédérale ouvrira aussi sa réunion de deux jours, mais sa décision sur les taux ne sera communiquée que mercredi. D'un point de vue technique enfin, les acheteurs viseront dans les prochains jours les 8 215 et 8 265 points sur le CAC 40. Et les vendeurs, les 8 100 et 8 050. À suivre !
Le lexique : la marge opérationnelle
La marge opérationnelle est un indicateur financier qui mesure la part du chiffre d'affaires qu'une entreprise conserve après avoir payé l'ensemble de ses coûts liés à son activité courante (comme les salaires, les matières premières ou les frais de fonctionnement) mais avant de tenir compte des impôts et des intérêts sur ses dettes.
Elle s'exprime en pourcentage : si une entreprise réalise 100 euros de ventes et dégage 15 euros de bénéfice opérationnel, sa marge opérationnelle est de 15%. Plus ce résultat est élevé, plus l'entreprise est efficace pour transformer ses ventes en profit. C'est un outil clé pour comparer la rentabilité de plusieurs entreprises d'un même secteur.









