Les marchés : L'ultimatum fait vaciller les indices

Les marchés retiennent leur souffle. Le CAC 40 bascule dans le rouge et perd 0,67% à 7 909 points, après avoir pourtant dépassé les 8 000 points en milieu de séance. En toile de fond, un seul sujet : l'ultimatum lancé par Donald Trump à l'Iran. À mesure que l'échéance approche, la nervosité monte d'un cran. Les investisseurs réduisent leur exposition au risque, d'autant que le pétrole repart à la hausse. Le Brent évolue autour de 111$ porté par les informations faisant état de frappes sur des infrastructures clés, notamment sur l'île de Kharg, point stratégique de l'industrie pétrolière iranienne. Résultat, le marché efface rapidement ses gains et replonge dans l'incertitude.

La tension est également palpable à Wall Street, où le S&P 500 recule de 0,9% et le Nasdaq de 1,3%. Le ton très offensif de Donald Trump n'a rien fait pour rassurer. Le président américain exige la réouverture du détroit d'Ormuz, passage clé pour le commerce mondial de pétrole, sous peine de frappes massives. Une escalade potentielle qui pourrait avoir des conséquences majeures sur les prix de l'énergie ? et donc sur l'inflation. Dans ce contexte, le pétrole devient à nouveau le principal baromètre du marché : plus il monte, plus les actions reculent.

Enfin, la pression est particulièrement forte en Europe. Depuis le début du conflit, les indices de la zone euro ont davantage souffert que leurs homologues américains. L'Euro Stoxx 50 recule de plus de 7%, contre 4% pour le S&P 500. Une divergence qui s'explique en partie par des perspectives de croissance plus fragiles pour les entreprises européennes. Et alors que la saison des résultats approche, les investisseurs savent que ce facteur pourrait rapidement redevenir central.

En attendant, les marchés gardent les yeux tournés vers l'ultimatum lancé par Donald Trump, qui expire à 2 heures du matin, heure française. Mais malgré la fermeté affichée, l'hypothèse d'une désescalade de dernière minute n'est pas totalement écartée par les investisseurs.

Les valeurs : beau temps pour Publicis et Universal Music

Publicis. Le groupe publicitaire français grimpe de 1,13% à 73,3 euros et figure parmi les plus fortes hausses du marché parisien ce soir. Le titre profite d'abord de rumeurs de presse selon lesquelles le groupe aurait remporté un important contrat de Microsoft, jusqu'ici détenu par le japonais Dentsu. Ce budget, évalué à 700 millions de dollars, serait une belle prise pour le groupe français. Le marché salue aussi une annonce, cette fois bien officielle, avec l'acquisition d'une agence spécialisée dans le marketing sportif et culturel. Ces deux éléments confortent la trajectoire de Publicis, qui enchaîne déjà les succès commerciaux depuis plusieurs trimestres.

Le groupe montre qu'il continue de gagner des parts de marché, tout en élargissant son savoir-faire dans les domaines du sport, de la culture et de la donnée. Cela renforce son profil de croissance, alors même que le contexte économique reste incertain. Le principal risque, à court terme, reste un ralentissement des dépenses publicitaires si la conjoncture se dégrade. Mais pour l'instant, le marché retient surtout que ce contrat potentiel et cette acquisition viennent renforcer la trajectoire de croissance de Publicis, alors même que plusieurs analystes jugent le titre encore peu cher. Malgré ce signal positif, l'action recule encore de 17% depuis le début de l'année.

Universal Music. Le leader de l'édition et de la production musicale bondit de 11,4% à 19,05 euros à Amsterdam après l'annonce surprise d'une offre de rachat lancée par Pershing Square, le fonds de l'investisseur américain Bill Ackman, déjà actionnaire de longue date du groupe. Concrètement, il propose 5,05e en espèces par action, auxquels s'ajouteraient 0,77 action de la future société issue de l'opération.

Sur le papier, cela valoriserait UMG à 30,40 euros par titre, soit une prime proche de 80%. Mais le marché reste très prudent. Le titre progresse, sans pour autant s'approcher de ce prix théorique. Les investisseurs saluent donc surtout le signal envoyé sur la valeur du groupe, sans croire pleinement à l'opération telle qu'elle est présentée.

À Paris, Vivendi grimpe de 9,40% et Bolloré de 3,77%, profitant de la hausse d'UMG, dont ils détiennent respectivement 13,4% et 18,5% du capital. Cette initiative vise avant tout à remettre sur la table une cotation à New York, que Bill Ackman réclame depuis longtemps. Selon lui, Universal Music est mal valorisé à Amsterdam et Wall Street pourrait lui offrir un meilleur statut boursier. Le problème, c'est que l'opération reste complexe et soulève beaucoup de questions, à commencer par le rôle de Bolloré, actionnaire incontournable. Sans son accord, le projet semble difficile à faire aboutir. Cette annonce soutient le titre à court terme, mais ressemble surtout à un coup de pression stratégique. Depuis le début de l'année, l'action recule encore de 13%.

Le monde d'après : le Golfe sous pression

À la veille de l'expiration de son ultimatum sur la réouverture du détroit d'Ormuz, Donald Trump a de nouveau durci le ton face à l'Iran, allant jusqu'à évoquer une frappe massive contre ses infrastructures. En parallèle, quelques signaux d'apaisement subsistent : 21 navires ont pu franchir le détroit ce week-end, dont un cargo de CMA CGM, preuve que des canaux de discussion restent ouverts. Mais sur le terrain, l'escalade domine toujours. L'Iran poursuit ses attaques contre Israël et des pays du Golfe, tandis que le Brent reste au-dessus de 110$, reflet d'un marché qui redoute toujours une rupture durable des flux énergétiques.

La situation maritime devient critique. Environ 800 navires de transit seraient bloqués, et plus de 2 000 bateaux seraient affectés si l'on inclut le trafic local et côtier. Une vingtaine d'attaques ont déjà été recensées depuis le début de la crise. Téhéran impose même à certains navires un passage négocié dans ses eaux, un péage qui illustre sa volonté de contrôler le détroit. Pour les marchés, l'enjeu est majeur : Ormuz reste une artère vitale du commerce pétrolier mondial, et tout blocage prolongé alimente la hausse de l'énergie, des coûts de transport et de la volatilité.

Les médiations menées par Oman, le Pakistan ou Bahreïn se poursuivent, et même si les positions restent encore éloignées, le maintien de ces canaux de discussion constitue déjà un point d'appui important. L'Iran a rejeté la proposition de cessez-le-feu de 45 jours transmise par Islamabad, mais les échanges ne sont pas rompus et plusieurs intermédiaires restent à la man ?uvre. Dans ce contexte, le risque de tension demeure, mais la poursuite des négociations laisse entrevoir la possibilité d'un compromis progressif. Pour les marchés, cela signifie que la pression sur le pétrole pourrait rester élevée à court terme, tout en gardant ouverte la perspective d'une détente si les discussions avancent dans les prochains jours.

Demain à la une : l'heure de vérité

La séance de mercredi s'ouvrira dans une ambiance lourde, les investisseurs devant d'abord digérer l'issue de l'ultimatum fixé par Donald Trump à l'Iran, arrivé à échéance mardi soir, avec en toile de fond la menace de nouvelles frappes sur des infrastructures clés. L'agenda économique passera presque au second plan, même si les prix à la production en zone euro donneront un aperçu utile de la pression qui s'exerce sur les coûts des entreprises. Dans la soirée, le compte rendu de la dernière réunion de la Fed sera très surveillé pour savoir jusqu'où la banque centrale américaine s'inquiète d'un retour de l'inflation, alors que plusieurs responsables évoquent déjà le risque d'une hausse des prix liée à l'énergie. En clair, la séance devrait surtout se jouer entre risque géopolitique et crainte d'un pétrole durablement inflationniste.

Le lexique : la prime de risque géopolitique

En Bourse, la prime de risque géopolitique désigne le surcoût que les investisseurs exigent lorsqu'un contexte international devient plus incertain. Concrètement, quand des tensions entre pays, des conflits, des sanctions, des élections très polarisées, des ruptures d'approvisionnement ou des menaces sur des routes commerciales apparaissent, l'avenir économique semble moins prévisible.

Or, plus l'avenir est flou, plus les investisseurs demandent une rémunération élevée pour accepter le risque ? ou, à l'inverse, ils paient moins cher les actifs risqués. Cette prime ne se voit pas comme une ligne sur un relevé : elle se lit dans les prix. Elle peut se traduire par une baisse des actions, une hausse des taux exigés sur certaines dettes, une montée de la volatilité ou un attrait renforcé pour des actifs jugés plus « défensifs ».