Les marchés : Nouveau record à Wall Street ?

Wall Street poursuit sa hausse avant un long week-end de trois jours, les marchés américains étant fermés lundi pour le Memorial Day (jour d'hommage national aux soldats américains morts au combat). Pour le moment, le S&P 500 et le Nasdaq progressent d'environ 0,6% et reviennent (encore !) à proximité de leurs plus hauts niveaux historiques. Ils pourraient les dépasser la semaine prochaine. À Paris, le CAC 40 clôture en gain de 0,37% à 8 116 points et signe une hausse de 2% sur la semaine.

Symboliquement, il revient à l'équilibre depuis le début de l'année mais reste 5% sous son niveau antérieur au déclenchement de la guerre en Iran. Vous le savez bien, chaque séance est en partie alimentée par les craintes et les espoirs autour de ce conflit latent. Et sans rentrer dans les détails, très erratiques, les actus de ce vendredi vont plutôt dans le sens d'une éventuelle détente géopolitique ?

Les marchés sont également soutenus par une petite baisse des taux d'intérêt des États, surtout en Europe. Le taux français à 10 ans recule à 3,81%, tandis que le taux américain de référence baisse légèrement à 4,58%. Mais ça reste très élevé ! Parmi les composantes du CAC 40, STMicroelectronics monte de 5,2%, Stellantis gagne 3%, tandis que Total recule de 2%. Hors CAC, Compagnie des Alpes progresse de 4,2% après de bons résultats semestriels. On en reparle dans la suite de cette édition.

Enfin, il y aura bien un Journal de la Bourse lundi soir et le service Bourse Privée sera actif tout au long de la séance. Bonne lecture à tous.

Les valeurs

Nous vous en parlions mercredi soir, Stellantis a dévoilé son nouveau plan stratégique pour se redresser d'ici 2030. On en sait désormais plus. Le groupe veut se concentrer davantage sur les États-Unis, qui recevront 60% des investissements, et sur quatre marques principales : Jeep, Ram, Peugeot et Fiat. En Europe, au contraire, la production devrait être réduite, passant de 4,65 millions de véhicules en 2025 à 3,85 millions en 2030. Les objectifs sont ambitieux : Stellantis vise 190 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2030, contre 154 milliards en 2025, ainsi que 6 milliards d'euros de trésorerie industrielle.

La direction prévoit aussi 6 milliards d'euros d'économies d'ici 2028 et 60 nouveaux véhicules d'ici 2030. Le nouveau plan rassure temporairement les investisseurs : l'action signe la deuxième plus forte hausse du CAC 40 aujourd'hui, derrière STMicroelectronics : +3,02% à 6,51 euros. Elle chute toutefois de 30% depuis le début de l'année et de 76% depuis son pic historique atteint en mars 2024. Et pour cause, le précédent plan stratégique n'avait pas tenu ses promesses. Les investisseurs scruteront de près dans les prochains trimestres la possible amélioration des ventes, de la rentabilité et de la trésorerie. Affaire à suivre !

De l'autre côté du palmarès boursier, TotalEnergies signe la plus forte baisse de la séance, avec un recul de 2,01%, à 78,65 euros. En cause, la baisse de près de 5% du prix du baril cette semaine, mais aussi une menace désormais récurrente du gouvernement français, avec la possible instauration d'une taxe spéciale sur les entreprises qui ont fortement profité de la hausse des prix de l'énergie liée au conflit en Iran.

Le ministre des Finances, Roland Lescure, a en effet expliqué ce vendredi que cette piste pourrait être discutée à l'automne, si certaines entreprises affichaient des bénéfices jugés exceptionnels. Cette proposition vise surtout les grandes compagnies pétrolières, et en particulier TotalEnergies. Plusieurs responsables de l'opposition réclament déjà une telle mesure depuis le début des hostilités en Iran, à la fin du mois de février. Depuis le début de l'année, l'action TotalEnergies conserve toutefois une hausse de 41%, hors dividendes.

Le coin des smalls : Compagnie des Alpes

L'exploitant de domaines skiables et de parcs de loisirs a publié de solides résultats pour le premier semestre de son exercice 2025-2026. Son chiffre d'affaires progresse de 3,9%, à 883 millions d'euros et son bénéfice net atteint 145 millions d'euros, en hausse de 7,7% sur un an. Les stations de ski et les activités de plein air restent le principal moteur du groupe, avec 552 millions d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 5,3%. Les parcs de loisirs progressent aussi, avec 229 millions d'euros de revenus, mais leur rentabilité recule temporairement, notamment à cause des coûts de personnel et du caractère saisonnier de l'activité.

La rentabilité globale s'améliore légèrement : la marge atteint 37,1% du chiffre d'affaires, contre 36,7% un an plus tôt. La dette baisse également, à 1,27 milliard d'euros, soit 76 millions d'euros de moins qu'à la fin septembre 2025. Le groupe confirme ses objectifs pour 2026 et vise une croissance proche de 10% de son principal indicateur de rentabilité. Cette publication a conduit le bureau d'analyse TP ICAP Midcap à relever sa recommandation à l'achat, avec un objectif de 28,50 ?, soit un potentiel de hausse d'environ 27% par rapport au cours actuel. En Bourse, l'action éligible au PEA-PME gagne 4,17% ce soir, à 22,50 ? (-11% depuis le début de l'année).

Le secteur de la semaine

Le spatial entre dans une nouvelle phase. Le dépôt du prospectus IPO de SpaceX agit comme un véritable électrochoc pour l'ensemble de la chaîne spatiale. Avec une valorisation cible pouvant atteindre 1 750 Md$ et une levée envisagée autour de 75 Md$, l'opération offrirait enfin au marché un comparable coté de grande taille. Pour les Small & Mid caps européennes, ce changement de référentiel peut ouvrir une fenêtre de revalorisation, notamment sur les acteurs exposés à la souveraineté spatiale.

Carrefour : quel potentiel en Bourse ?

En hausse de 21% depuis le début de l'année, l'action Carrefour retrouve les faveurs du marché. Le groupe affiche une activité solide, confirme ses objectifs annuels et continue de s'appuyer sur des leviers puissants : marques propres, digital, produits à bas prix et discipline sur les coûts. Malgré un bénéfice 2025 pénalisé par la sortie d'Italie, la dynamique opérationnelle reste bien orientée et le profil défensif du dossier séduit à nouveau les investisseurs en cette période de fortes tensions au niveau mondial.

En Bourse, le titre est soutenu par une configuration technique favorable et un rendement du dividende autour de 6%. Nous pensons que l'action peut encore progresser d'environ 30% à moyen-long terme, hors dividendes. Résilience, visibilité, rendement et momentum positif (voir lexique) : Carrefour coche plusieurs cases pour les investisseurs de moyen et long terme.

Le résultat du vendredi : Richemont résiste

Autre publication de résultats, cette fois dans le luxe. Richemont, le groupe suisse propriétaire de Cartier et Van Cleef & Arpels, affiche une forte croissance malgré un contexte difficile pour le secteur. Sur le trimestre de janvier à mars, ses ventes ont atteint 5,4 milliards d'euros, en hausse de 13% en excluant l'effet des variations de devises. La joaillerie, qui représente près de 80% de l'activité de Richemont, a particulièrement bien résisté avec une progression de 16%, tandis que l'horlogerie n'a gagné que de 2%.

Cette performance contraste avec les résultats plus décevants d'autres grands groupes du luxe. Le conflit au Moyen-Orient a pesé sur le secteur, en réduisant les ventes dans la région et en freinant les achats des touristes du Golfe en Europe. Environ 30% des achats de produits de luxe se font à l'étranger, ce qui rend le secteur sensible aux déplacements internationaux.

La croissance de Richemont a surtout été portée par les Amériques, où les ventes ont progressé de 18%, le Japon avec une hausse de 28%, et l'Asie-Pacifique avec +14%. En revanche, les ventes ont reculé de 3% au Moyen-Orient et en Afrique, tandis que l'Europe n'a progressé que de 5%.

Malgré ces bons chiffres, les investisseurs restent prudents. Le titre Richemont a gagné jusqu'à 5,62% en séance, avant de reculer de 0,41% à la clôture, à 155,75 francs suisses. La principale inquiétude vient de la rentabilité, pénalisée par les variations de devises et un niveau un peu inférieur aux attentes dans la joaillerie. Plusieurs bureaux d'études restent toutefois confiants, estimant que Richemont est aujourd'hui plus solide, mieux diversifié et mieux organisé qu'auparavant.

Le monde d'après : Samsung sort le chéquier

Mercredi soir, nous vous parlions d'une grève potentiellement historique qui menace Samsung. Bien sûr, le géant sud-coréen veut éviter une telle paralysie dans sa branche des puces électroniques, un secteur devenu essentiel pour le développement de l'intelligence artificielle. Pour calmer les tensions, le groupe prévoit de verser une prime exceptionnelle à ses salariés.

Au total, Samsung pourrait distribuer environ 26,6 milliards de dollars à 78 000 employés. Cela représenterait environ 340 000$ par personne, principalement sous forme d'actions. Cette prime serait bien supérieure au salaire moyen versé en 2025, estimé à environ 100 000$. L'accord prévoit de redistribuer 10,5% des bénéfices de cette activité, avec seulement une petite partie versée en argent directement. Il doit encore être validé par le syndicat du groupe, le paiement aurait lieu début 2027.

Cette décision montre à quel point les salariés de ce secteur sont devenus stratégiques. Les grandes entreprises asiatiques comme Samsung, SK Hynix ou TSMC jouent un rôle central dans la production mondiale de puces électroniques. Une grève ou un arrêt de production pourrait donc avoir des conséquences bien au-delà de la Corée du Sud.

Samsung semble aussi suivre l'exemple de son rival sud-coréen SK Hynix, qui avait accordé l'an dernier une prime de 80 000$ à chacun de ses 33 600 employés pour éviter une grève. Cette prime représentait elle aussi environ 10% des bénéfices de la branche concernée, avec en plus une hausse de salaire de 6%.

Le lexique : Momentum positif

C'est une expression très répandue dans le jargon financier. Un momentum positif désigne une dynamique de marché favorable : le cours d'une action, d'un indice boursier ou d'un actif financier progresse de manière régulière sur une période donnée. Cette hausse traduit souvent un regain d'intérêt des investisseurs, porté par de bonnes nouvelles, des résultats solides, un contexte économique favorable ou simplement une tendance acheteuse bien installée.

En pratique, lorsqu'un actif affiche un momentum positif, cela signifie que la tendance récente est orientée à la hausse et que les investisseurs peuvent anticiper une poursuite du mouvement. Cela ne garantit toutefois pas que le prix continuera de monter : le momentum reflète une dynamique à un instant donné, qui peut s'essouffler ou se retourner si les conditions de marché changent.