Obtenir un remboursement de ses factures en cas de problème de santé ou de perte d'emploi. C'est ce que promettent plusieurs fournisseurs à leurs clients, moyennant la souscription d'une assurance dont le coût s'élève à quelques euros chaque mois. Des offres qui pourraient convaincre alors que 36% des ménages déclarent avoir des difficultés à payer leurs factures de gaz ou d'électricité, selon le dernier baromètre du médiateur de l'énergie publié en octobre 2025.
Ces contrats facultatifs entrent dans la catégorie de l'assurance affinitaire, une assurance « souscrite en complément à un bien ou un service « vendu » par un fournisseur ». La plupart du temps, ces assurances permettent d'obtenir une indemnité sur la base d'un forfait, ou un remboursement des factures pendant plusieurs mois, selon le sinistre.
| Garantie / Critère | EDF : assurance protection facture | TotalEnergies : option garantie facture | Engie : assurance facture |
|---|---|---|---|
| Coût mensuel | Formule 1 : 4 / mois Formule 2 : 7 / mois | Forfait 1 : 4 / mois Forfait 2 : 6 / mois Forfait 3 : 8 / mois | 5 / mois |
| Montant de l'indemnisation | 100 ou 200 par mois selon la formule choisie | 75 , 150 ou 225 par mois selon le forfait choisi | Remboursement mensuel des factures (max. 5 000 / an) |
| Garantie décès | ❌ | ❌ | Indemnisation 6 mois en cas de décès avant 65 ans (3 mois de carence) ou si décès accidentel, avant 85 ans |
| Garantie PTIA (perte totale et irréversible d'autonomie) | ❌ | Pour le conjoint et l'assuré, versement de 12 à 24 mensualités selon le profil. Exclusions : antécédents médicaux, radioactivité, guerre, terrorisme, certains accidents aériens | Indemnisation 6 mois, assuré et conjoint couverts. Garantie jusqu'au 31 décembre suivant les 65 ans. |
| Garantie hospitalisation | Indemnisation pendant l'hospitalisation, 12 mensualités maximum. Garantie jusqu'aux 85 ans de l'assuré. Exclusions : maternité, interruption de grossesse, cures, rééducation, soins esthétiques, psychiatrie, alcool/stupéfiants | Pour le conjoint, l'assuré et leurs enfants, indemnisation pendant les mois d'hospitalisation (au moins 2 nuitées), 12 mensualités maximum Exclusions : idem PTIA + maternité, interruption de grossesse, cure, convalescence, rééducation, soins esthétiques et psychiatriques | Indemnisation pendant l'hospitalisation à partir de 3 nuitées, pour l'assuré, son conjoint ou leurs enfants, jusqu'au 31 décembre suivant les 65 ans. 2 mensualités et 833 euros / an au maximum. Exclusions : convalescence, rééducation, soins thermaux/esthétiques, rééducation, psychiatrie, EHPAD... |
| Garantie perte d'emploi | Uniquement en cas de CDI dans le privé, jusqu'au 65e anniversaire, avec ARE obligatoire, 12 mensualités au maximum. Délai de carence de 30 jours. Exclusions : démission, faute grave ou lourde, chômage partiel, période d'essai... | Pour le conjoint et l'assuré, uniquement si CDI depuis plus de 12 mois, avec ARE obligatoire, délai de carence de 60 jours. Exclusions : démission, faute grave, chômage partiel | Uniquement si CDI depuis 12 mois minimum, licenciement + ARE, avant 65 ans, indemnisation 12 mois maximum, assuré et conjoint couverts. Délai de carence de 30 jours. Exclusions : démission, faute grave, période d'essai, rupture conventionnelle, chômage partiel... |
| Garantie incapacité temporaire de travail ou d'activité (ITT / ITAM) | Franchise : 14 jours (CDI privé), 7 jours (autres profils). 12 mensualités maximum. Exclusions : maternité, grossesse pathologique | Pour le conjoint et l'assuré, si ITT/ITAM avec interruption totale d'activité, franchise de 30 jours, 12 mensualités maximum, avant 65 ans. Exclusions : maternité, accidents ou maladies antérieurs au contrat,, guerre, terrorisme | Uniquement si ITT de plus de 30 jours, avant le 31 décembre suivant les 65 ans. Indemnisation pendant l'ITT, 12 ou 18 mois au maximum selon le profil. |
| Autres garanties | ❌ | 1 mensualité en cas de naissance, mariage ou Pacs (12 mois de carence avant activation de la garantie) Protection juridique et assistance incluses | ❌ |
D'après l'analyse des contrats proposés par EDF, Engie et TotalEnergies, les sinistres pris en charge sont l'hospitalisation, la perte d'emploi, l'incapacité temporaire de travail ou d'activité et parfois, la perte totale et irréversible d'autonomie ou le décès de l'assuré. L'offre de TotalEnergies prévoit aussi assistance, protection juridique et une indemnisation d'un mois en cas de naissance, adoption, PACS ou mariage.
Mais attention, « elles ne couvrent pas nécessairement les difficultés plus fréquentes comme l'inflation, la hausse des prix de l'énergie, la régularisation importante, la baisse de pouvoir d'achat, la séparation, la retraite, la fin de droits, la précarité durable. La prise en charge est souvent limitée dans le temps et en montant. Une assurance peut paraître protectrice, mais si elle rembourse seulement quelques mensualités, dans la limite d'un plafond bas, son intérêt peut être très relatif », tempère Juliette Woods, chargée de mission Banque Assurance au sein de Que Choisir ensemble (ex UFC Que Choisir).
À quelles conditions ?
Avant d'opter pour l'une de ces assurances, il faut donc être conscient de leurs limites, car les garanties sont soumises à conditions.
« Leur intérêt dépend entièrement des petites lignes (exclusions, plafonds, durée de prise en charge, délais de carence, statut professionnel de l'assuré, conditions exactes de perte d'emploi ou d'incapacité). Il ne faut donc pas les juger uniquement sur leur promesse commerciale, les consommateurs peuvent se retrouver face à de mauvaises surprises au moment d'une difficulté », recommande Juliette Woods.
Toutes les assurances imposent par exemple des limites d'âge (65 ans en général) au-delà desquelles la couverture cesse. La garantie perte d'emploi n'est, pour sa part, possible que pour les salariés en CDI depuis plus de 12 mois. Et un délai de carence de 30 ou 60 jours s'applique, ce qui signifie qu'elle est effective 1 ou 2 mois après la souscription du contrat.
Par ailleurs, certaines hospitalisations sont systématiquement exclues : cures, rééducation, soins esthétiques ou psychiatrie, parfois celles liées à une grossesse ou à une interruption de grossesse. Et les suites d'une maladie ou d'un accident intervenus avant la souscription du contrat ne sont pas indemnisées la plupart du temps. Pour toutes les garanties, l'indemnisation est également limitée dans le temps et / ou par un montant annuel ou par sinistre plafonné.
« Une assurance peut couvrir un risque en apparence mais l'exclure dans de nombreuses situations concrètes », explique Juliette Woods. Mieux vaut donc bien réfléchir avant d'y souscrire. D'autant que « le problème habituel des assurances affinitaires est que le consommateur souscrit souvent rapidement, dans un contexte où son attention porte d'abord sur le contrat principal, il ne prend pas forcément connaissance des petites lignes du contrat (...) », déplore-t-elle.
Une position partagée par le Médiateur de l'énergie : « Nous conseillons aux consommateurs de bien vérifier qu'aucune assurance n'a été souscrite à leur insu en même temps que leur contrat, et que les garanties choisies répondent réellement à leurs besoins. Pour rappel, un fournisseur n'a pas le droit de précocher ces cases : c'est au consommateur de les cocher lui-même lors de la souscription du contrat. »
Toutefois, le Médiateur est peu sollicité sur ces assurances. « Il s'agit d'un sujet que nous rencontrons assez rarement en médiation. Nous recevons, de temps à autre, des saisines relatives à des contestations de souscription d'assurances liées à un contrat de fourniture de gaz ou d'électricité ».
Ce qu'il faut vérifier avant de souscrire
Reste que ces contrats peuvent être intéressants pour certains profils : « des ménages dont le budget énergie représente une part importante des dépenses contraintes, des personnes qui n'ont pas ou peu d'épargne de précaution, des foyers avec un seul revenu, des salariés exposés à un risque réel de perte d'emploi, des ménages qui veulent se prémunir contre une incapacité temporaire ou encore des personnes qui ont des mensualités d'énergie élevées, par exemple dans un logement mal isolé ou chauffé à l'électricité. Mais il y a des réserves », selon Juliette Woods.
A condition de bien lire les petites lignes du contrat pour jauger de son intérêt et de faire quelques calculs. Juliette Woods conseille de « ne pas raisonner en coût mensuel (souvent faible) mais en coût annuel. Une assurance à 4 ou 5 euros par mois peut sembler modeste, mais cela représente 48 à 60 euros par an. Il faut comparer ce coût au montant maximal que l'assurance peut réellement prendre en charge ».
Contactés par MoneyVox, les trois fournisseurs n'ont pas répondu concernant le nombre de personnes ayant souscrit à ces offres.
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Des solutions en cas de difficulté
Pour les personnes ayant des difficultés à payer leurs factures d'énergie, il existe quelques solutions. « Les consommateurs peuvent notamment solliciter un échéancier auprès du fournisseur, vérifier leur éligibilité au chèque énergie et, selon leur situation, demander une aide du Fonds de solidarité pour le logement. Ils peuvent aussi comparer les différentes offres de fourniture d'énergie pour bénéficier de l'offre la plus attractive », rappelle Juliette Woods.
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