Baisse des revenus, insertion professionnelle difficile... la jeunesse souffre en 2021 des effets de la crise sanitaire débutée en 2020. Une proposition de loi de LFI propose d'étendre le RSA aux 18-25 ans.

« 18 ans, c’est la majorité politique, la majorité pénale, mais il n’y a que sur le plan social qu’on est majeur à 25 ans », lâche le député La France insoumise François Ruffin. « Le Code civil enjoint les parents à subvenir aux besoins de leurs enfants, rétorque l’économiste Philippe Crevel. Historiquement, la France fait le lien entre la couverture sociale et le travail. Et le sujet est presque philosophique : les jeunes doivent-ils dépendre de leurs parents ou disposer d’un minimum garanti collectivement par la société pour prendre leur envol ? » Ce jeudi 6 mai, François Ruffin défend une proposition de loi pour étendre l’accès au Revenu de solidarité active (RSA), versé selon des critères de ressources, aux personnes de 18 ans, contre 25 ans actuellement. L'aide seraitde 564 euros par mois pour une personne seule.

Privé du le soutien de la majorité présidentielle, le texte a peu de chance d'être voté. Avant l’élu picard, les sénateurs socialistes ont tenté le coup en décembre 2020. Leurs homologues députés ont ensuite profité d’une niche parlementaire mi-février pour promouvoir un minimum jeunesse dès 18 ans de 564 euros. Chaque fois, l’entreprise s’est soldée par un échec. PS mis à part, la proposition trouve un écho chez Europe-Ecologie-Les-Verts (EELV). Yannick Jadot - candidat déclaré à 2022 et allié de Benoît Hamon en 2017 - propose un revenu citoyen équivalent au RSA sans limitation d’âge.

« J'appelle les parents et les grands-parents à se mobiliser »

Aujourd’hui la naissance d’un enfant ou l’exercice d’une activité professionnelle à temps plein durant au moins deux ans sur les trois dernières années précédant la demande de RSA sont les deux seules possibilités pour donner un revenu minimum à un jeune de moins de 25 ans. Quid des étudiants ? Des difficultés à entrer sur le marché du travail ? « La charité, les collectes, les aides ponctuelles ne suffisent pas pour la jeunesse, il faut assurer un minimum comme on l’a fait avec le minimum vieillesse (903 euros en 2020) », en 1956 pour protéger les personnes âgées, estime François Ruffin. « La question de l’entrée dans la vie et de la sortie de vie sont essentielles, abonde Philippe Crevel. Mais quelle part l’Etat doit-il y prendre ? Et si des aides sont nécessaires, faut-il les généraliser au risque de les faire payer aux générations futures. »

A longueur de posts de blog ou d’interventions télévisées, François Ruffin entend dépasser la sphère politique : « j'appelle les parents et les grands-parents à se mobiliser et à demander le RSA pour les jeunes », étudiants ou actifs sans distinction. Un relais citoyen d’autant plus important que la proposition suscite des réserves au sein de la LFI.

Chez Les Républicains (LR), on observe, de loin. Seul le député Aurélien Pradié a jugé dans L’Obs que le sujet doit être étudié. Son collègue de Moselle, Fabien Di Filippo oppose lui une fin de non recevoir au texte de François Ruffin : « Accorder le RSA à tous les jeunes à partir de 18 ans revient à dévaloriser le travail dans notre pays. Notre système actuel favorise trop l’assistance au détriment de la relance ou de la construction d’un projet professionnel et de vie. La priorité doit être de leur permettre de trouver une activité et de développer leurs aptitudes et compétences ». Même Marine Le Pen, dont le soutien chez les jeunes les moins diplômés monte en flèche, a mis l’accent sur la jeunesse lors de son discours du 1-er Mai.

L'année 2020 a tout changé

La question de l'aide apportée aux jeunes va s’imposer à la prochaine campagne présidentielle. L’année 2020 et la crise sanitaire ont tout changé. Selon une note du Conseil d’Analyse Économique, les revenus des 20/25 ans auraient diminué de 5 à 10% depuis le mois de mars 2020 quand la baisse se situerait entre 0% et 5% pour les plus de 25 ans. Un jeune de moins de 25 ans sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté.

Un comité d’experts mandaté par le gouvernement a recommandé d’expérimenter au plus vite un revenu de base pour les jeunes de 18 à 24 ans. Dans ce contexte, deux Français sur trois estiment que l’exécutif ne prend « pas suffisamment en compte la situation des jeunes », selon un sondage OpinionWay. 68% des personnes interrogées se disent même favorables à l’extension du RSA aux jeunes de moins de 25 ans. « L’exécutif et le gouvernement n’a d'autre choix que de se positionner », tranche le politologue Eddy Fougier, qui intervient à Science Po et à l'école supérieure de commerce Audencia. Une large part (73%) des électeurs d’Emmanuel Macron en 2017 approuvent aussi cette idée.

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Dans un premier temps, le gouvernement a temporisé avec une série d’aides ponctuelles pouvant aller jusqu’à 900 euros pendant la crise sanitaire et insisté sur les repas à un euro dans les Crous et les chèques psy pour accompagner les plus fragiles. Mais la ministre déléguée chargée de l’Insertion, Brigitte Klinkert, a qualifié un revenu sans contrepartie de « mirage ». Chez La République En Marche (LREM), on craint, comme chez LR, le coût de la mesure. Son patron Stanislas Guerini a défendu un prêt à taux zéro jeunes de 10 000 euros, remboursable à partir d’un certain niveau de revenus.

Le test lyonnais

La métropole de Lyon tente l'expérimentation d'un revenu de solidarité active, réservé aux 18-25 ans, en situation de précarité : 400 euros chaque mois s'ils n'ont aucune ressource, 300 euros, s'ils gagnent moins de 400 euros par mois, le tout, pendant 2 ans maximum. 10 millions d'euros sont affectés au projet. 2 000 personnes pourraient en profiter.

Macron reprend la Garantie jeunes de Hollande

Une association des maires de grandes métropoles où se concentrent 75% des moins de 25 ans se dit prête à expérimenter notamment la Garantie jeunes, votée sous François Hollande et amplifiée par le gouvernement Castex, sous l’impulsion d’Emmanuel Macron. Le principe de la version 2021 est le suivant : chaque jeune peut bénéficier d'un accompagnement vers l'emploi et d'une rémunération de 497 euros par mois en fonction de ses ressources familiales. Avec ce mécanisme, « chaque jeune a le droit à un accompagnement et une formation et une rémunération de 500 euros par mois s'il en a besoin » », défend la ministre du Travail Elisabeth Borne. Vous avez droit à une formation vers un métier qui recrute comme ceux du soin, de la transition écologique et du numérique et un accompagnement et si besoin vous avez droit à une rémunération de 500 euros ».

Grâce à la Garantie jeune,s 43% des bénéficiaires avaient pu accéder à un emploi, une formation, un contrat en alternance ou une création d'entreprise en 2019 selon la Dares. Insuffisant néanmoins. Les missions locales ont lancé cette semaine une campagne de recrutement pour mettre en œuvre le plan « un jeune, une solution » et faire passer de 100 000 à 200 000 en 2021 les bénéficiaires de la Garantie jeunes. Des objectifs locaux seront fixés et des budgets correspondants alloués. « Une partie de la solution passe par les acteurs locaux, juge Philippe Crevel. La politique mise en œuvre doit se faire sur deux axes : l’aide aux plus démunis et la volonté de travailler à la réinsertion et à la formation. »

Préférant le cas par cas aux grandes mesures, le pouvoir en place a présenté fin avril dans le cadre du Plan de relance, un simulateur qui permet à chaque jeune de calculer en moins de cinq minutes le montant des aides auxquelles il peut prétendre. Une solution miracle selon Sarah El Haïry, la secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse : « désormais, le jeune nous dit qui il est et on lui dit comment on peut l’aider ».