Le gouvernement, s'il n'a pas fermé la porte à un coup de pouce au Smic (fixé à 1.477,93 euros net depuis le 1er juin), met en garde contre les risques pour l'emploi et l'inflation.

Un tel coup de pouce est une revendication centrale de la journée interprofessionnelle de grève et manifestations du 5 novembre. Le dernier remonte à juillet 2012, après l'arrivée au pouvoir de François Hollande. Contrairement aux autres salaires, le Smic est en revanche automatiquement revalorisé chaque 1ᵉʳ janvier en fonction de l'inflation et en cours d'année quand celle-ci dépasse 2%.

Smic : hausse anticipée ou coup de pouce inédit depuis 2012 ? Les mesures évoquées par le gouvernement Supprimer

100 euros pour la CFDT

La CFDT était historiquement réservée contre le principe d'un coup de pouce, préférant lutter contre l'écrasement des grilles salariales dans les branches professionnelles afin que les travailleurs ne restent pas « collés au Smic » une grande partie de leur carrière. Mais depuis le mois dernier, le premier syndicat demande 100 euros net d'augmentation pour le salaire minimum, ce qui représente une hausse de 6,8%.

« A partir de là il faut remettre à plat l'ensemble des grilles de classification, donc tous les coefficients des conventions collectives. Ça fait trois ans que ça devrait être un chantier prioritaire », a rappelé récemment sa secrétaire générale Marylise Léon.

Demandes syndicales variées

La CGT exige de son côté « une augmentation immédiate du Smic de 10% pour le porter à 2 053,72 euros brut dans un premier temps, puis à 2 200 euros, ainsi que le retour de l'indexation des salaires sur les prix », selon un communiqué publié jeudi.

FO pour sa part demande « que le Smic soit indexé à hauteur de 80% sur le salaire médian pour qu'on évite le tassement des grilles », a déclaré la semaine dernière à l'AFP son numéro un Frédéric Souillot. Le salaire net médian s'établissait à 2 238 euros net dans le secteur privé en 2025, selon l'Insee.

Le syndicat des cadres CFE-CGC ne demande pas un pourcentage de hausse précis pour le Smic et met l'accent sur « un gros risque d'écrasement, encore une fois, des échelles de salaire », a expliqué à l'AFP sa présidente Christelle Thieffinne.

Enfin le numéro un de la CFTC Cyril Chabanier a rapporté à l'AFP avoir demandé au ministre du Travail d'avoir « au moins le même coup de pouce qu'on avait eu sous François Hollande » (+0,6%), en plus de la revalorisation automatique de l'ordre de 1% qui devrait intervenir au 1ᵉʳ janvier, mais pourrait être anticipée au 1ᵉʳ novembre ou au 1ᵉʳ décembre.

Après 2,4% de hausse en juin liés à l'inflation, « on serait à 4% sur l'année » avec un coup de pouce de 0,6% et une nouvelle augmentation de 1% pour suivre l'inflation, relève M. Chabanier qui n'inclut pas le relèvement de 1,18% intervenu au 1er janvier 2026.

Le gouvernement en réflexion

L'ensemble des organisations syndicales demande aussi que les entreprises ayant des grilles salariales qui démarrent sous le Smic ne puissent plus bénéficier d'aides publiques, afin de garantir que les salariés soient réellement augmentés lorsqu'ils avancent sur ces grilles. Selon la CGT, 122 branches sur environ 200 sont concernées.

Confronté à des demandes d'augmentation du Smic qui pèseraient aussi sur le budget de l'État à travers la hausse des rémunérations des agents publics, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou n'a pas pour autant écarté l'idée d'un coup de pouce, mais refuse qu'il soit trop important, pointant des conséquences potentielles sur l'emploi. Une hausse de 150 euros pourrait entraîner la suppression de « 250 000 emplois », avertit-il, ajoutant que « les entreprises de services, notamment, peuvent répercuter cette hausse des salaires dans leurs prix » et ainsi conduire à une augmentation de l'inflation.

Enfin, le Medef met lui aussi en garde contre « un choc sur le travail » que pourrait représenter le cumul d'un coup de pouce sur le Smic et la réduction des allègements de cotisations des employeurs prévue dans le budget de la Sécurité sociale pour 2027.