1 - Ce qui a été annoncé par le Premier ministre
C'est l'un des gages que Sébastien Lecornu a donné au PS en l'échange de sa survie, c'est-à-dire en l'échange de l'absence de vote de censure de la part des socialistes sur les 49.3 activés pour faire passer le budget 2026 : « Plus de 3 millions de ménages qui gagnent le Smic ou un peu plus que le Smic seront désormais garantis de gagner plus à la fin du mois. Ils verront leur prime d'activité augmentée en moyenne de 50 euros par mois. »
Extrait de l'allocution du Premier ministre Sébastien Lecornu, vendredi 16 janvier 2026, lors de laquelle il a annoncé son recours au 49.3 pour clôturer ce long feuilleton budgétaire. Cette annonce se concrétise désormais dans la partie « dépenses » du projet de loi de finances sur lequel le gouvernement engage sa responsabilité.
« Plus de 3 millions de ménages qui gagnent le Smic ou un peu plus que le Smic (...) verront leur prime d'activité augmentée en moyenne de 50 euros par mois »
2 - Ce qui figure dans le budget 2026 soumis au 49.3
Dans ce texte sur lequel le gouvernement joue sa survie, le ministère de l'Economie et des Finances retient un amendement, le n°3646, portant sur le « soutien au pouvoir d'achat des travailleurs grâce à la prime d'activité », comme l'a révélé Contexte, qui a diffusé la liste des amendements retenus par le gouvernement pour ce nouveau 49.3.
« Tenir compte des mesures pouvoir d'achat annoncées par le Premier ministre en faveur des travailleurs pour en augmenter le montant moyen perçu »
Que contient précisément cet amendement ? Pas encore les modalités précises de mise en œuvre de cette hausse mais une extension des crédits alloués à la prime d'activité, versée par la CAF et la MSA. L'amendement 3646, déposé ce vendredi 23 janvier par le gouvernement juste avant d'activer le 49.3, prévoit 1,49 milliard d'euros de nouveaux crédits pour « tenir compte des mesures pouvoir d'achat annoncées par le Premier ministre en faveur des travailleurs pour en augmenter le montant moyen perçu ».
Avec quel financement ? « Des économies sur l'État qui donneront lieu à des réformes structurelles », lit-on en commentaire de cet amendement gouvernemental. Ce coup de boost est toutefois à relativiser, au regard des derniers coups de rabot. D'une part ce 1,49 milliard d'euros de crédits supplémentaires s'ajoute à un budget qui prévoyait initialement une baisse des crédits alloués à la prime d'activité (-8,8%, à 9,3 milliards d'euros, selon un rapport sénatorial) : cette baisse est abandonnée et donc remplacée par une hausse.
Mais il faut aussi souligner que la prime d'activité avait été rabotée en réduisant l'un des éléments de la complexe formule de calcul de cette aide sociale : à la clé, l'an passé, « 662 millions d'euros d'économies en 2025 », selon le rapport de la députée Perrine Goulet, rapporteure spéciale « solidarité, insertion et égalité des chances ».
3 - Comment cette hausse pourrait se concrétiser dans le calcul de votre prime d'activité
Difficile de mesurer l'impact concret sur la prime d'activité, à la vue du coup de rabot de l'an passé, et de celui prévu initialement en 2026, abandonné au profit d'un coup de boost. Allez-vous y gagner 50 euros par mois cette année, mais moins si l'on compare à une situation équivalente 2 ans plus tôt ? Pour le savoir, il faudra connaître les modalités précises.
Sollicités par MoneyVox, ni le ministère du Travail et des Solidarités ni le ministère chargé des Comptes publics n'ont donné suite à nos demandes de précision sur les modalités de hausse 2026 de la prime d'activité.
Les premiers échos suite à cette annonce faisaient état d'un retour en arrière sur la baisse de la « pente » de la prime d'activité. La prime est notamment calculée sur la base de 59,85% des revenus professionnels de votre foyer, or ce taux était de 61% avant 2025. La piste la plus probable pour ce coup de pouce reviendrait à faire marche arrière sur ce taux voire à l'augmenter.
La complexe formule de la prime d'activité :
- Montant de la prime d'activité = (montant forfaitaire éventuellement majoré + 59,85% des revenus professionnels du foyer + bonifications individuelles) – les ressources prises en compte du foyer
EN DÉTAIL. Comment est calculée cette prime de la CAF que Lecornu veut augmenter ?
La prime d'activité, versée par la CAF ou la MSA, en bref
- Qui dit prime d'activité dit « activité » : il faut nécessairement toucher un salaire ou du moins des revenus professionnels pour y avoir droit ;
- Tant que vous touchez moins de 2 000 euros de salaire net par mois, vous penchez sur le sujet de la prime d'activité vaut le coup (même si cela ne garantit pas votre éligibilité) ;
- Le montant dépend aussi de vos autres ressources (allocations, loyers tirés d'un investissement immobilier, etc.), de celles de votre conjointe ou conjoint (bref, de votre foyer), etc.
- Le simulateur « estimation de la prime d'activité » de la CAF est le moyen le plus fiable d'avoir une réponse personnalisée pour votre cas personnel : attention, il mesure uniquement votre éligibilité avant la hausse à venir en 2026. Or le nombre de foyers éligibles pourrait augmenter selon les modalités retenus pour ce coupe de pouce.
| Salaire net mensuel | Montant de la prime |
|---|---|
| 700 € | 350 € |
| 1 000 € | 306 € |
| Smic (1 443 €) | 236 € |
| 1 600 € | 174 € |
| 1 800 € | 94 € |
| 1 900 € | 54 € |
| 2 000 € |
Source : simulations (théoriques) effectuées sur le simulateur officiel de la CAF pour une célibataire sans enfant, sans aucune autre ressource que le salaire net évoqué, en janvier 2026.
Quelle est la prime moyenne versée aux bénéficiaires de la CAF ?
4 - « 50 euros par mois » en moyenne : est-ce mieux que la hausse obtenue en 2019 par les « gilets jaunes » ?
Non. Tous les indicateurs avancés par le gouvernement indiquent que la hausse sera bien moins impressionnante qu'en 2019. Le budget alloué déjà : « les montants alloués à la prime d'activité ont atteint 9,4 milliards d'euros en 2019, soit 4,1 milliards de plus qu'en 2018 (+75%) », lit-on dans un rapport de la Drees. Or l'extension de crédits prévue au budget n'est que de 1,5 milliard d'euros pour 2026.
La hausse moyenne ensuite : « 50 euros par mois », en moyenne, pour 3 millions de foyers, c'est moins que les « 70 euros par mois en moyenne » constatés par la CAF et la Drees sur l'année 2019, pour ceux qui touchaient déjà la prime d'activité. Surtout, en 2019, le nombre de bénéficiaires de la prime avait très fortement augmenté, avec 1,3 million de bénéficiaires en plus. Les déclarations gouvernementales ne laissent à ce stade pas entendre que le nombre de béénficiaires va augmenter.
À l'époque, l'objectif était une « hausse de 100 euros » dès janvier 2019, pour les salariés au Smic. Cela passait par une augmentation du Smic, accompagnée d'une hausse maximum de 90 euros du « bonus individuel » de la prime d'activité.
Le gouvernement va-t-il toucher à plusieurs éléments de la complexe formule de calcul de la prime d'activité ? Dont les « bonifications individuelles » ? Suspense.
5 - Pourquoi cette hausse est déjà critiquée ?
Ce coup de pouce aux salariés modestes ne convainc à ce stade ni côté salariés, ni côté patronat. Les organisations patronales pointent le coût de mesure la mesure : « Cette augmentation coûte 2 milliards d'euros : qui va payer ? », s'est emporté le président du Medef Patrick Martin dans Les Échos, faisant référence à un premier chiffrage de la mesure à 2 milliards, avant que le coût de 1,49 milliard d'euros n'apparaisse dans le texte soumis au 49.3. « Au lieu de donner aux entreprises les moyens de mieux rémunérer le travail - en allégeant durablement le coût du travail et les contraintes qui pèsent sur elles, l'État choisit une nouvelle fois de compenser par de la dépense publique ce que l'économie réelle n'arrive plus à absorber », regrette pour sa part le président de la CPME, Amir Reza-Tofighi dans La Tribune Dimanche.
« Le meilleur moyen pour que le travail paie plus, c'est d'augmenter les salaires, pas les revenus annexes »
Les syndicats auraient préféré une hausse du Smic : « Si la CFTC ne peut que saluer toute revalorisation de la rémunération des travailleurs modestes, elle reste assez sceptique quant à la solution optée par le gouvernement », écrit l'organisation syndicale dans un communiqué répondant à cette annonce gouvernementale, avant de poursuivre : « En choisissant d'augmenter la prime d'activité, l'Etat fait donc compenser par la contribution collective l'absence – ou du moins l'insuffisance – de revalorisations salariales des employeurs. (...) Notre organisation avait plaidé pour une hausse de 5% du salaire minimum en 2026. »
Une position rejoignant la déclaration de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, sur France Inter : « Le meilleur moyen pour que le travail paie plus, c'est d'augmenter les salaires, pas les revenus annexes. »

























