Avec une pension moyenne brute à 1 666 euros retraite par mois (1 541 euros net) et un coût de la vie en hausse continue, de nombreux seniors n'ont pas d'autre choix que d'exercer une activité rémunérée pour compléter leurs revenus. En 2023, ils étaient près de 500 000 (chiffres Insee), dont 88 000 à leur compte, majoritairement en micro-entreprise.
Cette tendance croissante repose actuellement sur des règles favorables, renforcées par la réforme des retraites de 2023 : sous conditions, les retraités peuvent en effet cumuler intégralement pension et revenus d'activité tout en générant de nouveaux droits. Une configuration pourtant appelée à évoluer dès le 1er janvier 2027. MoneyVox fait le point.
Retraites : tout ce qui change en 2026
Un dispositif actuellement avantageux pour les retraités actifs
Aujourd'hui, un assuré ayant liquidé sa retraite à taux plein peut cumuler sans plafond sa pension de l'Assurance retraite avec un revenu d'activité professionnelle. Pour les autres, le cumul reste possible mais plafonné : il ne peut excéder 160% du Smic brut ou, si ce montant est plus favorable, le dernier salaire mensuel brut perçu.
La réforme de 2023 était même allée plus loin, en permettant aux retraités de se constituer de nouveaux droits à pension grâce à la reprise d'une activité, sous réserve de respecter un délai de six mois en cas de retour chez le dernier employeur.
Contre toute attente, l'exécutif a pourtant annoncé un changement de cap qui pourrait rendre ce cumul désormais impossible pour bon nombre de retraités.
À partir de 2027, le cumul sera limité avant 67 ans et supprimé avant 64 ans
Adoptée le 16 décembre dernier, la loi de financement de la Sécurité sociale a introduit un net resserrement du cumul emploi-retraite pour les personnes liquidant leur pension de base à compter du 1er janvier 2027. Avant 64 ans, tout revenu d'activité sera intégralement déduit de la pension, rendant le cumul impossible. Entre 64 et 67 ans, le cumul deviendra partiel : 50% des revenus annuels dépassant 7 000 euros seront retranchés de la pension. La création de nouveaux droits à la retraite sera quant à elle supprimée. Ce n'est qu'à partir de 67 ans que le cumul redeviendra totalement libre, avec la possibilité de générer une seconde pension.
À l'heure actuelle, les retraités ayant liquidé leurs droits avant cette date ne seraient pas concernés, sauf pour certains régimes spéciaux, pour lesquels des ajustements sont envisagés.
Les retraités aux revenus modestes en première ligne
L'exécutif affiche un objectif budgétaire clair : une économie à hauteur de 0,4 milliard d'euros pour l'État dès 2027 et jusqu'à 1,9 milliard d'euros en 2030. Cette mesure serait toutefois un vrai coup dur pour de nombreux seniors. En effet, si l'on en croit le baromètre de l'Unsa retraités : « 17% des retraités à la retraite depuis moins de 5 ans percevant une pension comprise entre 1 000 et 1 400 euros pratiquent une activité professionnelle par nécessité. »
Créer une micro-entreprise pour compléter sa retraite ? « Si la réponse est oui en 2026, il n'y aura plus aucune certitude en 2027 »
« Quel est l'intérêt d'aller travailler pour ne rien gagner ? », confirme Frédérique David-Créquer, autrice du livre Je suis auto-entrepreneur. « Alors que la réforme de 2023 allait dans le bon sens, là il y a une vraie marche arrière de la part du gouvernement. C'est s'attaquer au pouvoir d'achat des retraités les plus modestes ». Alors est-il encore pertinent de créer une micro-entreprise pour compléter sa retraite ? « Si la réponse est oui en 2026, il n'y aura plus aucune certitude en 2027 », souligne-t-elle.
Rappelons en effet qu'un micro-entrepreneur est redevable de cotisations sociales et de la cotisation foncière des entreprises s'il dépasse 5 000 euros de chiffre d'affaires annuel. Avant 64 ans, toute activité indépendante se traduirait donc mécaniquement par une perte financière, faute de cumul possible. Entre 64 et 67 ans, un arbitrage précis sera nécessaire pour déterminer si le niveau de revenus dégagé reste avantageux. Pour plus de sûreté, les retraités n'auront donc plus d'autre choix que d'attendre l'âge légal de départ à la retraite.











