Depuis mercredi soir, le gouvernement a beaucoup argumenté pour convaincre que son plan daustérité budgétaire toucherait principalement les grandes entreprises et les très hauts revenus. Pourtant, les faits sont têtus : la plupart des mesures proposées ne concerneront pas quune poignée de ménages très aisés, mais bien lensemble des épargnants. En effet, la hausse de 1,2% des prélèvements sociaux sur les revenus du capital aura un impact sur des produits financiers largement répandus, comme les contrats dassurance-vie en euros (41% des ménages en possèdent un), les livrets fiscalisés (dont lencours total a progressé de plus de 20 milliards deuros depuis un an) ou les comptes à terme.
Concrètement, le taux global des prélèvements sociaux passera de 12,3% à 13,5%, ce qui, en ajoutant les 19% du prélèvement forfaitaire libératoire (PFL) donnera un taux global dimposition de 32,5%. De quoi encourager les épargnants, s'ils le peuvent, à se reporter encore un peu plus sur les produits exonérés, Livret A et Livret de développement durable (LDD), mais aussi sur l'épargne-logement.
Ce relèvement sera inclus dans le prochain projet de loi de finances rectificative pour 2011, qui sera examiné courant septembre. En conséquence, il devrait commencer à porter ses fruits dès cette année à hauteur de 190 millions deuros, puis 1,3 milliard prévu en 2012.
Forte contribution des investisseurs immobiliers
Une autre mesure offre une perspective de gains encore plus importants pour lEtat : il sagit de la suppression de labattement pour durée de détention sur les plus-values immobilières, dont le gouvernement attend un gain de 180 millions deuros en 2011, et de 2,2 milliards en 2012.
Jusquici, cet avantage permettait au propriétaire qui vendait une résidence secondaire, un logement vacant ou un terrain non-bâti d'obtenir un abattement de 10% par an sur l'assiette de la plus-value, à compter de la cinquième année de détention. Ce qui revenait à exonérer les biens détenus depuis 15 ans ou plus. Fin de partie : désormais, ces gains seront imposables quelle que soit la durée de détention. Seule concession du gouvernement : au moment de la vente, le prix dachat initial sera majoré en fonction de linflation constatée depuis la date dacquisition. Un moindre mal ? Pas vraiment, dans la mesure où la hausse des prix de limmobilier a été, cette dernière décennie, beaucoup plus forte que la hausse générale des prix.
Certains propriétaires, qui attendaient les 15 ans fatidiques pour vendre, risquent donc de tomber de haut. Dautant que le gouvernement ne leur laissera pas le temps de se retourner. Pour éviter leffet daubaine, il a en effet décidé de rendre la mesure effective au 24 août (soit le jour de lannonce), même si elle ne sera votée quen septembre, dans le cadre du collectif budgétaire. Quen sera-t-il des compromis signés d'ici la publication de la loi ? D'un point de vue juridique, la question mérite d'être posée.
Au tour des plus-values mobilières ?
Autre avantage rogné au nom de la rigueur budgétaire : le Scellier. Le gouvernement na pas inclus le futur coup de rabot sur les niches fiscales dans ses annonces de mercredi, dans la mesure où il ne portera ses fruits quen 2013, au moment de limposition des revenus 2012. Mais François Fillon a confirmé que la vingtaine de niches rabotées dans le cadre du budget 2011 le serait de nouveau en 2012. La réduction Scellier devrait donc être portée à 16% pour les logements basse consommation (BBC), et à 8% pour les autres.
Et la coupe nest peut-être pas encore pleine. Dans un entretien accordé aux Echos, Gilles Carrez, le rapporteur général UMP de la commission des finances de lAssemblée nationale, annonce en effet quil proposera une suppression de labattement sur les plus-values mobilières, qui devait entrer en vigueur lan prochain.















