La hausse rapide de l’inflation, qui a atteint 1,4% en mai, n’est une bonne nouvelle ni pour les consommateurs, ni pour les épargnants, qui voient le rendement réel de leurs placements baisser. Celui du Livret A notamment, qui ne joue plus son rôle de rempart contre la hausse des prix.

De 0% en décembre 2020 à 1,4% en mai 2021 : l’indice de prix à la consommation (IPC) connaît actuellement une forte poussée. Rien d’inquiétant a priori : cette tendance inflationniste, qui concerne toute la zone euro, était attendue par la Banque centrale européenne (BCE), même si elle est plus précoce que prévu. Elle est fortement liée, notamment, à la hausse des prix du pétrole, dans un contexte de redémarrage des économies affectées par la crise sanitaire.

Néanmoins, ce n’est pas une bonne nouvelle pour vos finances. Ni pour votre portefeuille - vous payez plus cher ce que vous achetez, notamment votre carburant -, ni pour votre épargne, dont le rendement réel est affecté. La double peine, en quelque sorte : que vous dépensiez votre argent ou que vous le gardiez au frais, vous êtes pénalisés !

Le Livret A, refuge pour l’épargne de précaution

C’est le cas, notamment, si vous possédez un Livret A, comme presque tout le monde. Depuis le début de la crise, le livret réglementé a fait office de refuge pour l’épargne de précaution des Français et enregistre des collectes historiques : plus de 26 milliards d’euros en 2020, et déjà près de 15 milliards cette année.

Collecte Livret A (en milliards d'euros)

Collecte Livret A J J A S O N D 2019 J F M A M J J A S O N D 2020 J F M A M 2021 0,00 2,00 4,00 6,00 0,00 -2,00 © MoneyVox Livret A tspan1 tspan2 tspan3 tspan4

Source des données : communiqués mensuels de la Caisse des Dépôts sur les flux et les encours du Livret A et du LDD.

Il faut dire que, dans cette époque troublée, le Livret A et ses cousins, le LDDS et le LEP, cumulent les points forts :

  • la sécurité, grâce à la garantie de l’Etat ;
  • la disponibilité immédiate en cas de coup dur ;
  • la rémunération : 0,5% net pour le Livret A et le LDDS, 1% pour le LEP, aucun placement aussi sûr et liquide ne fait mieux actuellement.

Ce retour de l’inflation pourrait toutefois changer la donne. Depuis mars, le rendement réel du Livret A est repassé en territoire négatif : -0,9%, soit sa rémunération (0,5% net) corrigée de la hausse des prix (1,4% en mai). En clair, en y plaçant votre argent, vous perdez (un peu) de pouvoir d’achat.

Taux du Livret A - Mai 2021

Taux du Livret A 2021 2020 2019 2018 2017 0% 0,50% 1% 1,50% 2% 0% © MoneyVox Livret A Inflation tspan1 tspan2 tspan3 tspan4

Voir aussi l'infographie des taux de l'épargne réglementée.

Pire, cette situation pourrait durer, le livret réglementée ne jouant plus, comme par le passé, son rôle de rempart contre la hausse des prix.

Quel lien entre taux du Livret A et inflation ?

Il faut le rappeler : l’indice des prix à la consommation est un des deux références utilisées pour calculer le taux du Livret A, l’autre étant l’€STR, le taux interbancaire à court-terme calculé par la BCE.

Le poids de l’inflation dans cette formule a toutefois été largement allégé en juin 2018, lors de l’avant-dernière révision en date du mode de calcul du taux du Livret A.

Avant cette date, il existait en effet un « plancher inflation » : en clair, le taux du Livret A ne pouvait pas descendre sous le taux d’inflation annuelle hors tabac. Depuis cette date, ce n’est plus le cas : la révision de 2016, pilotée par l’actuel ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a effet largement « désensibilisé » le taux du Livret A, qui peut désormais descendre sous l’IPC et n’a plus, comme seul garde-fou, qu’un taux minimum fixé à 0,5%. Son taux actuel, donc, dont on se demande s’il pourra un jour aller plus haut.

Livret A : pourra-t-il vraiment dépasser les 0,50% ?

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Le taux du Livret A peut-il être relevé pour suivre l’inflation ?

Rien n’est moins sûr. Avec la révision de 2018, le taux du Livret A est en effet calculé en faisant la moyenne arithmétique, arrondie au dixième de point supérieur, entre la moyenne semestrielle de l’€STR et l'inflation annuelle moyenne sur les six derniers mois.

Prenons une calculette et regardons ce que ça donne aujourd’hui. En mai 2021, derniers chiffres définitifs connus, la moyenne semestrielle de l’€STR était de -0,478%. L’inflation moyenne sur 6 mois s’élevait, elle, à 0,6%. Le taux « réel » du Livret A est donc de 0,10%. Heureusement que le plancher de 0,50% est là !

Pour voir le taux du Livret A remonter au dessus de son niveau actuel, il faudrait non seulement que l’inflation s’installe durablement autour d’1,5%, le temps que sa moyenne semestrielle remonte. C’est possible, même si tous les économistes ne s’accordent pas sur cette perspective. Il faudrait dans le même temps que l’€STR repasse en territoire positif. Or ce n’est clairement pas l’ordre du jour. Sa faiblesse est le reflet de la politique volontariste de soutien à l’économie de la BCE, qui a confirmé jeudi dernier qu’elle la maintenait, dans l’immédiat, pour accompagner la reprise économique qui se profile avec la sortie de crise.

Le gouvernement pourrait-il faire un geste ?

La formule de calcul, toutefois, ne fait pas tout. Lors de sa révision de 2018, le gouvernement n’est pas allé jusqu’à remettre en cause un vieux principe : celui de la primauté du politique sur l’économique en matière de Livret A.

En dernier ressort, c’est en effet l’exécutif qui choisit, ou non, de modifier le taux du livret réglementé. En imaginant que l’écart continue de se creuser entre le Livret A et l’inflation, qui plus est à l’approche de l’élection présidentielle, il pourrait être tenté de brosser l’épargnant dans le sens du poil en rapprochant la rémunération du Livret A de l’inflation. Rien n’indique, dans l’immédiat, que c’est son intention.

Il ne serait pas, pourtant, le premier à succomber à la tentation d’instrumentaliser politiquement le Livret A. Un exemple parmi d’autres : en 2012, François Hollande, candidat à la présidence de la République, avait promis de relever les plafonds du Livret A et du LDDS, au nom de la défense de l’épargne populaire. Une promesse qu’il a tenue, une fois élu, dont on sait qu’elle a surtout profité aux ménages français les plus aisés, ces 6% d’épargnants qui ont les moyens de mettre leur Livret A au plafond fixé à 22 950 euros.

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