La glissade est prévue pour dimanche. Le 1er février, le taux du Livret A (et du LDDS) va passer de 1,70% à 1,50%, net de fiscalité. Il s'agira d'une 3e baisse consécutive pour le produit d'épargne le plus populaire de France : en un peu plus d'un an, son rendement a ainsi été divisé par 2, passant de 3% (jusqu'au 31 janvier 2025) à 1,50%.

58 millions de détenteurs pour le Livret A, plus de 26 millions pour le LDDS (1) : c'est le pays tout entier qui est concerné par cette chute et se pose la question : est-ce que je fais une erreur en maintenant mon épargne sur mon Livret A ?

En 2025, la réponse des Français a été relativement claire : ils ont nettement réduit les flux d'argent menant à leur Livret A. Pour la première fois depuis 10 ans, ce dernier a bouclé l'année avec un encours inférieur à ce qu'il était 12 mois auparavant (-2,12 milliards d'euros). Dans le même temps, les fonds euros de l'assurance vie, souvent présentés comme ses principaux concurrents, ont enregistré une collecte nette positive, la première depuis 2020, de 8,1 milliards d'euros.

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Opportunément, après l'annonce de cette nouvelle baisse, certains acteurs intéressés se sont d'ailleurs empressés de rajouter du doute, avec parfois une dose de culpabilisation. « La confirmation de la chute du taux du Livret A à 1,5 % dès février 2026, son plus bas niveau depuis plusieurs années, n'est plus un simple signal d'alarme. C'est un appel clair à l'action pour les épargnants », a par exemple dramatisé, dans un communiqué, Antoine Andreani, Head of Research chez XTB France, un néo-courtier en ligne.

Il existe pourtant des contre-arguments. Voici pourquoi il n'y a pas de honte à laisser de l'argent sur son Livret A.

Le Livret A reste le support idéal pour une épargne de précaution

C'est la première étape de la constitution d'un patrimoine : mettre de côté l'équivalent de 3 mois à 6 mois de revenus, selon votre situation professionnelle, afin d'éviter de vous retrouver dans le rouge en cas de dépense inhabituelle, souhaitée ou subie. C'est ce qu'on appelle l'épargne de précaution, et les livrets réglementés en restent les supports idéaux. « Le livret A, particularité française, reste un produit rentable pour les ménages, avec un risque zéro et une fiscalité nulle, une liquidité totale et un plafond élevé (...) » énumérait récemment Daniel Baal, patron du Crédit Mutuel Alliance Fédérale et président de la Fédération bancaire française (FBF).

Pour l'épargne de précaution, il présente notamment deux avantages sur les fonds euros de l'assurance vie : l'accès aux fonds économisés est immédiat, alors que dans le cas des fonds euros, il faut souvent compter quelques jours, voire plus, pour récupérer son argent. Et les gains sont immédiatement nets d'impôts, tandis qu'il faut attendre les huit ans du contrat pour bénéficier d'une fiscalité optimale sur l'assurance vie.

Si vous y avez le droit, préférez d'ailleurs le Livret d'épargne populaire (LEP) au Livret A : il possède les mêmes atouts, mais est mieux rémunéré (2,50% à partir du 1er février), tout en bénéficiant d'un plafond de versement (10 000 euros) bien calibré, dans la plupart des cas, pour l'épargne de précaution.

Ce n'est qu'une fois que vous avez constitué ce matelas que vous pouvez envisager de diversifier votre épargne vers des supports potentiellement mieux rémunérés sur le long terme, comme l'assurance vie, le PER ou les produits boursiers comme le PEA.

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Le Livret A reste protecteur face à l'inflation

La baisse du taux du Livret A ne sort pas de nulle part : elle suit la courbe de l'inflation et des taux courts interbancaires, les deux indices qui lui servent de référence et qui ont également connu une période de repli en 2025.

La hausse des prix, en particulier, est actuellement revenue à un niveau très bas : 0,8%, sur un an, en décembre, contre 1,7% en janvier. Et l'Insee anticipe une inflation moyenne de 1,25%, en légère hausse donc, au 1er semestre 2026.

Résultat : même avec un taux en baisse, le Livret A affichera toujours un rendement réel positif. Ou, pour le dire autrement, il vous protégera toujours votre capital des effets de l'inflation.

* inflation mensuelle hors tabac

En rouge : rendement réel du Livret A négatif par rapport à l'inflation
En vert : rendement réel du Livret A positif par rapport à l'inflation.

© MoneyVox

Le Livret A n'est pas de « l'argent qui dort »

C'est une autre critique faite au Livret A : l'argent placé y serait improductif, c'est-à-dire qu'il ne servirait pas à financer l'économie réelle. C'est largement inexact, comme l'expliquait récemment Daniel Baal, le président de la FBF, à l'occasion de ses vœux à la presse : « Non, l'argent ne dort pas dans les banques. L'argent présent sur les comptes et les livrets irrigue le circuit économique réel : c'est avec ces dépôts et cette épargne que les banques (et la Caisse des dépôts pour la part qu'elle récupère) peuvent prêter aux ménages et aux entreprises, aux collectivités, au logement social, aux infrastructures... (...) L'épargne n'est pas improductive, comme voulait le faire croire certains députés. »

De fait, l'argent du Livret A n'est pas accumulé dans un grand coffre, en attente de vos retraits. Il est utilisé par votre banque pour financer des PME, donc l'économie réelle. Une partie de l'encours, centralisée à la Caisse des Dépôts, est également orientée vers le financement de politiques publiques, en faveur du logement social, mais pas seulement.

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Le Livret A est un refuge dans une période troublée

Personne ne le nie : en 2025, les marchés boursiers ont affiché des rendements moyens bien supérieurs à celui du Livret A. Le CAC 40, par exemple, a progressé d'un peu plus de 10%, contre 2,16% en moyenne pour le produit réglementé. Ce n'était pas le cas, en revanche, en 2024 : -2,15% pour le CAC 40, +3% pour le Livret A.

Ces derniers temps, les indices boursiers affichent, en effet, une volatilité qui peut effrayer. L'an dernier, le CAC 40 a connu un point bas à 6 745 points en avril et un point haut à 8 314 points en novembre, avant de finir l'année à 8 150 points. Le principal indice de la Bourse de Paris a notamment vogué au gré des menaces de guerre commerciale exprimées par Donald Trump, le président des Etats-Unis. Or exposer une épargne, souvent accumulée au prix de sacrifices, aux humeurs d'un chef d'Etat étranger, par ailleurs peu réputé pour sa largesse de vue et son attachement à l'intérêt général, n'est pas donné à tout le monde.

Dans ce contexte, le Livret A rassure. Il pourrait d'ailleurs continuer, en 2026 et malgré la baisse de son taux, à « (...) jouer son rôle de valeur refuge en cas d'accentuation des tensions géopolitiques entre l'Europe et les États-Unis et en cas de ralentissement de l'économie », annonce l'économiste Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Epargne, dans un récent communiqué.

(1) Rappel : il est autorisé de cumuler un Livret A et un LDDS