L'examen de ce projet de budget annuel, le dernier de la présidence Macron, va démarrer mardi soir par la partie recettes, qui détermine principalement les rentrées fiscales. L'ambition est de retrouver un déficit à 5% du PIB en 2027.

Les oppositions ont accueilli la copie gouvernementale à coups de canon, y compris le PS qui avait accepté de laisser passer le budget l'an passé.

« Dans ce que le Premier ministre a posé sur la table, dans la façon dont se sont déroulées les premières discussions, notamment avec le bloc central, cela ne nous laisse pas voir de main tendue », a répété sur franceinfo le chef des députés socialistes Boris Vallaud.

Le PS défendra une motion de rejet dès l'entame des débats, a priori dans la soirée.

LFI la votera, comme des députés du groupe communiste et ultramarin. Les écologistes doivent en débattre dans la matinée.

Le groupe RN sera particulièrement scruté: s'il vote contre, la motion sera sans doute rejetée et l'examen commencera normalement. S'il vote pour, elle sera sans doute adoptée, renvoyant l'ensemble du texte en première lecture vers le Sénat. Si les troupes de Marine Le Pen s'abstiennent, le vote se jouera beaucoup à la mobilisation.

Cette motion de rejet est « une motion de boycott », a dénoncé sur France 2 le ministre des Comptes publics David Amiel. « Les taux d'intérêt flambent, le Parlement ne peut pas regarder ailleurs. On a besoin d'avoir un débat à l'Assemblée ».

- Retraites et collectivités

Que les débats soient longs, ou interrompus au premier jour, le gouvernement a de toute façon peu d'espoir de faire voter son budget dans des conditions classiques à l'Assemblée.

Le premier tour de chauffe en commission des Finances a été sévère, avec un texte remanié puis rejeté par la quasi-totalité des députés (31 contre, trois pour et deux abstentions).

Car pour atteindre sa cible de déficit, l'exécutif n'a pas été avare de mesures d'économies parfois clivantes, pour réaliser quelque 45 milliards d'efforts nouveaux en 2027.

Il entend notamment mettre à contribution les retraités, par une sous-indexation des pensions au-dessus de 1.256 euros dans le budget de la Sécurité sociale, et une réduction du périmètre de l'abattement de 10% sur l'impôt sur le revenu dont bénéficient les retraités dans le budget de l'Etat.

Des mesures accueillies par des protestations de LFI au RN, en passant par des députés LR, soutiens du gouvernement.

Parmi les autres points chauds : les aides au logement, le gel du point d'indice des fonctionnaires, mais aussi les collectivités locales, mises à contribution pour environ 5,4 milliards d'euros, provoquant des levées de boucliers jusqu'au sein du camp gouvernemental.

- 5% « quoi qu'il arrive » -

Une source au sein de l'exécutif prend moins de gants en évoquant le déficit : « Les marchés financiers ont besoin de sentir que quoi qu'il arrive on va finir à 5% (...), les débats parlementaires, tout le monde s'en fout, comme tout le monde s'est dit qu'à la fin, ça se terminera par un 49.3 ou des ordonnances ».

Privé de majorité, Sébastien Lecornu pourrait en effet recourir, comme l'an passé, à l'article 49.3 de la Constitution, en échange d'une non-censure.

« Nous avons réussi à forger des compromis avec les socialistes en 2025 et en 2026. J'entends les demandes du PS de plus de justice sociale. Il faudra qu'on en parle », a assuré M. Amiel.

« Un 49.3 qui tient compte des débats, des positions des uns et des autres », a plaidé la présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet sur LCI, reconnaissant « qu'il y a un sujet sur la taxation des super patrimoines ».

Mais les socialistes sont moins enclins à la non-censure, arguant que le gouvernement fait des clins d'œil à l'extrême droite - ce dont il se défend - en proposant un délai de « carence » pour le versement de certaines allocations aux étrangers.

Marine Le Pen a dit préférer l'adoption d'un budget, même « imparfait », estimant qu'elle arriverait à le modifier en profondeur en cas de victoire à la présidentielle. Sans rassurer certains cadres macronistes : « Si la contestation sociale s'amplifie (...), le RN pourrait la rejoindre » en censurant, s'inquiète l'un d'eux.

Sébastien Lecornu pourrait aussi recourir aux ordonnances budgétaires, jamais utilisées, mais permettant de passer le budget sans aucun vote. Il faudrait toutefois attendre le 18 décembre, après 70 jours d'examen.