Lheure tourne : avant 2025, le marché de lélectricité français doit se réinventer car cette échéance marque la fin de la période transitoire douverture à la concurrence décidée il y a 15 ans. Or le système actuel ne satisfait personne : ni EDF, toujours détenue à 84% par lEtat, et qui commercialise notamment les tarifs réglementés ; ni les dizaines dopérateurs alternatifs qui vendent une partie de la production nucléaire du fournisseur historique avec des offres de marché aux tarifs censés être plus avantageux pour les particuliers.
Et pour les consommateurs, les économies envisagées lors de larrivée à la concurrence sont bien moindres que celles espérées. Un état de fait qui mécontente tout le monde et notamment la Commission européenne. Elle négocie darrache-pied avec le gouvernement français pour une sortie de crise.
Pourquoi revenir aux tarifs réglementés ?
Lassociation de consommateurs CLCV a publié la semaine passée un plaidoyer pour un retour à 100% aux tarifs réglementés et la fin des offres de marché. « Louverture du marché de lélectricité à la concurrence est un pari raté qui nuit au consommateur. Trouver une solution avant 2025, est une obligation », juge François Carlier, le directeur général de la structure. Aujourdhui, deux tiers des ménages sont toujours abonnés au tarif bleu dEDF.
En effet, le dispositif par lequel les opérateurs alternatifs peuvent bénéficier d'une partie de la production nucléaire d'EDF à bas prix (Arenh), doit se terminer dici-là. La CLCV appelle donc à remettre à plat le système à cette date. « 18 ans après la libéralisation, il est temps pour les opérateurs de rentrer dans l'âge adulte et surtout de mettre un terme à ces dispositifs qui désincitent à l'innovation et qui tendent désormais à faire monter les prix », juge la CLCV. Ce plaidoyer contre une « concurrence bancale » et en faveur des tarifs régulés est selon l'association, spécifique à ce marché où en l'absence d'innovation de rupture, contrairement aux télécoms où la concurrence a profité au consommateur.
« La seule action tangible des opérateurs alternatifs est un recours puissant aux pratiques commerciales trompeuses et agressives. Le démarchage qui tourne à lintimidation et au mensonge est pour partie la conséquence de louverture du marché. Les opérateurs alternatifs utilisent en effet ce moyen car ils ne peuvent pas réellement se différencier dans le prix ou la qualité », dénonce la CLCV. En 2018, le Médiateur de lénergie a été saisi près de 17 000 fois. Un reproche que lon peut aussi formuler contre EDF : lentreprise ne signale pas à ses clients que loption Base est devenue plus avantageuse que les Heures pleines/heures creuses dans 85% des cas, selon Plüm énergie qui a étudié le phénomène.
Mais cette proposition de la CLCV, qui pourrait sinviter dans la campagne présidentielle de 2022 aux côtés du projet de réforme dEDF, ne fait pas l'unanimité des acteurs du secteur.
Hausse des tarifs EDF : pourquoi votre facture d'électricité explose malgré la concurrence
Faut-il en finir avec les offres de marché ?
Tarifs réglementés pour tous ou concurrence complète ? « La concurrence apporte la souplesse de changer de fournisseur, même pour un gain limité. La situation de monopole atténue la pression sur le dominant et impacte le prix comme la qualité du service », craint un observateur avisé du secteur qui ne partage vraiment pas la position de la CLCV.
« On a pensé à un marché pour quil ne fonctionne pas et on fait semblant de le regretter aujourdhui », dénonce Vincent Maillard, co-fondateur et président de Plüm énergie. Néanmoins, selon lui, le « retour au monopole serait pire que tout car on prolongerait une situation qui na pas lieu dêtre. Nous avons besoin dune politique énergétique claire - part du nucléaire, part du renouvelable, innovation - qui offre de la stabilité à un marché dont les règles changent trop souvent ». Sollicitée sur le sujet par MoneyVox, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, na pas répondu à nos questions.
Électricité : trouvez le meilleur prix avec le comparateur de notre partenaire
Comment réformer lArenh ?
« Aujourdhui EDF utilise les centrales nucléaires et organise, via Enedis et RTE, la distribution de lélectricité aux alternatifs, la concurrence est donc impossible », insiste François Carlier. De plus, le directeur général de la CLCV estime que « la France ne respecte pas les traités européens puisque le partage de lélectricité est décidé à lavance. Le traité de Rome parle de libre concurrence. On use dun dispositif anticoncurrentiel - une entente préalable - pour instaurer la concurrence. »
« Le dispositif de lArenh fonctionne bien, mais ses paramètres sont obsolètes, se défend la Commission de régulation de l'énergie (CRE) à MoneyVox. Nous souhaitons que les négociations en cours du gouvernement avec la Commission européenne sur la réorganisation dEDF aboutissent vite, afin de réformer les dysfonctionnements du système actuel. (...) La France a pris des engagements en ouvrant la concurrence. La proposition de la CLCV nest pas réaliste », insiste le gendarme de lénergie.
Ce dernier a dailleurs proposé de modifier les paramètres de lArenh en permettant à EDF de revendre son électricité aux opérateurs alternatifs à 48 euros du mégawattheure contre 42 euros aujourdhui afin que lopérateur, en grandes difficultés financières, puisse rentrer dans ses frais. Mais encore faut-il que Bruxelles valide une telle hausse. Et si elle était accordée, ce serait a priori une épine supplémentaire dans le pied des opérateurs alternatifs dont 75% de lapprovisionnement dépend du système de lArenh.
En parallèle, le Parlement français a accordé aux alternatifs dans le cadre de la loi énergie-climat une hausse du plafond de lArenh afin de commercialiser 150 TWh dénergie venant dEDF contre 100 jusquici. Une décision toujours pas appliquée en raison des négociations en cours avec Bruxelles. La bataille des tarifs de lélectricité nen est quà ses débuts.
Que s'est-il passé pour les entreprises en janvier 2021 ?
10 salariés, un bilan annuel à 2 millions d'euros... Au-dessus de ces plafonds, depuis le 1er janvier 2021, les entreprises ne peuvent plus profiter des tarifs réglementés EDF. Près de 600 000 d'entre elles, qui navaient pas anticipé, ont basculé sur une nouvelle offre de l'entreprise à capitaux publics. Une restriction obligatoire car le maintien des tarifs réglementés de vente de lélectricité pour certaines catégories de consommateurs contrevient au droit européen. La fin des tarifs réglementés pour les particuliers nest pour linstant pas évoquée contrairement à celle décidée pour la fourniture de gaz.

















