Il ne faut pas vendre la peau de lours Pourtant, ce lundi 24 avril, les commentaires diffusés par les sociétés de gestion et autres sociétés danalyse financière traduisent un net soulagement. Ces mêmes analystes financiers avaient pointé un second tour Le Pen-Mélenchon de lélection présidentielle comme le scénario catastrophe. Le fait quEmmanuel Macron soit arrivé en première position au premier tour, plus de 2 points devant Marine Le Pen (1), les a rassurés. Analystes et gestionnaires de portefeuille, français ou non, se projettent même sans grande ambiguïté sur une élection de lancien ministre de lEconomie à la présidence de la République.
« Cet été, la France aura, pour la première fois, un président en faveur des réformes », lance ainsi dès ce 24 avril Stefan Kreuzkamp, chief investment officer chez Deutsche Asset Management dans une note intitulée « Vive la France, Europe lives on ! » Léon Cornelissen, chef économiste chez Robeco, ne cache pas non plus son soulagement : « La folle course de chevaux à quatre des derniers mois sest terminée avec un résultat positif pour les marchés financiers », juge-t-il, avant dajouter : « Le marché des paris estime désormais la probabilité dun victoire de Macron à près de 90%. »
Un résultat vu comme la défaite des eurosceptiques
Le même Léon Cornelissen souligne au passage que, selon lui, « lidée dun Frexit na jamais été très populaire en France, comme lillustre le discours plus prudent de Marine Le Pen sur ce sujet récemment ». La perspective dun Frexit, évidemment peu favorable aux marchés affrontant déjà la perspective du Brexit, peut de son point de vue être « clairement écartée pour plusieurs années ».
Stefan Kreuzkamp, de Deutsche Asset Management, voit lui dans les résultats de ce 1er tour un recul des « populistes » en Europe « en 2017 », en mettant les élections françaises en parallèle avec « les échéances électorales aux Pays-Bas, en Autriche et en Allemagne ». Ce lundi, le CAC 40 a progressé de plus de 4% : les investisseurs sont « rassurés par les scores des partis anti-euro qui ne représentent que 47,9% des voix au total », analyse le courtier Aurel BGC.
Le calme bientôt de retour sur les marchés obligataires ?
Outre le CAC 40, le marche des emprunts dEtat a lui aussi accueilli favorablement le résultat du 1er tour, comme le souligne Lukas Daalder, responsable des investissements chez Robeco : « Lécart de rendement des obligations détat [se réduit] par rapport à lAllemagne. » Pour rappel, la perspective dune éventuelle « finale » Le Pen-Mélenchon avait provoqué des tensions sur le marché obligataire ces dernières semaines. A contrario, la volonté de réduction des dépenses publiques affichée par le leader du mouvement En Marche offre des perspectives plus favorables à lévolution de la dette française. Blackrock souligne ainsi que « son programme sarticule autour dun projet de rénovation de léconomie française pour le 21ème siècle et est ouvertement favorable à lUnion européenne ».
« Dans ce contexte, nous revenons à des positions plus en phase avec lamélioration de la tendance économique depuis le début de lannée », analyse pour sa part la société de gestion La Française. Cette dernière envisage déjà une « tendance à moyen terme » plutôt « prometteuse » sur les différents types de marchés financiers : « Sauf évènement imprévisible, et dans lhypothèse de lélection dEmmanuel Macron, candidat pro-européen, les marchés devraient lui réserver un accueil plutôt favorable. »
Les investisseurs invités à rester prudents
Si les analystes financiers parient presque tous sur une victoire dEmmanuel Macron dans deux semaines, ils expriment tout de même certaines réserves : « Pour le moment, il ne peut sappuyer ni sur son propre parti ni sur sa grande expérience politique », souligne Stefan Kreuzkamp, de Deutsche Asset Management. « En dautres mots, sa présidence fait entrer la France en territoire inconnu. »
Dans une vidéo publiée sur les sites de Morningstar, le portfolio manager Cyrique Bourbon invite ainsi les investisseurs à la prudence : « Du point de vue de l'investissement financier, une victoire de Marine Le Pen aurait des répercutions négatives, et celle dEmmanuel Macron des répercutions positives. Toutefois, je pense qu'il faut toujours conserver une vue à long terme sur ses investissements, donc nous ne conseillons pas danticiper des mouvements à court terme en réaction à ces résultats. »
(1) Selon les résultats définitifs publiés lundi peu avant 18h par le ministère de l'Intérieur, Emmanuel Macron rassemble 24,01% des suffrages exprimés, Marine Le Pen 21,30%, François Fillon 20,01% et Jean-Luc Mélenchon 19,58%.










