Tout s'est passé en décembre 2015 : 300 visites effectuées dans onze enseignes bancaires différentes. Les testeurs de lAutorité des marchés financiers ont joué les clients potentiels, tour à tour épargnant allergique au risque, « risquophile » et « jeune actif intéressé par la bourse ». Bilan global de lAMF : « aucune proposition inadaptée na été faite et, pour les visiteurs mystère, la compétence commerciale des chargés de clientèle rencontrés est globalement bonne ».
Des conseils parfois déconnectés du profil
Linstitution apporte toutefois dimportants bémols. Parmi eux : un trop faible équilibre dans la présentation des avantages et inconvénients des produits proposés, et labsence dune « connaissance fine » des placements. Par ailleurs, les produits mis en avant varient peu selon le profil du client : quil soit allergique au risque ou non, le client se voit proposé en premier lieu de lassurance-vie. Viennent ensuite lépargne-logement ou les comptes à terme pour les « risquophobes », et les produits dinvestissement financier pour les « risquophiles ».
Originalité de cette campagne de visites mystère : le test dun profil « jeune actif », qui avait jusqualors uniquement été intégré à létude en 2013. Ce célibataire de 29 ans a un profil averti : diplômé dune école de commerce, des revenus nets mensuels de plus de 3.000 euros, une épargne financière de 58.000 euros, etc. Il sintéresse donc aux sociétés cotées en bourse.
Des inconvénients trop souvent omis
Comme en 2013, malgré ce profil averti, ce jeune célibataire nest interrogé quune fois sur deux sur son expérience et ses connaissances financières. Pire : « Seul 1 conseiller sur 5 a abordé la question du montant que le prospect accepte potentiellement de perdre. » Car, malgré le profil « risquophile » de ce testeur, les conseils ont été relativement déconnectés de ses envies : lassurance-vie a été citée lors de 95% des entretiens, le PEA dans 51% et les livrets dans 42% des cas. LAMF juge ainsi que le PEA a été insuffisamment cité « au regard du profil du prospect, attiré par les actions ».
Plus étonnant : le Plan dépargne en actions a fait lobjet dune présentation relativement équilibrée entre avantages et inconvénients, même si les frais nont été évoqués quune fois sur deux. Or les conseillers clientèle ont bien plus fortement insisté sur les bons points de lassurance-vie et de lépargne bancaire. Pour les comptes à terme, lassurance-vie ou autres livrets, les avantages ont été présentés dans plus de 9 entretiens sur 10. Et les inconvénients les frais en particulier - dans moins de 45% des cas.
Placements risqués : les jeunes actifs mal conseillés ?
Autorité de tutelle pour les produits financiers, lAMF porte logiquement une attention toute particulière aux investissements risqués. La mise en avant de ce jeune actif, potentiel boursicoteur mais guidé vers la gamme de produits d'épargne « standard », tend à montrer que la « proposition de solutions dinvestissement de long terme » reste à parfaire dans les réseaux bancaires.
D'ailleurs, parallèlement aux résultats des visites mystère, lAMF évoque un sondage récent (1) sur les « placements des jeunes actifs », de 25 à 35 ans, dans son observatoire de lépargne publié en début de mois. Résultat : « Leur détention de placements risqués est moindre que celle de leurs aînés : moins dun sur vingt (4%) déclare détenir un placement en actions (en direct ou via un placement collectif) au sein dun PEA (9% dans lensemble de la population). » Parmi les principales raisons évoquées : « je suis mal informé », à 22%, et « cest trop compliqué », à 19%. Des scores bien plus élevés quauprès du reste de la population. Une preuve supplémentaire d'un conseil insuffisant.
(1) Enquête Pater-Cepremap, menée en 2014 et publiée en février 2016, sur « lévolution des comportements, des préférences et des anticipations des épargnants ».

















