Les marchés

Les marchés en zone grise

Le CAC 40 reste sous pression ce mercredi, en recul de 0,96% à 8 156 points, dans un marché qui peine à trouver un véritable cap. Le contexte géopolitique continue de peser, malgré la prolongation de la trêve entre les États-Unis et l'Iran. Sans réouverture du détroit d'Ormuz et avec un blocus toujours en place, le risque ne disparaît pas, il est simplement différé. Résultat, les investisseurs évoluent dans une zone grise, entre soulagement à court terme et incertitudes persistantes sur l'approvisionnement énergétique.

Dans ce climat, les publications d'entreprises sont scrutées de près. Et comme souvent en période de flou, elles dictent la tendance au jour le jour. À Paris, la séance est marquée par des déceptions, avec Bureau Veritas (-10,6%) et Eurofins Scientific (-9,7%) qui décrochent lourdement après des perspectives jugées insuffisantes. À l'inverse, certaines valeurs tirent leur épingle du jeu : Danone (+2,5%) progresse, tandis que Schneider Electric (+0,7%) inscrit un nouveau record historique à 281,5 ?, soutenu par la dynamique du secteur et les perspectives relevées de son concurrent suisse ABB. Même tonalité aux États-Unis, où Boeing (+3%) limite la casse avec une perte moins importante que prévu.

En filigrane, faute de visibilité sur l'issue du conflit, les investisseurs se raccrochent aux fondamentaux immédiats. Mais tant que le dossier iranien restera sans solution claire et que les flux énergétiques ne seront pas pleinement rétablis, la prudence devrait continuer de dominer. Nous avons beaucoup de choses à vous dire ce soir, bonne lecture à tous !

Les valeurs

Les actions de Bureau Veritas et d'Eurofins baissent fortement après la publication de résultats trimestriels décevants. Ces deux entreprises appartiennent au même secteur, celui des tests, inspections et certifications, même si leurs activités sont un peu différentes. Bureau Veritas est présent dans des domaines comme l'industrie, le bâtiment ou l'agroalimentaire, tandis qu'Eurofins est davantage spécialisé dans les analyses médicales et alimentaires.

Bureau Veritas a affiché une croissance inférieure à ce qu'attendaient les marchés, surtout à cause de la faiblesse de son activité dans l'énergie et la certification. Le groupe a aussi revu à la baisse son objectif de croissance, en expliquant que le contexte économique et géopolitique est compliqué.

Il a également décidé de se retirer progressivement d'une petite activité liée aux services aux gouvernements, après avoir repéré des problèmes de conformité au Moyen-Orient et en Afrique.

De son côté, Eurofins a lui aussi publié une croissance trop faible par rapport aux attentes. Le groupe explique en partie cette contre-performance par une météo défavorable en Europe et aux États-Unis, qui a pesé sur certaines activités, notamment les tests alimentaires. D'autres divisions, comme la biopharma, ont aussi déçu. Malgré cela, Eurofins a maintenu ses objectifs pour les prochaines années.

Ce soir, Bureau Veritas et Eurofins perdent respectivement 10,59% et 9,69% (-6,4% et -0,5% depuis le début de l'année) et signent les deux plus fortes baisses journalières du CAC 40.

La Française des Jeux traverse également un début d'année difficile. L'entreprise, connue pour ses jeux d'argent, ses loteries et ses paris sportifs, a publié des résultats décevants pour les trois premiers mois de 2026. En conséquence, son action chute de 7,95% à 24,31 euros. La direction a revu à la baisse ses objectifs pour 2026, seulement deux mois après les avoir annoncés. Le principal problème vient de la faiblesse des paris sportifs et des jeux en ligne, surtout au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Dans ces pays, les revenus ont fortement baissé. En parallèle, l'entreprise subit une hausse des taxes dans plusieurs marchés importants, comme la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Roumanie, ce qui pèse directement sur son chiffre d'affaires.

Sur le trimestre, la FDJ a encaissé un peu plus d'argent des jeux qu'un an plus tôt, mais son chiffre d'affaires a tout de même reculé à cause de la fiscalité et d'une activité moins dynamique. Les paris sportifs ont aussi souffert de matchs jugés moins attractifs et du fait que les joueurs ont davantage gagné, ce qui réduit les revenus de l'opérateur.

Côté loterie, l'absence de très grosses cagnottes a également freiné la participation. La FDJ reconnaît ainsi un début d'année plus compliqué que prévu, notamment dans sa branche de jeux en ligne, qui semble être aujourd'hui sa principale faiblesse. Depuis le 1er janvier, l'action préserve toutefois 2,5% de hausse à la Bourse de Paris.

Le coin des smalls : Haffner Energy

La pépite française spécialisée dans les solutions de décarbonation, notamment la production d'hydrogène renouvelable, s'offre une hausse spectaculaire de 65,06% ce mercredi, à 0,10 ?, portée par un dossier majeur en Inde. La société fournira ses technologies dans deux projets liés aux énergies propres dans l'État du Maharashtra, notamment autour de l'hydrogène vert. Ces projets s'inscrivent dans un plan d'investissement massif de 15 milliards d'euros, dont une partie vise un campus et un centre de données dédiés à l'intelligence artificielle.

Pour Haffner, cela signifie une première validation concrète de son savoir-faire sur un marché en forte croissance, avec des applications très demandées comme l'énergie pour les infrastructures numériques. Le groupe éligible au PEA-PME dispose de technologies prometteuses, mais doit encore prouver sa capacité à les déployer à grande échelle. Ce type de partenariat va dans le bon sens, en apportant de la crédibilité et de la visibilité. Reste désormais à transformer ces annonces en revenus réels. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 98%.

Le point sectoriel

L'industrie des Photonics : spéculation ou réalité ? Vous les avez vus s'envoler : Riber, Soitec, IQE, Aixtron. Le mouvement s'appuie sur un changement structurel dans la chaîne de valeur des matériaux et équipements qui alimentent l'amont des semi ?conducteurs, un segment longtemps resté sous radar mais désormais directement tiré par l'industrialisation de la photonique.

L'événement du mercredi : trêve et baisse des taux

Après deux séances de baisse, les marchés américains évoluent dans le vert ce mercredi : le S&P 500 et le Nasdaq gagnent pour le moment 0,9% et 1,3%, en route vers de nouveaux records historiques. Les investisseurs saluent l'annonce de Trump de prolonger le cessez-le-feu avec l'Iran. Cette décision apaise un peu les craintes autour de la situation au Moyen-Orient, même si elle ne règle en rien les problèmes de fond. Autant dire que la tendance boursière reste très fragile ?

Il faudra en effet plus qu'une simple trêve pour vraiment calmer les marchés, notamment parce que les tensions continuent de faire planer un risque sur l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz. En clair, l'ambiance s'améliore, mais l'incertitude reste omniprésente. Les investisseurs suivent aussi de près la Banque centrale américaine. Kevin Warsh, pressenti pour en prendre la tête, a été entendu par le Congrès. Il a insisté sur son indépendance et a laissé entendre que les taux d'intérêt pourraient baisser sous son mandat, sans donner de calendrier précis. Traditionnellement, les espoirs de baisses de taux dynamisent la hausse des actions (voir le lexique).

Le monde d'après : les robots prennent le large

Bubble Robotics veut se faire une place sur un créneau stratégique, à la croisée de la robotique, de la donnée et de la sécurité maritime. La jeune pousse suisse, créée en 2025, vient de lever 4,5 millions d'euros pour développer des robots autonomes capables d'inspecter, cartographier et surveiller les mers et les océans. Son positionnement vise d'abord des usages civils, comme l'éolien offshore, les ports, la biodiversité ou les fonds marins, mais avec une dimension duale évidente sur la surveillance d'infrastructures critiques, dans un contexte marqué par des tensions croissantes en mer.

La promesse de Bubble Robotics ne repose pas tant sur le drone lui-même que sur la couche logicielle qui permet de le déployer de manière plus intelligente, plus autonome et surtout à moindre coût. L'objectif est clair, remplacer une partie des opérations humaines en mer par des systèmes robotisés pilotés depuis la côte, afin de réduire fortement les besoins logistiques, aujourd'hui très coûteux. La start-up prévoit une première phase de test à Brest avec l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, dès le mois prochain, avant un déploiement offshore d'ici à la fin de l'été. Une première version commercialisable est visée à partir de l'an prochain.

Au-delà de cette levée de fonds, la start-up s'inscrit dans une tendance de fond, celle de l'émergence d'un écosystème européen de drones maritimes, soutenu à la fois par les besoins industriels, environnementaux et sécuritaires. Le défi reste toutefois important. L'entreprise doit encore démontrer la robustesse de sa technologie en mer et atteindre un niveau de fiabilité quasi irréprochable. Mais si elle y parvient, elle pourrait s'imposer sur un marché où la maîtrise des données sous-marines devient un enjeu économique et stratégique de plus en plus central. Affaire à suivre !

Demain à la une : PMI, pétrole et entreprises

Demain, le principal rendez-vous économique sera la publication des indices PMI d'avril. Ils donneront l'une des dernières indications sur l'activité économique en zone euro et aux États-Unis. Ces chiffres seront d'autant plus scrutés qu'ils tombent une semaine avant la réunion de la BCE du 30 avril, dans un contexte où Christine Lagarde répète qu'il faut encore des données pour mesurer l'effet du conflit au Moyen-Orient sur la croissance et l'inflation.

L'autre grand sujet restera l'énergie, donc les taux. Malgré le cessez-le-feu prolongé en Iran, la situation reste fragile, avec des incidents signalés dans le détroit d'Ormuz, et le Brent évolue toujours autour des 100$ le baril. Pour la Bourse, c'est crucial : un pétrole élevé nourrit les craintes d'inflation, complique la perspective de baisses de taux rapides et peut soutenir les valeurs liées à l'énergie tout en pesant sur les transports, l'industrie et la consommation.

Côté entreprises, les marchés européens réagiront d'abord aux comptes attendus ce soir chez Tesla, puis garderont un ?il sur Intel, qui publiera après la clôture de Wall Street demain, un rendez-vous important pour tout le thème des semi-conducteurs et de l'intelligence artificielle. American Airlines publiera aussi demain, ce qui donnera un signal intéressant sur la demande et sur l'impact de la hausse des coûts énergétiques dans le transport aérien. En toile de fond, l'Europe suivra aussi la validation politique attendue demain du prêt européen de 90 milliards d'euros à l'Ukraine et d'un nouveau paquet de sanctions contre la Russie.

Le lexique : pourquoi la baisse des taux alimente la hausse des actions ?

Pour deux grandes raisons. D'abord, elles rendent l'argent moins cher : les entreprises peuvent emprunter à moindre coût pour investir, se développer ou améliorer leurs résultats, ce qui est toujours bien perçu par les marchés. Ensuite, elles rendent les placements sans risque, comme certains produits d'épargne ou les obligations, un peu moins attractifs. Dans ce contexte, les investisseurs se tournent plus volontiers vers les actions pour espérer obtenir de meilleurs rendements.

Il y a aussi un effet de valorisation. Quand les taux baissent, les bénéfices futurs des entreprises ont davantage de valeur aux yeux des investisseurs, ce qui peut faire monter le prix des actions. Cela dit, ce mécanisme n'est pas automatique : si les taux baissent parce que l'économie se dégrade fortement, l'effet positif sur les marchés peut être limité ou retardé.