Les marchés : Le calme n'aura pas duré

Le CAC 40 débute la semaine sous pression et termine en baisse de 1,71% à 7 976 points, dans un marché toujours dominé par les tensions géopolitiques. La séance avait pourtant commencé dans le calme, mais la situation s'est rapidement dégradée après des informations venues d'Iran affirmant que deux missiles auraient été tirés contre une frégate américaine dans le détroit d'Ormuz. Washington a tout de suite démenti. Il n'en fallait pas plus pour raviver les craintes d'escalade, faire remonter le pétrole à 114$ et provoquer un net repli des marchés européens. Wall Street résiste un peu mieux ce soir avec une légère baisse de 0,4% sur ses principaux indices.

Les investisseurs avaient pourtant accueilli favorablement le « Project Freedom » annoncé par Trump ce week-end. Ce plan prévoit d'escorter les navires civils bloqués dans le détroit d'Ormuz grâce à un soutien militaire américain, afin de fluidifier à nouveau le trafic maritime.

En parallèle, un autre sujet revient perturber les marchés : la guerre commerciale. Trump menace désormais de relever les droits de douane sur les automobiles européennes à 25%, accusant l'Union européenne de ne pas respecter ses engagements commerciaux. Les constructeurs allemands, particulièrement exposés à ces nouvelles menaces tarifaires, reculent nettement en Bourse. Volkswagen et Mercedes-Benz abandonnent respectivement 1,8% et 3,4%, pénalisés par leur forte dépendance aux exportations vers les États-Unis.

Dans ce climat tendu, un secteur continue néanmoins de soutenir les marchés mondiaux : la technologie. En Asie, les valeurs liées à l'IA et aux semi-conducteurs ont porté les indices après les solides résultats publiés ces derniers jours par Apple, Microsoft, Google et Samsung. Hong Kong progresse notamment grâce à Alibaba (+3%), tandis que l'indice coréen Kospi s'envole de plus de 5% et inscrit un nouveau record, portant sa hausse à 61% depuis le début de l'année. Une nouvelle preuve que, malgré les tensions géopolitiques, les investisseurs restent convaincus que la thématique de l'intelligence artificielle conserve un fort potentiel de croissance.

Les valeurs : Capgemini rassure, Soitec explose

Capgemini. Le géant des services numériques a publié des résultats rassurants pour le premier trimestre, malgré un contexte économique encore incertain. Son activité a progressé de 4,5%, ce qui montre une reprise progressive de la demande, notamment grâce aux grands projets liés à l'intelligence artificielle. Plusieurs bureaux d'études estiment que Capgemini reste bien positionné sur les projets de transformation des entreprises. L'intelligence artificielle générative représente désormais plus de 11% des commandes du trimestre, contre 10% fin 2025, ce qui confirme une montée en puissance de ce domaine.

Bank of America a relevé sa prévision de croissance pour 2026, de 2,8% à 3,1%, avec un chiffre d'affaires attendu à 24,09 milliards d'euros. La banque maintient son conseil d'achat sur l'action, avec un objectif de cours inchangé à 139 euros (soit +32%), en soulignant que le titre se paie encore 30 à 50% moins cher que certains grands concurrents mondiaux. Invest Securities reste également positif et maintient un objectif de cours plus élevé, à 200 euros (+90%).

Pour les années à venir, les attentes restent positives mais ont été légèrement revues à la baisse. La croissance est désormais attendue à 3,8% en 2027 et 4,1% en 2028. Le marché espère aussi que la journée investisseurs du 27 mai permettra de rassurer davantage sur le potentiel de l'intelligence artificielle pour Capgemini. Ce soir, l'action signe la meilleure performance du CAC 40 : +3,01% à 106,10 euros (-26% cette année).

Soitec. Le spécialiste des matériaux semi-conducteurs poursuit son explosion boursière ! Ce lundi, son action signe la meilleure performance du SBF 120, en gain de 20,91% à 153,50 euros (+562% depuis le 1er janvier !). Le titre avait toutefois atteint son plus bas niveau depuis 2017 l'an dernier. La bonne nouvelle du jour vient de Deutsche Bank qui reste très confiante sur le dossier et a fortement relevé son objectif de prix, passé de 70 à 150 euros.

La banque allemande justifie son choix par le changement de stratégie de Soitec. L'entreprise, auparavant fragilisée par le marché des smartphones, se tourne désormais vers des secteurs plus prometteurs, notamment l'intelligence artificielle et les technologies liées aux puces électroniques. Deutsche Bank estime que cette nouvelle orientation pourrait encore soutenir la croissance du groupe, notamment grâce à ses partenariats industriels.

Le coin des smalls : Carvolix s'envole en bourse

Ce nom ne vous dit probablement rien. Cette medtech française éligible au PEA-PME s'envole en Bourse après de bons résultats pour son outil médical utilisant l'intelligence artificielle. Le titre grimpe de 16,61% ce lundi à 3,3 euros, portant sa hausse à plus de 96% depuis le début de l'année. Son logiciel « Tavipilot IA » aide les médecins à mieux placer certaines valves cardiaques pendant une intervention chirurgicale. Les premières études menées en France et en Australie sont positives, avec un succès sur tous les patients suivis et aucune complication liée à l'outil.

Le marché apprécie aussi le soutien financier du fonds d'investissement français Truffle Capital qui donne à Carvolix de la visibilité jusqu'à mi-2026. Selon les sources, Truffle aurait investi 10 millions dans la pépite de la santé. Cela laisse au groupe du temps pour finaliser un financement plus important de 30 millions et poursuivre le développement de ses solutions. Le dossier reste toutefois risqué, comme souvent dans les jeunes sociétés médicales, mais l'histoire devient plus lisible autour d'un marché porteur : l'utilisation de l'IA pour aider les médecins dans les interventions cardiaques.

Le monde d'après : Gamestop à l'assaut d'eBay

Vous souvenez-vous de GameStop (voir lexique) ? Le distributeur de jeux vidéo a jeté un pavé dans la mare en proposant de racheter eBay pour environ 56 milliards de dollars, soit 125 dollars par action, dans une offre non sollicitée mêlant cash et titres. L'objectif affiché est ambitieux : créer, en rapprochant les deux groupes, un concurrent crédible à Amazon. eBay a confirmé avoir l'offre et a indiqué que son conseil l'étudierait, tout en recommandant à ses actionnaires de ne rien faire pour le moment. En Bourse, l'accueil est resté mesuré, eBay progresse de 5,5%, bien en dessous du prix proposé, signe que le marché doute encore fortement de l'issue de l'opération.

Ce scepticisme s'explique d'abord par la taille du pari. GameStop ne vaut qu'environ 12 milliards de dollars en Bourse, contre près de 46 milliards pour eBay, ce qui rend l'opération très atypique dans l'univers des fusions-acquisitions. Certes, le PDG Ryan Cohen affirme disposer d'un soutien bancaire de 20 milliards de dollars et se dit prêt à aller jusqu'à une bataille avec les actionnaires si le conseil d'eBay refuse. Mais plusieurs bureaux d'études, dont Bernstein, jugent les défis financiers considérables, tant en matière de dette que de levée de capitaux, au point de douter sérieusement de la faisabilité réelle du dossier.

Au fond, cette offensive traduit surtout la volonté de GameStop de se réinventer bien au-delà du jeu vidéo physique. Ryan Cohen mise sur les synergies entre le réseau de magasins de GameStop, le savoir-faire logistique potentiel du groupe et la place de marché d'eBay pour bâtir un acteur plus puissant dans le commerce en ligne. Mais à ce stade, le marché semble surtout voir dans ce projet un pari de très grande ampleur, séduisant sur le papier, mais encore loin d'être réalisé d'un point de vue financier.

L'agenda : Iran, pétrole et résultats

La guerre en Iran, le pétrole et les résultats d'entreprises vont continuer d'animer la Bourse cette semaine. Les investisseurs suivront surtout les indicateurs économiques américains, avec en point d'orgue le rapport mensuel sur l'emploi, attendu vendredi après-midi. En Europe, les ventes au détail de la zone euro et les signaux venus de l'industrie seront également scrutés, alors que les entreprises industrielles semblent stocker davantage de matières premières par crainte de pénuries et de hausses de prix.

La saison des résultats restera elle aussi très dense, avec notamment Palantir, AMD, Shell, HSBC, Ferrari, Novo Nordisk, Legrand, Veolia, Bouygues, AXA ou encore Engie. Ces publications permettront de vérifier si la consommation, l'intelligence artificielle, l'énergie, l'automobile et le luxe résistent encore dans un environnement de plus en plus incertain. La semaine pourrait donc être assez volatile sur les marchés.

Demain à la une : Ormuz et les niveaux à surveiller

Au-delà des tensions autour du détroit d'Ormuz, les investisseurs surveilleront demain la balance commerciale américaine et réagiront aux résultats de Palantir, dévoilés ce soir après la clôture. Ceux d'HSBC et de Pfizer seront également au programme en matinée. Le rapport trimestriel d'AMD, attendu demain soir après la clôture, sera par ailleurs très suivi et servira de baromètre de la demande liée à l'intelligence artificielle. En France, AXA, JCDecaux et Rubis passeront également sur le gril. Enfin, d'un point de vue technique, les acheteurs viseront à court terme les 8 100 puis les 8 165 points, tandis que les vendeurs cibleront les 8 000 points, puis les 7 925 par extension.

Le lexique : Gamestop

GameStop est une chaîne américaine de magasins spécialisée dans la vente de jeux vidéo, longtemps considérée comme une entreprise en difficulté face à la montée du téléchargement en ligne. Pendant la période du Covid, son action a pourtant connu une envolée spectaculaire et inattendue en Bourse : de nombreux particuliers, réunis sur le forum Reddit, ont décidé d'acheter massivement le titre, à la fois par conviction, par esprit de défi face aux grands investisseurs de Wall Street positionnés à la baisse, et par effet d'entraînement. Ce mouvement collectif a fait bondir le cours de l'action à des niveaux très élevés, avant de provoquer de fortes variations, faisant de GameStop l'un des symboles les plus marquants de l'arrivée des petits investisseurs dans l'univers boursier.