Les marchés : La menace SpaceX

La séance s'achève sur une note positive mais fragile ! Le CAC 40 rebondit de 0,95% à 7 803 points. De quoi retrouver un peu d'optimisme ? Pas si vite ! L'indice français perd 1,2% sur la semaine et 4,2% depuis le début de l'année. Wall Street évolue également dans le vert pour le moment, avec des gains provisoires de 0,4% pour le S&P 500 et le Nasdaq. Mais les deux grandes menaces qui pèsent sur les marchés restent bien présentes : un pétrole cher et des taux d'intérêt extrêmement élevés. Leur pression s'atténue simplement un tout petit peu ?

Trump a annoncé qu'il n'envisageait pas de nouvelles frappes contre l'Iran avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Ce n'est pas vraiment une surprise, de nombreux observateurs anticipent une reprise des frappes après le scrutin. Mais cette annonce suffit à apaiser légèrement les tensions géopolitiques. Il en faut peu ! En parallèle, le rendement de l'OAT française à dix ans reflue autour de 4,86%, sans dissiper les énormes inquiétudes sur les finances publiques françaises.

Et ce vendredi, SpaceX secoue les télécoms européens. Le groupe veut devenir un véritable opérateur mobile, une offensive qui fait plonger le secteur, Orange en tête à Paris. Dans cette édition, nous revenons sur ce coup de tonnerre et les autres actualités incontournables de la séance. Bonne lecture à tous !

Les valeurs

Orange décroche de 2,5% à 13,87 ? ce vendredi, pénalisé par une nouvelle menace venue de l'espace. Starlink, la filiale de SpaceX spécialisée dans les satellites, vient de racheter pour environ 8 milliards de dollars de fréquences mobiles aux États-Unis. L'objectif est de lancer son propre réseau téléphonique en combinant satellites et antennes terrestres, avec une offre prévue fin 2027. Une offensive qui inquiète les opérateurs traditionnels : Deutsche Telekom plonge de 7,9%, tandis qu'Orange figure parmi les plus fortes baisses du CAC 40.

Jusqu'ici, Starlink était surtout une solution pour connecter des zones mal couvertes par les réseaux classiques. Avec ces nouvelles fréquences, Elon Musk ambitionne désormais de concurrencer directement les opérateurs mobiles. La menace reste toutefois à relativiser : les réseaux terrestres demeurent bien plus performants dans les grandes villes et les fréquences sont attribuées pays par pays en Europe. Pour Orange, le risque est donc encore assez lointain, mais cette offensive pourrait à terme accentuer la pression sur les prix et les marges du secteur. Depuis le début de l'année, l'action Orange cède 2,2%, hors dividendes.

SpaceX signe un retour fracassant à Wall Street ! Après sa dégringolade estivale, alimentée par ses investissements colossaux dans l'IA, l'action a rebondi de 55% depuis début août. Résultat, 778 milliards de dollars de capitalisation boursière regagnés. Trois moteurs nourrissent cet enthousiasme : l'essor de Starlink, les progrès de la méga fusée réutilisable Starship et les ambitions du groupe dans l'intelligence artificielle.

Et comme vous le savez désormais, SpaceX vient aussi d'acquérir des fréquences mobiles américaines pour défier les opérateurs télécoms traditionnels. Globalement, les grands bureaux d'études et banques visent en moyenne 223$ sur l'action, soit un potentiel de hausse de plus de 35% par rapport au cours actuel. Mais derrière l'euphorie, une question demeure : SpaceX vaut déjà 113 fois son chiffre d'affaires annuel. Une valorisation vertigineuse, pour ne pas dire délirante, qui ne laisse aucune place à la déception. L'action, extrêmement volatile, progresse désormais de 9% depuis son introduction en Bourse du 12 juin (+1,72% aujourd'hui à 163,3$).

Le coin des smalls

Medincell s'envole de 16,89% à 29,06 euros. La biotech française vient de franchir une étape majeure aux États-Unis où les autorités sanitaires ont autorisé Weltruza, son nouveau traitement contre la schizophrénie développé avec l'américain Teva. Son principal atout ? Une seule injection par mois, sans surveillance particulière après l'administration, contrairement à certains traitements concurrents. Sa commercialisation doit débuter dans les prochaines semaines sur le marché américain.

À la clé, un potentiel financier considérable. Selon la banque d'investissement Stifel, les ventes annuelles de Weltruza pourraient atteindre 1,8 milliard de dollars à terme. Medincell percevra entre 5% et 9% des ventes, auxquels pourraient s'ajouter jusqu'à 112 millions de dollars de paiements conditionnés à l'atteinte de certains objectifs. Après Uzedy, déjà commercialisé aux États-Unis, Weltruza devient son deuxième traitement approuvé outre-Atlantique. Une nouvelle validation de sa technologie, mais surtout une importante source potentielle de revenus récurrents. Depuis janvier, l'action éligible au PEA-PME gagne 13%.

Le pétrole présente la facture

6 milliards de dollars. C'est le surcoût de carburant que Delta Air Lines prévoit de supporter en 2026. Le géant américain du transport aérien vient de publier des résultats qui illustrent parfaitement les conséquences économiques de la flambée du pétrole. Et les chiffres sont impressionnants.

Au troisième trimestre, Delta a réalisé un chiffre d'affaires record de 17,6 milliards de dollars, en hausse de 16% sur un an. La demande de voyages reste solide et les compagnies ont augmenté leurs tarifs pour compenser une partie de la hausse du carburant. Mais la facture énergétique progresse encore plus vite : les dépenses de carburant ont bondi de 62%, à 4,14 milliards de dollars. Résultat, la marge opérationnelle recule de 11,1% à 9,4%.

Et la direction revoit ses ambitions à la baisse... Delta ne vise plus qu'un bénéfice ajusté par action compris entre 5,10$ et 5,60$ en 2026, contre 6,50$ à 7,50$ auparavant. Un sévère avertissement qui fait reculer son action de 2% à Wall Street.

Pour les investisseurs, cette publication dépasse largement le secteur aérien et montre que le choc pétrolier commence à peser concrètement sur la rentabilité des entreprises, même lorsque leur activité commerciale reste dynamique. Les compagnies aériennes doivent désormais trouver un équilibre délicat : augmenter leurs prix sans décourager leurs clients. Pas évident !

Le monde d'après : Les failles de la République

L'État veut accélérer le déploiement de l'IA, mais ses systèmes informatiques sont souvent vieillissants. Un mélange potentiellement explosif ? Après plusieurs fuites majeures de données, dont celle, scandaleuse, de 678 000 contribuables à Bercy, les experts tirent la sonnette d'alarme : installer des agents IA sur des infrastructures mal sécurisées risque d'ouvrir de nouvelles portes aux pirates. On craint le pire !

Le principal point faible ? Les accès informatiques. Avec l'IA, il ne suffit plus de protéger les identifiants des fonctionnaires. Il faut aussi sécuriser ceux des logiciels, robots et systèmes automatisés. La France compterait déjà 100 identités machines pour une identité humaine. Mal contrôlés, ces accès peuvent permettre à des pirates de voler des données ou de détourner des outils internes, sans même recourir à des techniques sophistiquées.

Pas d'IA fiable sans cybersécurité solide. Administrations et entreprises devront renforcer l'authentification, la protection des accès, la surveillance des systèmes sensibles et les tests de sécurité permanents. Une dynamique porteuse pour les spécialistes de la cybersécurité cotés en Bourse. L'IA promet en effet des gains de productivité considérables, mais multiplie aussi les risques à maîtriser.

Le lexique : ETF Smart Beta

Une stratégie Smart Beta consiste à construire un ETF en suivant des règles précises, autres que la simple taille des entreprises en Bourse. Un ETF classique sur le CAC 40 ou le S&P 500 donne généralement plus de poids aux sociétés ayant la plus forte capitalisation. Un ETF Smart Beta peut privilégier certains critères appelés « facteurs » : les entreprises peu valorisées, les plus rentables, celles qui versent des dividendes réguliers, les actions les moins volatiles ou encore celles dont les cours affichent la meilleure dynamique.

L'objectif est de rechercher un meilleur couple rendement / risque qu'un indice traditionnel, tout en conservant une méthode transparente et systématique. Le Smart Beta se situe donc à mi-chemin entre la gestion passive et la gestion active : les règles sont fixées à l'avance, mais elles traduisent de vrais choix d'investissement. Attention toutefois, aucun facteur ne surperforme en permanence : un ETF Smart Beta peut rester plusieurs années à la traîne du marché et présenter des risques de concentration particuliers.