Les marchés : le mur des taux

Les marchés restent sous pression. Le CAC 40 recule de 0,57% à 8 453 points ce jeudi, pris entre deux forces contraires. D'un côté, le Trésor américain tente de calmer la flambée des taux obligataires, nous vous en parlions hier. De l'autre, les prix de l'énergie restent élevés et entretiennent les craintes inflationnistes. Le conflit avec l'Iran maintient notamment le pétrole sous tension, à plus de 93$ le baril de Brent. Avec une conséquence simple : plus l'énergie reste chère, plus le risque de taux durablement élevés augmente. Vous connaissez la chanson.

C'est désormais sur le marché obligataire que tout semble se jouer. Le rendement de la dette américaine à 30 ans a atteint cette semaine un sommet inédit depuis près de vingt ans, avant de refluer après les mesures annoncées hier par le Trésor américain.

Pour l'heure, le répit est donc temporaire et fragile. De notre point de vue, le mur des taux est la principale menace actuelle pour les actions technologiques... Et nous surveillons de près les variations du marché obligataire en ce moment. Pour rappel, des taux élevés rendent les actions moins attractives et renchérissent le financement des entreprises. À Wall Street, le S&P 500 cède pour le moment 0,4%.

Et Walmart vient ajouter une nouvelle source d'inquiétude. Le géant américain de la distribution chute de plus de 9% après des ventes trimestrielles inférieures aux attentes. Le groupe constate notamment que les ménages réduisent certaines dépenses face à la hausse des prix de l'essence. Un signal à surveiller de près : jusqu'ici, la consommation américaine constituait l'un des principaux piliers de l'économie. Pétrole cher, taux élevés, consommateurs plus prudents... les raisons de lever le pied commencent à s'accumuler. Bonne lecture !

Les valeurs

Walmart

Le géant américain de la grande distribution déçoit sur son cœur de métier, et le marché a immédiatement sanctionné le titre : -9,79% à 103,10$. Au deuxième trimestre, ses ventes aux États-Unis n'ont progressé que de 2,6%, contre 3,8% attendus. Une première déception depuis 2024. La hausse des prix de l'essence pousse les ménages à arbitrer davantage leurs dépenses, tandis que le panier moyen ne progresse plus que de 1,1%, contre 3,1% un an plus tôt.

Le tableau est pourtant loin d'être entièrement négatif. Walmart relève légèrement ses objectifs annuels et vise désormais une croissance du chiffre d'affaires de 4% à 5%, pour un bénéfice par action compris entre 2,80$ et 2,87$. Surtout, ses nouveaux moteurs accélèrent : les ventes en ligne bondissent de 24% et Walmart Connect, son activité publicitaire, de 43%. Pour soutenir la fréquentation, le groupe a également baissé les prix de plus de 7 000 produits.

C'est surtout le troisième trimestre qui inquiète. Walmart prévoit un bénéfice par action de 62 à 64 cents, contre 68 cents attendus, et une croissance du chiffre d'affaires limitée à 3% à 3,75%. En somme, Walmart monte en puissance dans l'e-commerce et la publicité, mais le ralentissement des dépenses des ménages commence désormais à rattraper son cœur de métier. Depuis le début de l'année, son action cède 7% à Wall Street.

Michelin

Michelin regonfle ses ambitions en Bourse. JPMorgan relève sa recommandation de « neutre » à « surpondérer » et son objectif de cours de 35 euros à 42 euros, soit un potentiel de hausse de 22%. Le titre affiche déjà +22% depuis le début de l'année, contre seulement +3,73% pour le CAC 40. Mais la banque américaine voit encore du potentiel, portée par l'amélioration attendue de la rentabilité : la marge opérationnelle pourrait atteindre 12% en 2027, contre 10,5% en 2025. JPMorgan mise notamment sur la diversification de Michelin au-delà du pneu. Les composites polymères (des matériaux renforcés à base de plastique) ne représentent encore que 6% des revenus, mais affichent une rentabilité proche de 14%.

Les récentes acquisitions devraient accroître d'environ 20% le chiffre d'affaires de cette activité et rapprocher Michelin de son objectif : réaliser 20% de ses ventes hors pneumatiques d'ici 2030. Autre moteur : le redressement du pneu de remplacement pour poids lourds, avec une demande en hausse de 9% depuis le début de l'année en Europe. Enfin, Michelin investit plus de 360 millions d'euros à Shanghai pour renforcer sa production de pneus haut de gamme, principalement destinés aux véhicules électrifiés. Le second semestre reste exposé aux pressions sur les coûts et à une reprise encore fragile des volumes, mais JPMorgan estime que ces nouveaux relais de croissance peuvent durablement améliorer les résultats. Ce soir, Michelin signe l'une des meilleures performances du CAC (+1,14% à 34,48 euros).

Le coin des smalls : Drone Volt

Le fabricant français de drones professionnels s'envole de 19,91% ce jeudi, à 0,44 euro, après avoir détaillé ses ambitions dans la maintenance des réseaux électriques. Le groupe mise notamment sur son LineDrone, développé avec Hydro-Québec, capable d'inspecter des lignes électriques à très haute tension sans couper l'électricité et sans exposer directement des techniciens. Une technologie qui pourrait intéresser les grands gestionnaires de réseaux, confrontés au vieillissement de leurs infrastructures et à des besoins croissants de maintenance.

Drone Volt ne veut pas seulement vendre ses appareils. Le groupe propose aussi de prendre en charge les inspections pour le compte de ses clients, comme RTE ou Hydro-Québec. Cela lui permet de générer des revenus plus réguliers, au lieu de dépendre uniquement des ventes de drones. Le potentiel est réel, mais les investisseurs attendent désormais de voir cette stratégie se traduire dans les résultats. Malgré son rebond spectaculaire de 19,91%, le titre éligible au PEA-PME reste en baisse de 35% depuis le début de l'année.

Le monde d'après : Claude devance ChatGPT

La bataille entre OpenAI et Anthropic s'intensifie à l'approche de leurs introductions en Bourse. Pour la première fois, Anthropic, le créateur de Claude, aurait dépassé OpenAI en chiffre d'affaires trimestriel. Ses revenus auraient plus que doublé au deuxième trimestre, à 11,6 milliards de dollars, tandis qu'OpenAI aurait progressé de 18%, à 6,7 milliards de dollars. On utilise le conditionnel car les deux géants n'étant pas encore cotés en Bourse, ils ne sont pas tenus de publier régulièrement leurs comptes détaillés et de les rendre publics comme les entreprises cotées. En tout cas, pour les marchés, c'est un signal fort : dans l'IA, le leader médiatique n'est pas forcément celui qui avance le plus vite sur le plan financier.

OpenAI reste évidemment un acteur incontournable avec ChatGPT, mais ses pertes inquiètent. Sa perte d'exploitation serait notamment passée de 9,3 milliards à 12,3 milliards de dollars au deuxième trimestre. Anthropic, de son côté, aurait dégagé un léger bénéfice opérationnel (voir lexique), même si les détails comptables restent encore flous. Cette différence s'explique en partie par leurs stratégies : OpenAI touche massivement le grand public, souvent avec des utilisateurs gratuits, tandis qu'Anthropic s'est davantage concentré sur les entreprises, plus disposées à payer pour des outils intégrés à leurs usages professionnels.

Cette avance pourrait peser lourd avant les futures méga-IPO du secteur. Anthropic viserait une valorisation autour de 2 000 milliards de dollars, soit davantage que SpaceX lors de son introduction. Mais la bataille reste ouverte. La concurrence chinoise monte en effet en puissance, Google revient fort avec Gemini, l'open source pourrait rebattre les cartes et le coût de l'IA devient un sujet de plus en plus sensible pour les entreprises, car il est élevé. Pour Wall Street, le match Anthropic-OpenAI ne se joue donc plus seulement sur la popularité des modèles, mais sur leur capacité à générer des revenus, des marges et une croissance durable. Affaire à suivre de près.

Demain à la une : dernier round

Croissance contre inflation, dernier round avant le week-end ! La séance de demain sera dominée par une nouvelle salve d'indicateurs d'activité économique. Les indices PMI d'août seront publiés en zone euro puis aux États-Unis. Au-delà de la croissance, leurs composantes sur les prix seront particulièrement surveillées. La séance commencera avec l'inflation japonaise, importante pour les prochaines décisions de la Banque du Japon, avant les ventes au détail britanniques.

En zone euro, la confiance des consommateurs donnera un nouveau thermomètre de la demande, tandis que l'évolution des salaires sera scrutée pour mesurer les pressions inflationnistes. Après plusieurs séances dominées par les taux, le verdict restera donc le même : les marchés veulent de la croissance, mais surtout pas au prix d'un nouveau réveil de l'inflation.

Le lexique : quelles sont les différences entre bénéfice net et bénéfice opérationnel ?

Le bénéfice net correspond au résultat final de l'entreprise après avoir pris en compte toutes ses recettes et toutes ses dépenses : coûts d'exploitation, intérêts, impôts et éléments exceptionnels. Il indique ce qu'il reste réellement à l'entreprise sur une période donnée.

Le bénéfice opérationnel mesure plutôt la performance de l'activité courante. Il exclut généralement les éléments jugés exceptionnels ou non récurrents, comme certains coûts de restructuration, afin de mieux montrer la rentabilité habituelle de l'entreprise. En somme, le bénéfice net donne une vision globale et comptable, tandis que le bénéfice opérationnel aide à comprendre la performance du cœur de métier.