Les marchés

Bourse : la grande menace

Le Moyen-Orient continue de peser sur les marchés. Le CAC 40 clôture à 8 509 points ce mardi, en recul de 0,82%, pénalisé par le regain de tensions entre les États-Unis et l'Iran. Depuis son pic historique atteint en début de mois, l'indice français cède désormais un peu moins de 3%. Ce mardi, Trump a indiqué ne pas vouloir prolonger le protocole d'accord de 60 jours conclu en juin et a également durci le ton à l'égard d'Oman, qui joue un rôle clé dans les discussions autour du détroit d'Ormuz. Pour l'instant, aucune solution diplomatique durable ne se dessine et les versions de Washington et Téhéran sur l'existence même de négociations restent contradictoires. Doux euphémisme.

La conséquence est immédiate sur le pétrole. Le Brent évolue de nouveau au-dessus des 90$ le baril, ravivant un risque que les investisseurs connaissent désormais bien : une énergie plus chère alimente l'inflation et peut pousser les banques centrales à maintenir des taux élevés plus longtemps. Les rendements des obligations d'État remontent donc eux aussi, une combinaison très souvent défavorable aux actions, surtout technologiques. Le dossier du détroit d'Ormuz reste donc au cœur des préoccupations, alors qu'aucun compromis n'a encore été trouvé sur les futures conditions de circulation des navires.

À Paris, la hausse du brut profite logiquement à TotalEnergies (+1,3%), tandis que Dassault Systèmes progresse de 2,5% et EssilorLuxottica de 2,6%. À l'inverse, STMicroelectronics replonge de 7,6% après avoir progressé de 5,1% hier, illustrant une nouvelle fois la forte volatilité qui touche les valeurs de semi-conducteurs. Après plusieurs semaines dominées par les records boursiers et les résultats d'entreprises, la géopolitique reprend donc la main. Et avec un Brent de retour au-dessus des 90$, les investisseurs vont surveiller de très près chaque nouvelle déclaration en provenance de Washington et de Téhéran.

Les valeurs

Total

Comme souvent, la hausse du pétrole profite à Total. L'action gagne 1,28% à 76,90€ ce mardi, en tête du CAC 40. Le baril de Brent repasse au-dessus des 91$, près de son plus haut niveau d'août, porté par la dégradation des perspectives diplomatiques entre les États-Unis et l'Iran. Pour les majors pétrolières, l'équation est simple : un baril plus cher soutient directement leurs revenus et leurs flux de trésorerie. Une hausse du baril, c'est plus de cash. Mais cette hausse reste avant tout géopolitique, donc fragile.

Une reprise crédible des négociations ou un assouplissement des restrictions autour d'Ormuz pourrait rapidement faire retomber la prime de risque sur le pétrole. Total retrouve donc son statut de refuge relatif dans une séance calme, mais son parcours à court terme reste suspendu aux prochaines annonces de Washington et du Moyen-Orient. Depuis le début de l'année, la major française s'envole de 38% à la Bourse de Paris.

Hermès

Hermès perd un peu de son statut de premier de la classe dans le secteur du luxe. Royal Bank of Canada (RBC) abaisse sa recommandation de « surperformance » à « neutre » (voir lexique). Selon la banque, l'avance du groupe sur le reste du secteur va nettement se réduire. Entre 2026 et 2030, RBC prévoit une croissance moyenne d'environ 7% par an du chiffre d'affaires et du bénéfice par action, contre 5% pour l'ensemble du luxe. Soit seulement 2 points d'écart, très loin des plus de 9 points observés entre 2020 et 2025. Problème : l'action se paie encore plus de 30 fois les bénéfices attendus. Si la croissance ralentit, cette prime pourrait devenir plus difficile à défendre.

La maroquinerie resterait le principal moteur, avec environ 63% de la croissance du groupe d'ici 2030. Mais elle aussi devrait lever le pied : RBC table sur une progression de 9% à 10% à partir de 2027, contre 15% en moyenne entre 2022 et 2025, notamment en raison de hausses de prix plus modestes. Après avoir chuté de 11% dans le sillage des résultats semestriels, l'action progresse de 0,68% ce mardi à 1 560€ (-26% en 2026). En somme, Hermès reste une entreprise d'exception, mais sa croissance pourrait ne plus être assez exceptionnelle pour justifier une telle prime en Bourse. Affaire à suivre !

Le coin des smalls

Soitec

Soitec est plus que jamais sous pression et cède 14,83% à 113,70€ ce mardi, dans le sillage de l'ensemble du secteur des semi-conducteurs. Après leur rebond d'hier, les valeurs technologiques sont rattrapées par la remontée des taux d'intérêt sur les obligations d'État. Pour comprendre le mécanisme, lorsqu'un investisseur peut obtenir un rendement plus élevé avec une obligation, considérée comme moins risquée, les actions deviennent relativement moins attractives. Les valeurs technologiques comme Soitec sont particulièrement sensibles à ce phénomène, car une grande partie de leur valorisation repose sur les bénéfices qu'elles devraient générer dans plusieurs années.

La hausse des taux obligataires peut également rendre le financement plus coûteux pour les entreprises, au moment où le marché reste très exigeant sur les perspectives liées à l'intelligence artificielle et aux semi-conducteurs. Résultat, les investisseurs prennent une partie de leurs bénéfices après la hausse récente : Soitec, STMicroelectronics et ASML et reculent de 4% à 15% aujourd'hui. La baisse de Soitec tient donc aujourd'hui davantage au contexte de marché et à la remontée des taux qu'à une mauvaise nouvelle propre à l'entreprise. Depuis le début de l'année, l'action éligible au PEA-PME s'envole tout de même de 390%.

Le monde d'après

La grande menace des taux

C'est potentiellement l'un des sujets explosifs des prochains mois et pratiquement personne ne semble s'y intéresser. Le marché obligataire envoie clairement un signal d'alerte. Les rendements des emprunts d'État à très long terme remontent fortement dans les grandes économies. Aux États-Unis, le taux à 30 ans a atteint 5,34%, son plus haut niveau depuis 2007. En Europe aussi, la tension est visible : le taux allemand à 30 ans grimpe autour de 3,78%, le taux français à 4,91%, et le taux britannique à 5,86%. Pour un État, cela signifie que se financer coûte plus cher. Pour les investisseurs, c'est un rappel que la période de l'argent facile est bien derrière nous.

Plusieurs facteurs expliquent cette poussée. La hausse du pétrole, avec un Brent au-dessus de 90$, ravive les craintes d'inflation. Les marchés s'inquiètent aussi de la taille absolument titanesque des déficits publics et du volume croissant de dette que les gouvernements doivent émettre. À cela s'ajoute un nouveau sujet : les géants de la tech empruntent eux aussi massivement pour financer leurs investissements dans l'intelligence artificielle, notamment les centres de données et les puces. Résultat, l'offre de dette augmente, et les investisseurs réclament une rémunération plus élevée pour prêter.

Pour la Bourse, cette remontée des taux longs est critique. Quand les rendements obligataires montent, les obligations redeviennent plus attractives face aux actions, surtout lorsque les valorisations sont déjà élevées. Cela peut peser sur les valeurs de croissance, en particulier la tech et l'IA, très sensibles au coût de l'argent. Le message des marchés est donc assez net : l'enthousiasme autour de l'intelligence artificielle reste très puissant, mais il doit désormais composer avec une contrainte plus dure, celle du financement. Le sujet des taux sera plus que jamais déterminant dans les mois à venir. Et on va bien sûr continuer de suivre de près cette menace majeure.

L'agenda

Taux : la pression monte

Ce mercredi sera placé sous haute tension à cause des taux ! Dès le matin, les marchés surveilleront l'inflation britannique de juillet, attendue en hausse après les +2,6% de juin, puis l'inflation définitive en zone euro, estimée à +2,9%. Deux chiffres capables de faire bouger les taux, la livre et l'euro en faisant évoluer les anticipations autour de la Banque d'Angleterre et de la BCE. À Wall Street, les géants de la grande distribution Target et Lowe's prendront le pouls du consommateur américain avec leurs résultats trimestriels, après les récents signes de faiblesse de la consommation.

Mais le véritable rendez-vous viendra dans la soirée avec le compte rendu de la dernière réunion de la Fed. La Banque centrale américaine avait maintenu ses taux entre 3,50% et 3,75% lors de sa dernière réunion, malgré trois dissidents favorables à une hausse. Les investisseurs chercheront donc à savoir jusqu'où le débat sur un nouveau tour de vis monétaire est allé. De quoi remettre potentiellement les taux, le dollar et Wall Street sous pression. On insiste sur le « potentiellement » car les marchés sont avant tout en pleine trêve estivale et reportent, pour le moment, à la rentrée de septembre les dossiers explosifs.

Le lexique

Les avis des banques (suite)

Hier soir, nous vous parlions de l'importance des avis des banques et des bureaux d'études pour les actions. Ce soir, on entre dans les détails ! Lorsqu'une banque ou un bureau d'études analyse une action, il publie généralement une recommandation qui résume son opinion sur son potentiel boursier. « Achat » signifie que l'analyste anticipe une hausse suffisamment importante pour justifier une opinion positive. « Surperformance » indique que l'action devrait faire mieux que son secteur ou son indice de référence, sans forcément promettre une forte hausse absolue, c'est un peu moins que le conseil d'achat.

« Neutre » traduit une vision plus équilibrée : le potentiel paraît limité ou déjà intégré dans le cours. À l'inverse, « Sous-performance » signifie que l'action devrait faire moins bien que son marché de référence. Enfin, « Vente » correspond à l'avis le plus négatif : l'analyste estime que le cours présente un risque de baisse significatif. Ces recommandations influencent parfois fortement les marchés, surtout lorsqu'elles proviennent de grandes banques, mais elles ne constituent jamais une certitude : elles reposent sur des hypothèses qui peuvent évoluer rapidement.