Les marchés

La bulle de l'IA

C'est une petite séance qui s'achève à la Bourse de Paris mais nous avons beaucoup de choses à vous dire. Le CAC 40 poursuit son rebond et gagne 0,63% à 8 459 points, soutenu par l'espoir d'une désescalade au Moyen-Orient et par plusieurs résultats d'entreprises solides. Trump a notamment suspendu les frappes contre l'Iran le temps de ces nouvelles négociations, en partie dédiées à la réouverture du détroit d'Ormuz.

Conséquence directe, le Brent continue de baisser (environ -4% aujourd'hui à 84$ le baril). Côté entreprises, Orange bondit de 4,6% et Safran de 2,9% après avoir relevé leurs objectifs pour 2026. À l'inverse, Air Liquide (-2%) et Michelin (-1,3%) perdent du terrain. LVMH gagne 0,7% après une performance plutôt mitigée dans la mode et la maroquinerie, on en reparle dans cette édition.

La tendance reste plus fragile à l'échelle mondiale. Les valeurs technologiques chutent face aux inquiétudes sur la concurrence chinoise, le financement de l'intelligence artificielle et une possible hausse des taux américains. Le Nasdaq cède pour le moment 0,5%, Micron -8,5% et Intel -5,3%. En Corée du Sud, l'indice KOSPI s'est effondré de près de 11% cette nuit, déclenchant une suspension automatique des échanges après avoir déjà perdu plus d'un tiers de sa valeur depuis son sommet de juin ? L'indice coréen se dirige vers son pire mois depuis la crise financière de 1997.

Un message important. Dans le cadre de Bourse Privée, nous commençons à réduire progressivement notre exposition aux valeurs technologiques, au profit de secteurs plus défensifs. Les perspectives de long terme liées à l'intelligence artificielle restent solides, mais les niveaux de valorisation atteints par certaines entreprises deviennent de plus en plus exigeants. À ces prix, la moindre déception sur les résultats, les investissements ou les perspectives de croissance peut provoquer des corrections brutales. La concurrence chinoise est également l'une des raisons de notre prudence actuelle.

Il ne s'agit donc pas de sortir totalement du secteur, mais de sécuriser une partie des gains et de rééquilibrer les portefeuilles. Une stratégie de versements programmés (voir lexique) reste pertinente pour un investisseur de moyen ou long terme, car elle permet de lisser les points d'entrée. À court terme, en revanche, la prudence s'impose. Les prochains mois, et particulièrement le second semestre, pourraient être marqués par un retour de la volatilité. Ce mouvement d'allègement constitue ainsi un premier signal de vigilance, pas une remise en cause du potentiel structurel de la thématique de l'IA.

Les valeurs

LVMH

Le numéro un mondial du luxe gagne 0,75% à 470,03 ? ce mardi, après une publication semestrielle relativement mitigée. Le leader mondial du luxe, qui regroupe 75 maisons et pèse plus de 230 milliards d'euros en Bourse, affiche pourtant une croissance de 3% de ses ventes au deuxième trimestre, contre 2% attendu par le marché. Le résultat opérationnel du premier semestre atteint 8,69 milliards d'euros, en baisse limitée de 4%, tandis que la marge opérationnelle ressort à 22,5%, au-dessus des 21,8% anticipés. Cette meilleure rentabilité s'explique par une maîtrise rigoureuse des coûts. Malgré ces éléments positifs, le marché reste déçu par la performance de la division Mode et Maroquinerie, véritable moteur du groupe puisqu'elle représente plus de 70% du résultat opérationnel.

Les ventes de cette activité, qui regroupe notamment Louis Vuitton, Dior, Fendi et Celine, n'ont progressé que de 1%, alors que le marché attendait entre 1,7% et 2%. Surtout, la direction a indiqué que la demande en Chine était restée stable au deuxième trimestre, sans véritable signe de reprise. À l'inverse, la branche Montres et Joaillerie poursuit son accélération avec une croissance de 11%, contre 6% au premier trimestre et 7% attendu, portée notamment par Tiffany. Les investisseurs attendent désormais une accélération plus franche de la division Mode et Maroquinerie au second semestre pour retrouver confiance dans le titre. Depuis le début de l'année, le titre cède désormais 27%.

Orange

Orange signe l'une des plus fortes hausses du CAC 40 ce soir, avec un gain de 4,63% à 17 ?, après avoir publié de solides résultats et relevé ses objectifs pour 2026. Au deuxième trimestre, le chiffre d'affaires atteint 10,85 milliards d'euros, en hausse de 9,2% sur un an. Cette progression est notamment portée par l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Espagne. Depuis le début de l'année, le titre gagne désormais 22%, contre 3,8% pour le CAC.

Fort de cette bonne dynamique, Orange se montre plus confiant pour la suite. Le groupe vise désormais une hausse de son bénéfice opérationnel de plus de 4%, contre plus de 3% auparavant, et relève son objectif de trésorerie à 4,3 milliards d'euros, contre 4 milliards d'euros précédemment. Il confirme également un dividende de 0,79 ? par action en 2027, soit une hausse de 5%. Une publication qui montre qu'Orange continue d'améliorer progressivement ses résultats tout en récompensant ses actionnaires !

Le coin des smalls

Kalray

Le petit spécialiste des semi-conducteurs éligible au PEA-PME cède 9,65% à 6,93 ? ce mardi, malgré l'annonce d'une alliance stratégique avec le français Bull dans les infrastructures d'intelligence artificielle. Bull est spécialisé dans les supercalculateurs : les deux groupes vont développer des technologies de réseau à très haut débit destinées aux supercalculateurs et aux centres de données, avec l'objectif de proposer une solution européenne. Kalray apportera ses technologies matérielles et logicielles, tandis que Bull les intégrera à sa propre architecture réseau. Un projet ambitieux, porté par l'explosion des besoins de calcul liés à l'IA.

Mais le marché ne se contente plus des seuls mots « intelligence artificielle ». Les premières solutions ne devraient être commercialisées à grande échelle qu'en 2028 et aucun montant financier n'a été dévoilé. Les investisseurs devront donc patienter avant de mesurer les retombées concrètes de cet accord. La baisse du jour doit toutefois être relativisée puisque le titre affiche encore une progression spectaculaire de près de 500% depuis le début de l'année. Après une telle envolée, les prises de bénéfices deviennent inévitables, même après une annonce jugée prometteuse.

La question corporate

Le dossier Vivendi définitivement clos ? Dans notre Question Corporate de décembre 2025, Contrôle de fait et OPRO : les suites sur la scission de Vivendi SE, nous décryptions les arrêts du 28 novembre 2025 par lesquels la Cour de cassation substituait, dans l'appréciation du contrôle de fait, une lecture strictement arithmétique à la théorie du faisceau d'indices retenue jusque-là par les juges du fond. Restait à savoir ce qu'en ferait la cour d'appel de renvoi. La réponse est tombée le 8 juillet 2026.

Retrouvez ici l'analyse d'Euroland Corporate.

La recommandation du jour

Bourse : nos deux conseils

Nous avons envoyé deux messages à la communauté Bourse Privée cet après-midi. D'abord, la clôture d'une opération sur une grande valeur technologique, dans un contexte où les valorisations liées à l'intelligence artificielle nous paraissent de plus en plus exigeantes. Il ne s'agit pas de tourner le dos au secteur, mais de sécuriser progressivement certains gains face à un risque de volatilité accru.

Dans le même temps, nous avons émis une nouvelle recommandation de long terme sur une action au profil plus défensif, capable d'apporter davantage de visibilité dans un environnement de marché incertain. Nous visons un potentiel de hausse d'environ 30%* à horizon 3 ans.

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Le monde d'après

Pékin bouscule ASML !

Les valeurs asiatiques liées aux semi-conducteurs ont lourdement décroché ce mardi. À Séoul, le Kospi a chuté de 10,84%, tandis que le Nikkei japonais a perdu 3,95%. Les grands noms du secteur ont été particulièrement touchés : Samsung Electronics et SK Hynix ont cédé jusqu'à 14% en séance, Tokyo Electron a reculé de 11% et Kioxia a plongé de 18%. À Taïwan, TSMC a également terminé en baisse, confirmant la nervosité autour de toute la chaîne des puces.

À l'origine de ce mouvement, une information de presse selon laquelle la société chinoise Shanghai Yuliangsheng aurait lancé la production industrielle de machines de lithographie DUV. Cette technologie est essentielle pour fabriquer des semi-conducteurs avancés et reste aujourd'hui largement dominée par le néerlandais ASML, dont le titre perd également près de 3% en Bourse aujourd'hui. Pour les marchés, l'enjeu est majeur : même si la Chine ne rattrape pas immédiatement les leaders occidentaux, le simple fait qu'elle réduise l'écart technologique plus vite que prévu suffit à remettre en question une partie des valorisations du secteur.

Cette correction intervient dans un contexte déjà tendu pour les valeurs liées à l'intelligence artificielle. Les investisseurs s'interrogent de plus en plus sur les dépenses massives engagées par les géants technologiques, leur rentabilité future et le niveau de dette nécessaire pour financer cette course. La percée chinoise ajoute une nouvelle pression ! La bataille des puces ne se joue plus seulement sur la demande liée à l'IA, mais aussi sur la capacité des différents pays à contrôler les technologies indispensables à leur fabrication. C'est clairement un enjeu majeur de souveraineté.

Demain à la une

Fed, Hermès et Microsoft

La volatilité pourrait être au rendez-vous demain et jeudi, entre la décision de la Réserve fédérale américaine et une avalanche de résultats d'entreprises. En soirée, la Banque centrale dévoilera en effet sa décision sur les taux et précisera sa lecture de l'inflation et de l'économie. Son ton sera déterminant à court terme pour les taux obligataires, le dollar et Wall Street.

La séance sera également très chargée sur le front des entreprises. À Paris, Hermès, Airbus, Vinci, Danone et Legrand publieront leurs résultats semestriels, tandis que L'Oréal communiquera après la clôture. Aux États-Unis, Microsoft et Meta dévoileront aussi leurs comptes après la fermeture de Wall Street. Les investisseurs jugeront notamment la vigueur du cloud, de la publicité numérique et des investissements dans l'intelligence artificielle, avec un impact potentiel important sur le Nasdaq et l'ensemble du secteur technologique.

Le lexique

Les versements programmés

Les versements programmés consistent à investir automatiquement une somme fixe, à intervalles réguliers, sur un produit d'épargne ou un placement, par exemple 100 ? chaque mois sur une assurance-vie, en actions ou en ETF. Ce mécanisme facilite la discipline d'épargne et évite de devoir choisir en permanence le « bon moment » pour investir. Lorsque les marchés baissent, la même somme permet d'acheter davantage de parts. Lorsqu'ils montent, elle en achète moins.

Cette méthode peut donc lisser le prix moyen d'achat dans le temps et réduire le risque d'investir tout son capital juste avant une baisse. Elle ne garantit toutefois ni rendement ni protection contre les pertes : la valeur du placement peut diminuer, surtout à court terme. Les versements programmés doivent rester compatibles avec le budget de l'épargnant, son horizon de placement et sa capacité à supporter les fluctuations. Ils peuvent généralement être modifiés, suspendus ou arrêtés selon les conditions du contrat.