Les marchés : l'accalmie n'a pas duré
Les marchés européens marquent une pause après leur récent rallye. Le CAC 40 termine en baisse de 0,20% à 8 431 points, dans une séance de consolidation après la forte progression liée à l'accord entre les États-Unis et l'Iran. Cet accord a permis au pétrole de revenir sur ses niveaux du début mars, juste après le déclenchement du conflit, mais son effet positif commence déjà à s'essouffler. Les investisseurs savent que l'essentiel reste à négocier, avec une période de discussions de 60 jours pour traiter les sujets les plus sensibles, à commencer par le programme nucléaire iranien.
L'attention se tourne désormais vers la Réserve fédérale américaine, qui devrait laisser ses taux inchangés ce soir. Le vrai rendez-vous sera la première conférence de presse de Kevin Warsh à la tête de la Fed. Son message sera scruté de près, car les marchés veulent savoir si le nouveau président maintiendra une ligne prudente, avec d'éventuelles baisses de taux repoussées à plus tard. En France, la Banque de France a de son côté revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2026, à 0,5%, soit 0,4 point de moins que dans ses projections de mars.
Enfin, le protocole d'accord avec l'Iran prévoit plusieurs contreparties si Téhéran accepte les exigences américaines sur son programme nucléaire. Parmi elles, la création possible d'un fonds régional de reconstruction de 300 milliards de dollars, un allègement des sanctions et le rétablissement partiel de l'accès aux fonds iraniens gelés. Des annonces positives sur le papier, mais encore très conditionnelles. Les marchés ont salué l'espoir d'un apaisement, ils attendent désormais des preuves concrètes.
Les valeurs : Orange et BMW
Orange termine dans le rouge, en baisse de 3,26% à 16,93 euros. Le marché accueille avec davantage de prudence le partage de SFR entre Orange, Bouygues Telecom et Free. Sur le papier, l'opération est stratégique. Orange doit récupérer environ 27% des actifs de SFR, près de 4 millions de clients supplémentaires et plus de 500 millions d'euros d'économies annuelles à terme. Mais ces gains ne seront pas immédiats. L'opérateur devra financer l'acquisition par de la dette et absorber environ 1,3 milliard d'euros de coûts d'intégration sur cinq ans, ce qui pèse sur le sentiment des investisseurs.
Cette prudence est renforcée par les commentaires de Barclays. La banque estime que les bénéfices de cette consolidation sont déjà largement intégrés dans le cours de Bourse. Si Orange dispose désormais d'une position renforcée en France et en Espagne, son potentiel de hausse apparaît plus limité à court terme, avec un objectif de cours fixé à 17 euros.
Moody's reste toutefois rassurante. L'agence, qui évalue la solidité financière des entreprises, considère qu'Orange conserve une situation financière solide malgré l'opération. Malgré le recul du jour, le titre progresse encore d'environ 19% depuis le début de l'année.
Le constructeur allemand BMW décroche de 8,34% à 62,24 euros après un avertissement sévère sur ses résultats. La direction revoit fortement ses ambitions à la baisse, avec une marge attendue désormais entre 1% et 3%, contre 4% à 6% auparavant. La génération de trésorerie est aussi abaissée, à plus de 2,5 milliards d'euros contre plus de 4,5 milliards précédemment. Le marché sanctionne l'ampleur de la révision, d'autant que la baisse dépasse les scénarios les plus prudents des analystes.
Deux facteurs pèsent particulièrement. D'abord la Chine, où la concurrence s'intensifie et où les ventes ralentissent fortement. BMW vendrait environ 30 000 véhicules par mois sur la période récente, loin du niveau de stabilisation estimé à 50 000. Ensuite, le conflit au Moyen-Orient renchérit les coûts de l'énergie et pèse sur la confiance des consommateurs. Pour les investisseurs, cette alerte pourrait ne pas rester isolée. Mercedes et Volkswagen, également très exposés au marché chinois, reculent respectivement de 4% et 3%. Renault (-2%) et Stellantis (-3%) sont aussi sous pression, les investisseurs craignant qu'un environnement économique durablement dégradé ne les contraigne à revoir leurs objectifs.
Le coin des smalls : Medincell
Le spécialiste des traitements injectables chute de 12,06% à 24,64 euros après la publication de résultats annuels décevants. Les revenus ressortent sous les attentes et les pertes se creusent, conséquence d'investissements importants dans la recherche, le développement de nouveaux traitements et le renforcement de ses équipes. Le marché sanctionne également l'absence de certains revenus exceptionnels qui avaient soutenu les comptes l'an dernier. Pour autant, tout n'est pas négatif dans cette publication. Les revenus récurrents tirés d'Uzedy, son traitement contre la schizophrénie commercialisé aux États-Unis, continuent de progresser et atteignent 9,3 millions d'euros, contre 6,5 millions un an plus tôt.
Surtout, Medincell dispose encore de près de 85 millions d'euros de trésorerie pour financer son développement. Les investisseurs regardent désormais vers le lancement attendu d'un second traitement majeur fin 2026. À court terme, la publication déçoit clairement, mais le scénario de croissance à long terme reste en place. Medincell continue de construire son modèle autour de revenus réguliers liés à ses traitements commercialisés avec ses partenaires. Depuis le début de l'année, le titre, éligible au PEA-PME, recule de 2%.
L'événement du mercredi : un statu quo très attendu
Ce mercredi soir, à 20 heures à Paris, le nouveau président de la Fed prendra sa première grande décision de politique monétaire. Sauf surprise, les taux directeurs américains devraient rester inchangés, entre 3,50% et 3,75%. C'est exactement ce que les marchés attendent. Mais l'enjeu n'est pas seulement la décision. Il est dans le ton, les mots, et surtout dans la trajectoire que Kevin Warsh dessinera pour les prochains mois.
Car le nouveau patron de la banque centrale américaine arrive avec une promesse implicite. Donald Trump l'a choisi dans l'espoir d'accélérer les baisses de taux pour soutenir la croissance. Kevin Warsh lui-même avait défendu l'idée que l'intelligence artificielle pouvait permettre une croissance plus forte sans raviver l'inflation, grâce aux gains de productivité. Le raisonnement est séduisant. Le problème, c'est qu'il ne se voit pas encore dans les chiffres. Depuis la guerre en Iran et les tensions autour du détroit d'Ormuz, l'énergie a flambé aux États-Unis et l'inflation est remontée à 4,2%. Même l'inflation hors énergie et alimentation repart à la hausse, signe que la hausse des prix pourrait s'installer plus durablement.
Dans ces conditions, Warsh a beaucoup moins de marge de manuvre qu'espéré. L'emploi reste solide, Wall Street reste euphorique, les géants de l'IA lèvent des milliards, et l'économie américaine ne donne pas encore de signal clair de ralentissement. Baisser les taux trop vite reviendrait à prendre le risque de nourrir une nouvelle poussée inflationniste. Les marchés vont donc scruter une question simple : Kevin Warsh est-il encore l'homme des baisses de taux promises, ou devient-il déjà le gardien contraint de la stabilité des prix ? La réponse de ce soir pourrait fixer le ton des marchés pour tout l'été !
Le monde d'après : une ville fantôme pour l'IA
L'Australie s'impose un peu plus comme l'un des nouveaux territoires stratégiques de l'intelligence artificielle. L'entreprise Iren, spécialisée dans les centres de données et cotée au Nasdaq, va construire un immense complexe de 800 mégawatts en Australie-Méridionale. Le projet, estimé à près de 6 milliards d'euros, doit voir le jour d'ici 2028 dans la ville fantôme de Bundey, abandonnée par ses habitants depuis 2021, mais toujours dotée d'infrastructures électriques disponibles.
Ce choix n'est pas anodin. L'Australie dispose d'une énergie renouvelable abondante, d'un réseau électrique adapté et d'une position géographique idéale pour servir la région Asie-Pacifique, notamment Singapour, l'Indonésie, la Corée du Sud et le Japon grâce à des câbles sous-marins. Le pays compte déjà 162 centres de données et 90 autres sont en construction. Il attire aussi les géants mondiaux de l'IA, avec des investissements annoncés de 20 milliards de dollars australiens par Amazon, 25 milliards par Microsoft et 7 milliards par OpenAI.
Mais cette ruée vers les usines IA pose aussi la question de la consommation d'énergie et de l'eau. Les centres de données représentent déjà 2% de la consommation électrique australienne et pourraient atteindre 6% d'ici 2030. Le débat politique commence donc à monter, certains élus réclamant une taxation plus forte des groupes technologiques. Dans cette nouvelle course mondiale à l'IA, l'avantage pourrait donc se jouer autant dans les modèles que dans l'accès à l'énergie et aux infrastructures.
Après les puces et les logiciels, les centres de données s'imposent comme l'autre grand terrain de bataille de l'intelligence artificielle.
Demain à la une : Warsh face aux marchés
Les marchés tenteront demain de décrypter le premier véritable message de Kevin Warsh. Si la décision de la Fed ne devrait pas surprendre, toute l'attention se portera sur la manière dont les investisseurs interpréteront son message.
Habitués pendant des années au style très codifié de Jerome Powell, les marchés doivent désormais composer avec un nouveau président qui a déjà laissé entendre qu'il souhaitait bousculer certaines habitudes de la banque centrale. Moins de communication, moins de prévisions économiques et une approche potentiellement plus discrète pourraient modifier la façon dont les investisseurs anticipent les prochaines décisions de la Fed.
L'agenda économique sera plus léger, avec les inscriptions hebdomadaires au chômage et l'indice manufacturier de la Fed de Philadelphie attendus dans l'après-midi. Côté entreprises, Accenture publiera ses résultats trimestriels, offrant un nouvel éclairage sur la santé du secteur des services aux entreprises et des dépenses technologiques.
Le lexique : une consolidation
En Bourse, une consolidation désigne une phase de pause après une période de hausse. Cela ne signifie pas forcément que le marché se retourne à la baisse. Les investisseurs reprennent simplement leur souffle, prennent parfois une partie de leurs bénéfices, et attendent de nouveaux éléments pour repartir dans un sens ou dans l'autre.










