L'erreur de la BCE

Le CAC 40 gagne 0,48% à 8 201 points ce jeudi. Les investisseurs ont dû composer avec la Banque centrale européenne, qui a relevé ses taux directeurs de 0,25%, une première depuis 2023. Et une lourde erreur ? Le taux de dépôt passe ainsi à 2,25%. Face à la remontée des prix de l'énergie et aux tensions inflationnistes alimentées par la guerre au Moyen-Orient, la BCE a choisi d'agir sans attendre. Une décision largement anticipée par les marchés, qui l'ont accueillie avec calme. Mais comme toujours ces dernières années, elle agit à contre-courant car cette hausse des prix devrait rester ponctuelle.

En parallèle, Trump a affirmé que les États-Unis s'apprêtaient à frapper l'Iran et à prendre le contrôle de certaines infrastructures énergétiques stratégiques. Une déclaration qui aurait pu provoquer un regain de panique sur les marchés. Pourtant, la réaction est restée mesurée. Les investisseurs semblent désormais habitués aux annonces musclées et totalement erratiques du président américain. Ils préfèrent donc attendre les faits plutôt que réagir aux déclarations.

Du côté des entreprises, la technologie marque le pas. Capgemini et Dassault Systèmes reculent respectivement de 4,2% et 5,8% dans le sillage d'Oracle, dont le titre chute de 12% après l'annonce de dépenses d'investissement supérieures aux attentes dans l'intelligence artificielle. Un rappel que la révolution de l'IA reste porteuse, mais qu'elle exige également des investissements colossaux dont la rentabilité n'est pas toujours immédiate. Pour l'instant, les marchés semblent toutefois considérer que le risque géopolitique et la lutte contre l'inflation restent des sujets plus importants que les doutes ponctuels sur la tech.

Les valeurs

1 - Oracle

Hier soir, Wall Street attendait fébrilement les résultats financiers d'Oracle. Globalement, ils sont excellents mais les investisseurs s'inquiètent, comme bien souvent, de l'ampleur des dépenses nécessaires pour accompagner la croissance des activités liées à l'intelligence artificielle. Le géant américain profite d'une forte demande pour ses services d'informatique à distance, utiles au développement de l'IA, mais cette expansion coûte très cher. Au dernier trimestre, les revenus d'Oracle ont progressé de 20%, à 19,18 milliards de dollars. Les activités d'informatique à distance ont bondi de 47%, à 9,9 milliards de dollars. Le bénéfice par action a aussi augmenté de 24%, à 2,11 dollars. Enfin, le carnet de commandes s'est envolé de 363% sur un an, pour atteindre 638 milliards de dollars.

Malgré ces chiffres exceptionnels, le marché s'inquiète surtout du financement de cette croissance. Oracle a déjà levé 43 milliards de dollars par emprunt et 5 milliards de dollars par émission d'actions sur l'exercice clos en 2026. Pour l'exercice en cours, l'entreprise prévoit encore de lever environ 40 milliards de dollars. Elle prévoit aussi environ 70 milliards de dollars de dépenses d'investissement d'ici mai 2027. Ces montants très élevés font craindre une situation financière fragilisée, Oracle investissant massivement pour construire ses infrastructures. Sanction immédiate en Bourse : le titre cède 12% ce jeudi, à 179$, et affiche désormais un recul de 8% depuis le début de l'année.

2 - Hugo Boss

Hugo Boss gagne 9,46% ce soir, à 39,91 ?, après l'annonce d'une offre de rachat partiel par Frasers, son principal actionnaire. Ce groupe britannique possède déjà un peu plus de 26% du capital de la marque allemande et souhaite augmenter sa participation. La situation de Hugo Boss reste cependant fragile. L'action a perdu 42% en trois ans et l'entreprise cherche encore à relancer sa croissance. Elle a récemment présenté un nouveau plan pour améliorer son image, mieux contrôler ses ventes et rendre son organisation plus efficace. La marque veut désormais privilégier la qualité plutôt que la croissance à tout prix. Pour 2026, Hugo Boss prévoit encore une baisse de ses ventes, estimée entre 7% et 9%.

Malgré cela, certains signes sont encourageants, notamment l'amélioration de sa rentabilité au premier trimestre. L'offre de Frasers est toutefois peu généreuse. Le prix proposé est de 38 ? par action, soit seulement 4% de plus que le cours de clôture d'hier. Cette faible prime laisse penser que les actionnaires pourraient attendre une meilleure proposition. C'est pourquoi l'action rebondit au-delà des 38€ aujourd'hui. Le rachat pourrait aider Frasers à renforcer son offre dans la mode haut de gamme, mais il comporte aussi des risques. Plusieurs bureaux d'études doutent en effet de la capacité du groupe britannique à gérer durablement une marque premium comme Hugo Boss, surtout si l'opération est financée par de la dette. Désormais, Hugo Boss progresse de 11% en 2026 à la Bourse de Francfort.

3 - Le coin des smalls : Ose Immunotherapeutics

Le secteur des biotechnologies retrouve un peu d'élan ce soir, et OSE Immunotherapeutics en profite fortement. L'action bondit de 26,68% à 4,38 ?, portée par le soutien d'Oddo BHF, qui confirme son avis positif sur le titre avec un objectif de cours de 13 ? (soit un potentiel d'environ 200% !). Mais attention ? ce type de dossier est très risqué ! Le principal espoir du groupe s'appelle Tedopi. Il s'agit d'un traitement en développement contre le cancer, présenté récemment aux investisseurs.

Les bureaux d'études apprécient surtout le fait qu'il pourrait être utilisé avec d'autres traitements. Le groupe éligible au PEA-PME travaille aussi sur plusieurs autres projets médicaux. Le chemin reste toutefois long avant une éventuelle commercialisation, mais le marché semble redécouvrir ce soir un dossier dont le potentiel avait été largement oublié. Le titre cède désormais 18% depuis le début de l'année à la Bourse de Paris.

Le Top / Flop des valeurs

À retenir cette semaine. Les grandes valeurs françaises ont fait preuve de résistance cette semaine, avec un CAC 40 à +0,1%, tandis que les petites et moyennes capitalisations ont nettement sous-performé à -2,0%. Les marchés américains ont également marqué le pas, avec le S&P 500 cédant -3,2% et le Nasdaq à -5,7%.

Le monde d'après. Or : investir sur le long terme

L'or a fortement corrigé depuis son record historique atteint le 29 janvier, autour des 5 600$. Toutefois, le mouvement de fond reste positif. Malgré une baisse de plus de 25% par rapport à ce pic, le métal jaune conserve encore une hausse d'environ 20% sur un an. Cette volatilité s'explique en partie par des prises de bénéfices et par des ventes destinées à dégager des liquidités sur d'autres classes d'actifs. Mais derrière ce repli de court terme, les grands moteurs de la demande restent bien présents.

Le premier soutien vient des banques centrales. Depuis 2022, et notamment depuis le gel des réserves russes après l'invasion de l'Ukraine, de nombreux pays émergents cherchent à réduire leur dépendance au dollar et aux actifs susceptibles d'être gelés en cas de tensions politiques et de sanctions de Washington. L'or physique retrouve donc un statut stratégique, car il ne comporte aucun risque de contrepartie. Selon les estimations, il représenterait désormais 27% des réserves officielles mondiales, devant les bons du Trésor américain.

Ce basculement récent, stratégique et historique, montre que l'or n'est plus seulement un actif refuge, mais aussi un outil de souveraineté financière. Le deuxième soutien vient des investisseurs particuliers, qui reviennent de plus en plus sur les lingots, les pièces, les ETF et même les produits numériques adossés à l'or. La hausse de la dette publique, les craintes sur la perte de valeur des monnaies traditionnelles et le risque d'inflation nourrissent cette demande de protection.

Demain à la une : SpaceX entre en bourse

Demain, la Bourse devrait surtout réagir à un mélange de taux, d'inflation, de pétrole et de technologie. En Europe, les investisseurs digéreront la hausse de taux décidée par la BCE cet après-midi, alors que l'inflation reste alimentée par l'énergie et que la croissance est très fragile. Les chiffres définitifs d'inflation en Allemagne et en France, ainsi que le PIB mensuel, la production industrielle et le commerce extérieur du Royaume-Uni, seront donc surveillés dès le matin pour mesurer l'état réel de l'économie européenne.

Aux États-Unis, le rendez-vous le plus attendu sera la confiance des consommateurs mesuré par l'Université du Michigan, à 16h. Elle donnera une indication importante sur le moral des ménages face à la hausse des prix, juste avant la réunion de la Fed des 16 et 17 juin. Le marché restera aussi très attentif au Moyen-Orient, car les tensions entre les États-Unis et l'Iran continuent de faire planer un risque prolongé sur le pétrole, donc sur l'inflation et les marges des entreprises.

Côté entreprises, la technologie devrait rester au centre du jeu : les investisseurs réagiront aux résultats d'Adobe publiés ce soir, avec en toile de fond les inquiétudes sur l'impact de l'IA sur le secteur des logiciels, tandis que la chute d'Oracle après ses annonces de dépenses liées à l'IA pèsera encore sur le secteur. Enfin, l'entrée en Bourse très attendue de SpaceX dans le Nasdaq va attirer une partie de l'attention et de la liquidité du marché. On en reparlera bien sûr demain soir.

Le lexique. L'once

L'once est une unité de mesure utilisée pour peser l'or et les métaux précieux. Il s'agit plus précisément de l'once troy, qui correspond à environ 31,10 grammes. C'est la référence internationale sur laquelle se basent les marchés : le prix de l'or est toujours exprimé par once, ce qui permet de comparer facilement sa valeur d'un pays à l'autre et d'assurer une cotation uniforme à l'échelle mondiale.