Les marchés

Un pas en avant, deux en arrière

C'est la danse actuelle des marchés. La reprise des frappes ces dernières heures entre les États-Unis et l'Iran a éteint les récents et fragiles espoirs de paix. Mais on peut déjà s'attendre à ce que Trump annonce ce soir, demain ou vendredi, des progrès spectaculaires en vue de la signature d'un accord historique. Bref, les superlatifs et les espoirs de résolution diplomatique pourraient vite resurgir, on est désormais habitués. Ce soir, les grands indices perdent du terrain : -0,51% sur le CAC 40 à 8 162 points (même son de cloche à Wall Street).

Les marchés s'inquiètent (un peu) après la perte d'un hélicoptère américain, attribuée à l'Iran, puis des frappes américaines contre des sites iraniens. L'Iran nie avoir abattu l'appareil et affirme avoir visé des bases américaines. Malgré cette montée des tensions, le prix du pétrole ne s'envole pas vraiment. Le baril de Brent évolue autour des 93$ le baril (+0,30% aujourd'hui).

Côté macroéconomie, les chiffres de l'inflation américaine n'ont pas vraiment surpris les marchés : ils sont en hausse, à cause de l'énergie (on en reparle dans cette édition). Les investisseurs pensent très majoritairement, à 96%, que la Fed ne relèvera pas ses taux lors de sa prochaine réunion des 16 et 17 juin.

En tout cas, les prochaines séances devraient être assez agitées : le programme des semaines à venir est en effet très chargé. Inflation, géopolitique, taux, bulle de l'IA, banques centrales et même Coupe du monde devraient impacter les marchés. Bonne lecture à tous !

Les valeurs

Stmicroelectronics

STMicroelectronics n'en finit plus d'impressionner. Déjà en hausse de 176% depuis le début de l'année, le champion européen des semi-conducteurs bénéficie d'un nouveau soutien de poids. Bank of America relève sa recommandation à l'achat et vise désormais 86€, soit près de 40% de potentiel supplémentaire. Pour la banque américaine, le marché continue de sous-estimer les perspectives de croissance du groupe, qui profite pleinement de la révolution de l'intelligence artificielle. Son développement ne se limite plus aux seules puces électroniques traditionnelles, STMicro fournit désormais des composants essentiels aux centres de données qui font tourner l'IA, mais aussi aux constellations de satellites de nouvelle génération comme celles de Starlink.

La banque estime également que les marchés historiques du groupe, notamment l'automobile et l'industrie, commencent à sortir de leur période de ralentissement. Le groupe bénéficie aujourd'hui de plusieurs relais de croissance simultanés. Bien sûr, certains investisseurs pourraient être tentés de prendre leurs bénéfices après l'explosion haussière de début 2026. Pourtant, Bank of America estime que les principaux moteurs de croissance du groupe restent devant lui, entre intelligence artificielle, satellites et reprise progressive de l'automobile. Ce soir, l'action cède toutefois un petit 0,31% à 61,33€ (+5% en mai).

Sanofi

Le laboratoire français recule de 1,34% à 76,01€ après l'annonce de l'arrêt d'une étude clinique sur l'un de ses médicaments expérimentaux destiné à traiter une maladie neurologique rare. Les résultats intermédiaires ont montré que le traitement avait peu de chances d'atteindre son objectif principal, poussant le laboratoire à mettre fin à l'essai. L'impact financier reste limité et Sanofi maintient ses objectifs pour l'année, mais cette nouvelle déconvenue vient s'ajouter à plusieurs échecs récents dans la recherche. Pris isolément, ce traitement n'était pas destiné à devenir un futur blockbuster.

Mais cet échec relance une question centrale pour les investisseurs : comment Sanofi remplacera-t-il à terme le succès colossal de Dupixent, son médicament vedette qui représente aujourd'hui plus d'un tiers de ses ventes ? Après plusieurs revers dans son portefeuille de traitements en développement, le marché attend désormais des preuves plus concrètes de la capacité du groupe à préparer l'après-Dupixent. Après la baisse de ce mercredi, l'action cède désormais 8% (hors dividendes) depuis le début de l'année.

Le coin des smalls

Cellectis

La biotech française Cellectis, spécialisée dans les traitements contre certains cancers, gagne 8,36% à 2,72€. Le groupe a reçu un feu vert encourageant des autorités de santé américaines pour son traitement expérimental contre une forme grave de leucémie. En clair, les États-Unis reconnaissent le potentiel de ce traitement et vont faciliter les prochaines étapes de son développement.

L'enjeu est important car Cellectis travaille sur une nouvelle génération de traitements anticancer plus rapides à produire. L'idée est d'utiliser des cellules de donneurs sains, préparées à l'avance, plutôt que de fabriquer un traitement différent pour chaque patient. Cela pourrait permettre de soigner plus vite et plus largement. Le projet reste encore en phase de test, donc risqué, mais cette annonce renforce la crédibilité du dossier. Malgré la hausse du jour, le titre cède toujours 35% en 2026.

L'événement du mercredi

Inflation US : un record depuis 3 ans ?

L'inflation repart fortement à la hausse aux États-Unis, portée par la flambée des prix de l'énergie liée à la guerre au Moyen-Orient et au blocage du détroit d'Ormuz. En mai, les prix à la consommation ont augmenté de 4,2% sur un an, contre 3,8% en avril, un niveau inédit depuis avril 2023. L'énergie expliquerait à elle seule environ 60% de cette hausse. Les carburants restent en effet très chers : l'essence dépasse encore 4 dollars le gallon (environ 3,8 litres) en moyenne, avec une hausse d'environ 50% depuis le début du conflit en Iran.

Malgré cela, certains signes sont plus rassurants : les hausses de prix semblent surtout concentrées dans les secteurs touchés par l'énergie, tandis que les prix hors énergie et alimentation n'ont progressé que de 0,2% en mai. Cette situation complique la tâche de la Banque centrale américaine, qui doit choisir entre combattre l'inflation et baisser les taux d'intérêt comme l'exige Trump depuis de nombreux mois. L'objectif officiel reste une inflation à 2%, un niveau qui n'a pas été atteint depuis plus de 5 ans.

La hausse des prix pèse bien sûr sur les ménages. Les salaires, une fois corrigés de l'inflation, reculent de 0,7% sur un an, ce qui réduit mécaniquement le pouvoir d'achat. Les Américains compensent en puisant dans leur épargne, mais le taux d'épargne est tombé à seulement 2,6% (contre 18% en France), un niveau historiquement très bas. Dans les prochaines semaines, les tensions inflationnistes et les décisions de politique monétaire des banques centrales devraient donc, à nouveau, retenir fortement l'attention des opérateurs boursiers. On en reparle vite !

Le monde d'après

+45% pour Meta ?

Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) traverse un début d'année compliqué à Wall Street, avec un titre en recul de plus de 12%. Mais pour certains analystes, dont ceux de Truist, cette faiblesse pourrait justement offrir une opportunité d'investissement. La banque américaine reste positive sur le dossier et vise un objectif de cours de 840$, soit un potentiel de hausse d'environ 45%. Son argument principal : Meta n'est plus seulement dépendant de la publicité numérique et cherche à diversifier ses revenus grâce aux abonnements.

Le marché suit notamment de près la nouvelle offre « Plus », lancée aux États-Unis fin mai et appelée à être déployée dans le monde. Pour 3,99$ par mois, Meta propose de nouvelles fonctionnalités sur Facebook, Instagram, WhatsApp et Meta AI : stories prolongées, réactions animées, personnalisation des profils ou encore prévisualisation des publications. Ces ajouts peuvent sembler modestes, mais à l'échelle de l'écosystème Meta, ils peuvent rapidement devenir une source de revenus très importante.

Selon Truist, cette offre pourrait générer plus de 360 millions d'abonnements payants et plus de 20 milliards de dollars de revenus d'ici 2030, avec des marges élevées. Instagram Plus représenterait à lui seul environ 10 milliards de dollars, suivi par Meta AI, Facebook Plus et WhatsApp. Pour les investisseurs, le message est clair : si Meta parvient à transformer une petite partie de son immense base d'utilisateurs en abonnés payants, le groupe pourrait ouvrir un nouveau relais de croissance, moins dépendant du marché publicitaire. À suivre de près !

Demain à la une

Fin de semaine chargée !

Banques centrales, inflation, Coupe du monde et géopolitique : c'est le menu de demain. En Europe, le grand rendez-vous sera la décision de la BCE, attendue à 14h15, puis la conférence de presse de Christine Lagarde : les marchés anticipent largement une hausse des taux de 0,25%, ce qui peut peser sur les actions sensibles aux taux, comme l'immobilier, la technologie ou les valeurs de croissance (voir lexique). Aux États-Unis, les investisseurs surveilleront aussi les prix à la production de mai et les inscriptions hebdomadaires au chômage, pour savoir si le choc inflationniste reste alimenté par l'énergie.

Le contexte reste tendu avec la remontée du pétrole après une énième reprise des combats entre les États-Unis et l'Iran, un facteur qui entretient les craintes d'inflation et de hausse des taux. Côté entreprises, la réaction aux résultats d'Oracle publiés ce soir après la clôture sera importante pour tout le secteur de l'intelligence artificielle et du cloud, tandis qu'Adobe publiera ses résultats demain soir, avec beaucoup d'attentes sur sa capacité à monétiser l'IA.

Enfin, le coup d'envoi de la Coupe du monde 2026 au Mexique pourrait remettre en lumière les valeurs liées au sport, aux médias, au tourisme, aux boissons et aux grands sponsors, même si son effet boursier restera surtout sectoriel.

Le lexique

Pourquoi une hausse des taux pèse-t-elle sur les actions technologiques ?

Car ces entreprises sont valorisées en grande partie sur leurs profits futurs. Quand les taux montent, les investisseurs exigent des rendements plus élevés et la valeur de ces bénéfices futurs diminue mécaniquement. Les actions technologiques deviennent alors moins attractives. En parallèle, des taux plus élevés rendent le financement plus coûteux pour les entreprises.

Or, de nombreuses sociétés technologiques investissent massivement pour soutenir leur croissance. Enfin, les investisseurs peuvent être tentés de se tourner vers des placements jugés plus sûrs, comme les obligations, qui offrent alors de meilleurs rendements. Résultat, les valeurs technologiques sont souvent parmi les premières à reculer lorsque les taux grimpent.