Les marchés : USA-Iran, accord imminent ?
Les indices européens signent de fortes hausses aujourd'hui, portés par l'espoir d'un accord entre les États-Unis et l'Iran. Cette fois, c'est la bonne ? C'est en tout cas ce qu'espèrent les investisseurs, dans un marché dépourvu des volumes américains (Wall Street est fermée ce lundi).
Le CAC 40 clôture en hausse de 1,76% à 8 258 points. Même si aucun accord n'est encore conclu, les déclarations sont jugées encourageantes, tant côté américain qu'iranien, et soutiennent l'optimisme des investisseurs. Mais comme toujours, prudence !
On va bien sûr attendre une annonce officielle avant de refermer cette séquence qui agite fortement les marchés depuis fin février. En tout cas, cette détente (ponctuelle ?) fait reculer les prix du pétrole d'environ 7% ce lundi, le baril revenant sous les 100 $.
Plusieurs actions s'envolent dans ce contexte, en particulier Safran (+5,8%), Société Générale (+4,5%) et Renault (+3,3%) qui forment le podium journalier du CAC. Cette semaine pourrait donc être décisive pour les marchés, notamment en Europe et en Asie, où la dépendance aux importations énergétiques a mis sous forte pression les indices boursiers.
Les valeurs : les gagnants de la détente
Les valeurs liées à l'aérien et au tourisme rebondissent fortement aujourd'hui grâce à la détente géopolitique en cours. Encore faut-il la confirmer, mais l'accord tant attendu pourrait apaiser les tensions au Moyen-Orient et permettre une réouverture du détroit d'Ormuz. Cet espoir fait baisser le prix du pétrole, ce qui est bien sûr une bonne nouvelle pour les compagnies aériennes, le carburant pesant lourd dans leurs coûts. Air France-KLM bondit de 6,2%. Safran profite aussi de ce regain d'optimisme, avec une hausse de 5,8%, tandis qu'Airbus gagne 2,8%. Safran dépend beaucoup de l'activité des compagnies aériennes, car plus les avions volent, plus ils ont besoin d'entretien.
La guerre au Moyen-Orient a fortement perturbé le trafic, avec notamment 5 millions de passagers touchés par des annulations entre le 28 février et le 11 mars, et environ 85% des vols annulés dans les aéroports du Golfe au début du mois de mars.
Accor progresse de 3,1%, car le groupe hôtelier est très présent au Moyen-Orient. Cette région représente environ 10% de ses revenus. Si les tensions diminuent, le secteur du voyage, des hôtels et de l'aérien pourrait donc respirer un peu. À l'inverse, si le conflit se prolonge, ces entreprises resteraient exposées à une baisse du trafic, à des annulations de vols et à des coûts élevés. Affaire à suivre dans les prochaines séances !
Schneider Electric
Bonne nouvelle pour Schneider qui mise sur une forte croissance de ses activités liées aux centres de données en Inde, portée par le développement rapide de l'intelligence artificielle. Ce secteur représente déjà 15% à 20% de son activité dans le pays et progresse à un rythme soutenu. L'entreprise estime que les centres de données pourraient croître plus vite que ses autres activités en Inde au cours des quatre à cinq prochaines années.
La demande augmente car les entreprises ont besoin d'infrastructures capables de faire fonctionner des outils numériques puissants, notamment ceux liés à l'intelligence artificielle. Le marché indien des centres de données pourrait ainsi atteindre 31,4 milliards de dollars d'ici 2035, avec une croissance annuelle attendue à plus de 13%.
La capacité installée pourrait aussi fortement progresser, passant d'environ 1,5 gigawatt aujourd'hui à 6 ou 7 gigawatts d'ici 2030. Les investissements ne se concentrent plus seulement dans les grandes villes comme Mumbai et Chennai. Ils s'étendent aussi vers d'autres régions, afin de rapprocher les infrastructures des clients.
Schneider Electric fournit des équipements essentiels pour ces centres, notamment des solutions d'alimentation électrique, de refroidissement et de gestion de l'énergie. Le groupe fabrique également une partie de ses produits localement, ce qui renforce sa position sur un marché indien en pleine expansion. Ce soir, l'action clôture en hausse de 3,07% à 277,30 ? (+18% depuis le début de l'année).
Le coin des smalls : Abivax
La biotech française s'envole de 8,69% ce soir, à 115,10 euros, après la publication de ses résultats du premier trimestre et de nouvelles données encourageantes sur son traitement Obéfazimod, destiné aux personnes atteintes d'une maladie inflammatoire chronique de l'intestin. La société dispose désormais d'une solide trésorerie de 491,6 millions d'euros au 31 mars, ce qui devrait lui permettre de financer ses activités jusqu'au quatrième trimestre 2027. Ses dépenses liées à la recherche ont augmenté, passant de 39,3 millions à 49,5 millions d'euros en un an, principalement pour soutenir les études en cours et préparer les prochaines étapes de développement.
Les nouvelles données médicales sont jugées rassurantes. Après trois ans de suivi, environ 70% des patients restent en rémission, même avec une dose réduite du traitement. Plusieurs bureaux d'études restent confiants. Stifel estime qu'Abivax a les moyens financiers de franchir ses prochaines étapes de développement médical et vise un cours de 142 euros. Oddo BHF juge aussi la publication rassurante, en attendant les résultats d'une étude clinique importante prévus fin juin, avec un objectif de cours fixé à 120 ?. Respectivement, ces deux objectifs distinguent environ 25% et 5% de hausse par rapport au prix actuel. L'action éligible au PEA-PME reste toutefois en recul de 5,5% depuis le début de l'année.
Le monde d'après : espoirs et prudence
Grâce aux négociations en cours, certes fragiles, l'or noir baisse de 7% ce lundi. Les investisseurs espèrent une réouverture du détroit d'Ormuz et une baisse des tensions sur l'approvisionnement en pétrole. Cette fois, les annonces des deux parties semblent aller dans le même sens et les espoirs sont plus robustes que lors des semaines précédentes. Le baril de Brent revient ainsi symboliquement sous les 100$, à 98$, son niveau le plus bas depuis avril. Cette baisse ne devrait toutefois pas faire reculer immédiatement les prix à la pompe.
Un accord semble donc possible mais restons prudents, il n'est pas encore certain. Les États-Unis confirment des avancées diplomatiques, notamment sur la réouverture du détroit d'Ormuz, et de futures négociations avec l'Iran sur le programme nucléaire. Trump a cependant indiqué qu'il ne voulait pas se précipiter et que les restrictions contre les ports iraniens resteraient en place tant qu'un accord ne serait pas signé.
Du côté iranien, les pourparlers pourraient encore échouer si certaines demandes ne sont pas acceptées, notamment le déblocage d'avoirs gelés à l'étranger (plusieurs milliards de dollars). La question du nucléaire ne ferait pas partie de cet accord initial et pourrait être traitée plus tard, séparément, selon des sources concordantes. En somme, les choses vont plutôt dans le bon sens, mais la prudence doit rester de mise pour les séances à venir.
L'agenda du lundi : Iran, inflation et entreprises
Wall Street est fermée ce lundi, pour le Memorial Day (jour férié qui rend hommage aux militaires morts). Les volumes boursiers ont donc été faibles ce lundi et augmenteront progressivement à partir de demain après-midi. Comme bien souvent, les investisseurs regarderont du côté des États-Unis cette semaine, avec plusieurs indicateurs clés, dont la confiance des consommateurs prévue demain, puis jeudi un tir groupé très important : deuxième estimation du PIB du premier trimestre, revenus et dépenses des ménages, indicateur d'inflation et commandes de biens durables.
Ces chiffres diront si l'économie américaine ralentit vraiment et si l'inflation reste trop forte pour permettre à la Fed de baisser ses taux. En Europe, l'inflation allemande publiée vendredi sera suivie de près, car l'énergie reste un sujet sensible avec la guerre au Moyen-Orient. Sur le plan géopolitique, les marchés resteront très attentifs aux négociations autour de l'Iran et du détroit d'Ormuz. L'espoir d'un accord a déjà fait baisser le pétrole sous les 100$ aujourd'hui, un élément positif pour l'inflation et les marges des entreprises. Enfin, la semaine sera animée par les résultats d'entreprises, notamment Soitec, Salesforce, Snowflake, Marvell, Costco et Dell.
Demain à la une : CAC 40, les niveaux à surveiller
Avec la réouverture de Wall Street, la séance de demain pourrait être assez volatile. Tous les regards seront tournés vers Washington et Téhéran, d'autant que le calendrier économique est assez peu chargé. Dans les prochaines séances, les acheteurs devraient viser les 8 315, 8 370 et 8 440 points sur le CAC 40. Les vendeurs cibleront les 8 215, 8 165 et 8 100 points. Grâce à la hausse de ce lundi, l'indice français revient à 3,5% de son niveau antérieur au déclenchement de la guerre en Iran, et signe désormais une hausse d'environ 1,5% depuis le début de l'année. Reste à savoir si les négociations aboutiront réellement à un accord dans les jours à venir, avec à la clé une possible accélération des indices boursiers, en particulier européens et asiatiques.
Le lexique : PCE Core
Le PCE Core est l'un des principaux indicateurs d'inflation aux États-Unis. Il mesure l'évolution des prix des biens et services consommés par les ménages américains, tout en excluant deux catégories particulièrement volatiles : les produits alimentaires et l'énergie. Cette exclusion permet d'obtenir une lecture plus stable de la tendance de fond de l'inflation, sans être trop influencée par les variations parfois brutales des prix du pétrole, de l'essence ou de certains produits alimentaires. Très suivi par les marchés financiers, le PCE Core aide les investisseurs à anticiper les prochaines décisions de politique monétaire de la Banque centrale américaine. Cet indicateur d'inflation, le préféré de la Fed, sera publié jeudi après-midi et constituera le principal temps fort économique de la semaine.









