Ce n'est pas la séance de l'année ! Malgré les excellents résultats de Nvidia publiés hier soir, les places mondiales perdent un peu de terrain : -0,39% pour le CAC 40, à 8 086 points, -0,37% pour le S&P 500. À la Bourse de Paris, plusieurs entreprises chutent fortement après la publication de leurs résultats financiers, en particulier Elior et Ubisoft. Outre ces actus, les inquiétudes autour de l'Iran ont clairement focalisé l'attention des investisseurs ce jeudi. Les tensions se renforcent en effet après des déclarations du pouvoir iranien sur la conservation de son uranium enrichi, ce qui éloigne la perspective d'un accord rapide avec les États-Unis et ravive les craintes au Moyen-Orient.

Conséquence directe, le baril de Brent rebondit d'environ 4%, de retour à proximité des 110$. Dans ce climat tendu, les solides résultats de Nvidia passent au second plan. Le groupe a pourtant annoncé un chiffre d'affaires trimestriel de 81,6 milliards de dollars, au-dessus des attentes du marché, et prévoit désormais 91 milliards pour le prochain trimestre. Il lance également un programme de rachat d'actions de 80 milliards, signe de sa confiance dans la forte demande liée à l'intelligence artificielle. Mais après cette publication, le marché risque de manquer de catalyseurs. Et maintenant, que faire ? C'est toute la question qui animera la Bourse dans les prochains jours.

Les valeurs

Premier du SBF 120, l'exploitant français de satellites Eutelsat s'envole de 22,46% ce soir et clôture à 3,83 ?, porté par l'enthousiasme autour de la future entrée en Bourse de SpaceX. Les investisseurs parient de plus en plus sur le potentiel du secteur spatial, aussi bien aux États-Unis qu'en Europe. Depuis le début de l'année, l'action Eutelsat progresse de 120%. D'autres entreprises européennes profitent également de cet engouement, comme le fabricant allemand OHB (+453%), ou encore le britannique Filtronic, en hausse de plus de 160%. L'introduction en Bourse de SpaceX pourrait devenir l'une des plus importantes de l'histoire, avec une valorisation annoncée dépassant les 1 000 milliards de dollars. Certaines estimations évoquent même 2 000 milliards de dollars !

Cette opération redonne clairement confiance aux investisseurs après une année 2025 difficile pour les opérateurs de satellites européens. Outre l'Europe, l'optimisme semble contagieux et touche aussi les entreprises américaines du secteur. Depuis le 1er janvier, Intuitive Machines a gagné 107% en Bourse, Rocket Lab 92%, Firefly Aerospace 97% et Iridium Communications 160%. SpaceX estime que le marché spatial mondial pourrait représenter 28 500 milliards de dollars, dont 1 600 milliards pour son activité d'Internet par satellite Starlink. L'IPO (voir lexique) de SpaceX est prévue pour juin, on en reparlera bien sûr d'ici là. Affaire à suivre !

Elior

Le groupe de restauration collective a fortement déçu les marchés avec des résultats inférieurs aux attentes, provoquant une chute de 26,76% de son action, à 2,06 ?. Son chiffre d'affaires atteint 3,18 milliards d'euros, en baisse de 1% sur un an et inférieur aux prévisions des bureaux d'analyse. La progression de l'activité reste limitée à 1,3%, alors que le marché attendait plus du double. La rentabilité du groupe s'est également nettement dégradée. Ces mauvais résultats s'expliquent notamment par un conflit commercial en Italie avec un opérateur ferroviaire, qui a conduit Elior à passer une charge exceptionnelle de 25 millions d'euros.

Face à ces difficultés, le groupe a revu à la baisse ses objectifs pour 2026. Elior ne prévoit plus qu'une croissance comprise entre 1% et 2%, contre 3% à 4% auparavant. Ces difficultés ne concernent pas uniquement Elior mais touchent l'ensemble du secteur de la restauration collective. Les concurrents Sodexo et Compass Group sont eux aussi confrontés à un environnement plus compliqué? Ces dernières semaines, plusieurs bureaux d'études ont fortement abaissé leurs prévisions sur Elior pour les années à venir. Après cette impressionnante baisse journalière, l'action cède 24% depuis le début de l'année.

Ubisoft

La série noire continue pour l'éditeur français de jeux vidéo. C'est la douche froide pour son action ce jeudi (-2,28% à 4,68 ? et un creux à -20% en séance) après l'annonce d'une perte nette annuelle record de 1,47 milliard d'euros. En cause, une vaste réorganisation interne qui a conduit à l'annulation de sept jeux et au report de six autres. Le groupe reconnaît que cette transformation pèsera encore sur ses résultats à court terme. Les ventes du quatrième trimestre ont chuté de 54%, à 415 millions d'euros. Sur l'ensemble de l'année, les revenus liés aux ventes de jeux ont reculé de 17,4%, à 1,52 milliard d'euros, notamment parce qu'aucune licence majeure n'est sortie durant cette période.

L'éditeur français prévoit encore une année difficile en 2026-2027, avec peu de nouvelles sorties et des coûts liés à sa restructuration. Ubisoft espère toutefois un redressement important à partir de 2027-2028 grâce au retour de ses grandes franchises comme Assassin's Creed, Far Cry et Rainbow Six. La direction mise notamment sur la sortie en juillet d'une nouvelle version d'Assassin's Creed Black Flag, l'un des épisodes les plus populaires de la série. Le titre éligible au PEA-PME signe l'une des pires baisses du SBF 120 ce soir et cède désormais 34% depuis le début de l'année (-85% sur trois ans).

Le top / flop des valeurs

À retenir cette semaine. Les marchés ont évolué de façon légèrement négative cette semaine, dans un contexte marqué par la remontée des anticipations de taux longs aux États-Unis, qui a pesé sur les actifs risqués. Le S&P 500 recule de -0,3% et le Nasdaq de -1,3%, reflétant une pression persistante sur les valeurs de croissance. En Europe, la tendance est plus résiliente avec un CAC 40 en hausse de +1,4%, tandis que le CAC Mid & Small cède -0,3%.

Le monde d'après : spectaculaire mais insuffisant !

Les investisseurs semblent blasés. Malgré des résultats financiers spectaculaires, Nvidia n'a pas réussi à convaincre les marchés. Le groupe a publié un bénéfice trimestriel de 58,3 milliards de dollars, en hausse de 211% sur un an. Son chiffre d'affaires atteint 81,6 milliards de dollars, en progression de 85%. Cerise sur le gâteau, l'expert des puces d'IA relève ses objectifs et lance un programme de rachat de ses actions doté de 80 milliards d'euros. C'est spectaculaire mais insuffisant aux yeux des investisseurs, la magie n'a pas opéré hier soir ?

L'action cède 1% dans les premières heures d'échange à Wall Street cet après-midi, à 221,25$. Elle préserve tout de même 20% de hausse depuis le début de l'année. Les investisseurs commencent à douter de la capacité du géant américain, désormais valorisé à 5 400 milliards de dollars, à maintenir une telle croissance dans les prochaines années. Même si le bénéfice par action est ressorti à 1,87 dollar contre 1,75 attendu, ces performances semblent désormais considérées comme « normales » par les marchés.

Le dirigeant de Nvidia, Jensen Huang, reste toutefois très optimiste sur le développement de l'intelligence artificielle. Il estime que des milliards d'assistants numériques capables d'agir seuls verront bientôt le jour, ce qui soutiendrait fortement la demande pour les produits du groupe.

Mais la concurrence se renforce. Nous vous en parlions ces derniers jours, des entreprises comme Google, Amazon, AMD et Intel cherchent aussi à profiter du boom de l'intelligence artificielle en développant leurs propres puces. Nvidia prépare de nouveaux processeurs pour la fin de l'année afin de conserver son avance, mais clairement, le marché s'interroge désormais sur la solidité durable de cette croissance exceptionnelle.

Demain à la une : Allemagne, pétrole et Walmart

Demain, les investisseurs européens surveilleront surtout l'Allemagne, avec la publication d'un indice de confiance des consommateurs, de la croissance finale du PIB du premier trimestre et de l'indice IFO du climat des affaires. Autant d'éléments qui permettront de savoir si l'économie résiste encore au choc énergétique. Aux États-Unis, le moral des ménages mesuré par l'Université du Michigan ainsi que leurs anticipations d'inflation seront particulièrement suivis, alors que la Fed reste tiraillée entre une inflation encore élevée et le risque de ralentissement économique.

Le pétrole restera le grand arbitre de la séance : les cours évoluent au gré des espoirs et des doutes autour d'un accord avec l'Iran, et toute nouvelle tension au Moyen-Orient pourrait raviver les craintes d'inflation. Du côté des entreprises, le marché continuera de digérer les résultats de Nvidia. Ceux de Walmart, le géant américain de la grande distribution, seront dévoilés ce soir après la clôture et devraient également animer les échanges à Wall Street demain.

Le lexique : IPO

C'est simplement l'acronyme anglais pour « introduction en Bourse ». Autrement dit, le moment où une entreprise privée ouvre son capital au public en vendant ses actions sur un marché boursier. Cela lui permet de lever de l'argent pour financer sa croissance, tandis que les investisseurs peuvent acheter une part de l'entreprise.

Par exemple, quand SpaceX réalisera son IPO, ses actions pourront être achetées en Bourse par des investisseurs particuliers ou professionnels, comme c'est déjà le cas pour des entreprises cotées comme Tesla, Apple ou Microsoft. L'IPO marquerait donc le passage de SpaceX d'une société privée à une société cotée accessible au grand public.