Les marchés
Le marché retient son souffle
Nvidia publiera demain soir ses résultats financiers. En attendant, les investisseurs retiennent leur souffle ! Le poids lourd américain pèse plus de 5 300 milliards de dollars sur le marché et le moindre faux-pas pourrait lourdement peser sur la Bourse dans les prochains jours. À titre de comparaison, la totalité du CAC 40 est actuellement capitalisée environ 2 400 milliards d'euros, contre 5 100 milliards pour l'Euro Stoxx 50.
Avant cet événement central, deux sujets plus habituels ont dominé les échanges aujourd'hui. Wall Street recule d'environ 1% sous l'effet d'inquiétudes grandissantes, liées à l'inflation et à la hausse des taux d'intérêt. Le taux des emprunts américains à 10 ans a atteint 4,68% cet après-midi, son plus haut niveau depuis janvier 2025, ce qui pèse sur les grandes valeurs technologiques (voir lexique).
Les investisseurs craignent que la hausse des prix du pétrole, alimentée par la guerre au Moyen-Orient, pousse les banques centrales à maintenir des taux élevés plus longtemps. Voire à les relever cette année. Les marchés américains marquent ainsi une pause après sept semaines de hausse, les bons résultats des entreprises étant désormais déjà intégrés dans les cours. Du moins, avant ceux du géant des puces dédiées à l'IA, on en reparle dans ce Journal de la Bourse.
En Europe, les indices boursiers ont hésité toute la séance entre territoires positif et négatif. La Bourse de Paris a notamment été soutenue par les déclarations de Trump, qui affirme avoir renoncé à attaquer l'Iran, évoquant de « très bonnes chances » d'accord avec Téhéran. Prudence ! Car comme toujours, tout peut radicalement changer du jour au lendemain avec Trump. Le CAC 40 a progressé jusqu'à 8 073 points en séance avant de terminer à l'équilibre : -0,07% à 7 982 points.
Les valeurs
Nvidia
Nvidia est clairement la grande star de l'intelligence artificielle, mais le marché commence à se poser une question simple : combien de temps le géant américain pourra-t-il encore dominer seul cette révolution technologique ? Le groupe doit publier demain soir des résultats trimestriels spectaculaires, avec une croissance attendue de près de 80% de son chiffre d'affaires. Porté par les investissements massifs de Microsoft, Meta ou Amazon dans l'IA, Nvidia continue de profiter d'une demande gigantesque pour ses puces utilisées dans les centres de données et les modèles d'intelligence artificielle. Mais derrière cette euphorie, la concurrence s'intensifie.
AMD, Intel, Google ou encore Amazon développent désormais leurs propres puces pour répondre à un nouveau marché en pleine explosion : celui de l'IA en temps réel, utilisée pour faire fonctionner les assistants intelligents et les applications du quotidien. On y revient dans cette édition. Ce marché est immense, mais aussi beaucoup plus concurrentiel. Demain soir, les investisseurs surveilleront donc moins les résultats eux-mêmes que les perspectives de Nvidia pour les prochains trimestres. Car après avoir quasiment régné seul sur l'IA, le groupe doit maintenant prouver qu'il peut rester incontournable dans un secteur qui devient chaque jour un peu plus encombré. Pour le moment, le titre cède 0,91% ce mardi, à 220,31$ (+19% depuis le début de l'année).
Vallourec
Vallourec retombe brutalement après une très forte envolée en Bourse. Le spécialiste français des tubes sans soudure chute de 7,94% à 24 ce soir, à la suite de la vente d'une partie de son capital par ArcelorMittal. Le géant de l'acier a en effet décidé de céder environ 10% du capital de Vallourec, profitant de la spectaculaire hausse du titre ces derniers mois (+53% en 2026). Depuis l'arrivée d'ArcelorMittal au capital en 2024, l'action Vallourec avait quasiment doublé. Une belle opération financière pour le sidérurgiste, mais une mauvaise surprise pour le marché.
Et pour cause, beaucoup d'investisseurs imaginaient plutôt l'inverse : une montée progressive d'ArcelorMittal au capital, voire un possible rachat à long terme. Cette vente casse donc une partie du scénario spéculatif qui soutenait l'action. Pour autant, le fond du dossier reste solide. Vallourec continue de profiter de la hausse des investissements énergétiques, notamment dans le pétrole, le gaz et certaines infrastructures liées à la transition énergétique. Mais après une hausse de près de 80% en un peu plus d'un an, l'action encaisse aujourd'hui un sérieux retour à la réalité.
Le coin des smalls
Freelance.com
Le spécialiste français du travail indépendant et du portage salarial bondit de 9,59% ce soir, à 2,40. Freelance.com a dévoilé ses derniers résultats, dont un bénéfice net en hausse de 30% en 2025, mais cette progression mérite d'être nuancée. Elle s'explique surtout par la cession d'une filiale, et non par une amélioration de l'activité courante. Dans le même temps, la rentabilité opérationnelle recule. Le groupe reste pénalisé par un marché de l'emploi encore maussade en France, où les entreprises réduisent leurs dépenses externes et limitent leurs recrutements.
Pour autant, tout n'est pas négatif. Le groupe éligible au PEA-PME montre quelques signes de reprise depuis le début de l'année, avec un chiffre d'affaires en hausse de 4% au premier trimestre, porté par un léger retour des besoins en consultants et experts indépendants. L'international continue également de soutenir la croissance du groupe. Mais dans un contexte économique encore très incertain, la direction reste prudente pour la suite. Depuis le début de l'année, le titre progresse désormais de 7%.
Le monde d'après
Nouvelle bataille contre Nvidia !
Google accélère dans la bataille des puces d'intelligence artificielle. Le géant américain s'allie à Blackstone pour créer une coentreprise dédiée à la commercialisation de sa puissance de calcul, avec 5 milliards de dollars de fonds propres apportés par le fonds new-yorkais. Le principal objectif est très ambitieux, avec le déploiement de 500 mégawatts de puissance de calcul d'ici 2027, de quoi accompagner l'explosion des besoins liés à l'intelligence artificielle. Avec l'endettement, l'investissement total pourrait atteindre 25 milliards de dollars. Google fournira ses puces maison conçues pour l'IA, ainsi que les logiciels et services associés.
Derrière cette annonce, il y a un enjeu stratégique majeur : réduire la dépendance du marché à Nvidia. Aujourd'hui, le mastodonte domine encore très largement les puces utilisées pour l'IA. Mais Google veut montrer que ses solutions peuvent devenir une alternative crédible, notamment pour les grands laboratoires d'IA qui cherchent plus de capacité, à moindre coût énergétique. Jusqu'ici, ses puces étaient surtout accessibles via Google Cloud. Avec cette nouvelle structure, Google se rapproche du modèle des « neoclouds », ces acteurs spécialisés dans la location de puissance de calcul pour entraîner et faire fonctionner les modèles d'IA.
Pour Blackstone, c'est aussi un pari massif sur l'infrastructure IA. Le fonds est déjà très présent dans les centres de données et multiplie les investissements dans le secteur. Pour Google, l'opération peut permettre de mieux valoriser ses technologies maison, alors que la demande explose et que les capacités de calcul deviennent l'un des nerfs de la guerre de l'intelligence artificielle. Le montant reste toutefois limité face aux énormes investissements prévus par Google, mais le signal est clair : la bataille de l'IA ne se joue plus seulement dans les logiciels, elle se joue aussi dans les puces, l'énergie, les data centers et le financement externe !
Demain à la une
Nvidia, Fed et inflation
Séance chargée en perspective ! L'inflation restera au centre de l'attention demain, avec les dernières données de la zone euro et du Royaume-Uni. Après une première estimation à 3% sur un an en avril, le niveau européen est très surveillé pour les anticipations de taux de la BCE. Par ailleurs, au-delà des développements géopolitiques attendus dans la journée, c'est surtout la soirée qui sera déterminante pour les marchés.
D'un côté, la Fed publiera le compte-rendu de sa dernière réunion de politique monétaire. De l'autre, Nvidia dévoilera ses résultats trimestriels. Comme toujours, le géant américain des puces d'IA concentrera toute l'attention après la clôture de Wall Street. Ses résultats constitueront un nouveau test majeur pour l'ensemble du secteur de l'intelligence artificielle et, par ricochet, pour le Nasdaq ainsi que les valeurs technologiques mondiales. Verdict jeudi pour les premières conséquences boursières en Europe et aux États-Unis !
Le lexique
Pourquoi une hausse des taux pèse-t-elle sur les actions technologiques ?
Car ces entreprises sont valorisées en grande partie sur leurs profits futurs. Quand les taux montent, les investisseurs exigent des rendements plus élevés et la valeur de ces bénéfices futurs diminue mécaniquement. Les actions technologiques deviennent alors moins attractives. En parallèle, des taux plus élevés rendent le financement plus coûteux pour les entreprises. Or, de nombreuses sociétés technologiques investissent massivement pour soutenir leur croissance. Enfin, les investisseurs peuvent être tentés de se tourner vers des placements jugés plus sûrs, comme les obligations, qui offrent alors de meilleurs rendements. Résultat, les valeurs technologiques sont souvent parmi les premières à reculer lorsque les taux grimpent.










