Les marchés : retour sous les 8 000 points
Le soufflé retombe brutalement sur les marchés. Après deux séances de rebond, le CAC 40 replonge sous les 8 000 points et termine en baisse de 1,6% à 7 953 points. Les investisseurs espéraient des avancées concrètes lors du sommet entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin, mais les annonces sont restées limitées. Le détroit d'Ormuz demeure bloqué, le conflit avec l'Iran continue de s'enliser, et les craintes d'un choc économique mondial reviennent rapidement au premier plan.
Le marché commence surtout à redouter un scénario de stagflation, c'est-à-dire une combinaison très compliquée entre ralentissement économique et inflation élevée. Les dernières statistiques publiées aux États-Unis, mais aussi au Japon et en Corée du Sud, montrent que les tensions sur les prix restent fortes, notamment à cause de l'énergie. Le problème, c'est que dans ce contexte, les banques centrales pourraient être contraintes de maintenir des taux élevés plus longtemps, alors même que la croissance ralentit.
En Bourse, les valeurs technologiques et cycliques sont logiquement les plus touchées. STMicroelectronics recule de plus de 4% et Soitec abandonne 2,5%, victimes de prises de bénéfices après leur envolée spectaculaire depuis le début de l'année. Même phénomène en Asie, où Samsung et SK Hynix corrigent fortement après leur récente flambée. Le marché commence à se demander si l'euphorie autour de l'intelligence artificielle et des semi-conducteurs n'est pas allée un peu trop vite face à un environnement économique qui, lui, reste extrêmement fragile.
Les valeurs
Les valeurs cycliques subissent un net retour à la prudence. Après des envolées spectaculaires depuis le début de l'année, les semi-conducteurs corrigent brutalement : Soitec chute de 2,53% et STMicroelectronics recule de 4,2%. Le mouvement dépasse les deux valeurs françaises. En Europe, Infineon, ASML ou ASM International repassent aussi dans le rouge. Les investisseurs prennent des bénéfices sur les grands gagnants de l'année, après une hausse devenue très rapide. La déception autour du sommet entre Donald Trump et Xi Jinping, sans avancée majeure sur les puces, ajoute à la pression.
Sur le fond, l'intelligence artificielle reste un moteur puissant pour le secteur. Mais le marché devient plus sélectif. La hausse des taux américains, les tensions sur l'énergie et l'absence de signal clair sur les ventes de puces vers la Chine poussent les investisseurs à réduire un peu le risque. Après plusieurs mois d'euphorie, les valeurs les plus recherchées sont logiquement les premières touchées. Ce n'est pas forcément la fin de l'histoire IA, mais un rappel utile : même les grands gagnants ne montent jamais en ligne droite.
Nexans
Nexans franchit une étape importante dans sa stratégie américaine. Le spécialiste français des câbles électriques annonce avoir obtenu le feu vert des autorités américaines pour racheter Republic Wire, un fabricant de câbles en cuivre et en aluminium basé dans l'Ohio. Cette acquisition, estimée à près de 700 millions d'euros, doit permettre à Nexans de renforcer rapidement sa présence aux États-Unis, un marché clé porté par les besoins massifs en électrification, réseaux électriques et infrastructures liées à l'intelligence artificielle. Malgré cette annonce stratégique, le titre recule de 2,68% ce vendredi, après une hausse de 30% depuis le début de l'année.
Le marché continue toutefois de voir Nexans comme l'un des grands gagnants de la transformation énergétique mondiale. Le groupe profite à la fois des investissements dans les réseaux électriques, des data centers et du retour des grandes politiques industrielles aux États-Unis. Avec Republic Wire, Nexans gagne en taille sur le marché nord-américain et espère aussi améliorer sa rentabilité grâce à des synergies importantes dans les prochaines années.
Le coin des smalls : Exail Technologies
Le groupe français, spécialisé dans les drones sous-marins et les systèmes de déminage maritime, annonce la vente de sa petite activité « automation », dédiée à l'aéronautique industrielle. Une activité qui ne représentait même pas 3% du chiffre d'affaires du groupe et qui était jugée peu stratégique. Le marché réagit peu à l'annonce, le titre reculant légèrement de 3,67% après une envolée de plus de 35% depuis le début de l'année.
Car aujourd'hui, les investisseurs regardent surtout ailleurs. Avec les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les craintes autour du détroit d'Ormuz, Exail apparaît comme un acteur très bien positionné dans le déminage sous-marin et les drones militaires. Le groupe bénéficie déjà d'une forte dynamique dans la défense, avec des commandes en hausse et des besoins qui explosent dans plusieurs pays.
Le groupe éligible au PEA-PME cherche désormais à devenir un acteur encore plus concentré sur ses activités les plus rentables et stratégiques, dans un secteur porté par la montée des dépenses militaires et la robotisation des opérations navales.
Le monde d'après : Séoul, victime de son succès
Le Kospi, l'indice phare de la Bourse de Séoul, a vécu une séance particulièrement brutale. Après avoir franchi pour la première fois de son histoire le seuil symbolique des 8 000 points en ouverture, porté par l'envolée des grandes valeurs sud-coréennes liées à l'intelligence artificielle, il a finalement terminé en chute de plus de 6%. Ce retournement spectaculaire illustre à quel point la hausse récente avait été rapide. Depuis le début de l'année, l'indice s'est envolé de 77%. Une performance spectaculaire, portée par la flambée de géants comme Samsung Electronics et SK Hynix, grands gagnants du boom mondial des puces mémoire utilisées dans l'intelligence artificielle.
Cette correction traduit d'abord des prises de bénéfices massives, notamment de la part des investisseurs étrangers, sur un marché où la question de la surchauffe commence à se poser. La hausse fulgurante des valeurs technologiques avait déjà ravivé les craintes de bulle. À cela s'est ajoutée une pression spécifique sur Samsung, après des tensions sociales autour de possibles mouvements de grève. Mais le repli du Kospi ne s'explique pas seulement par des facteurs locaux. Il s'inscrit aussi dans un mouvement plus large de recul des marchés asiatiques, dans un contexte de regain d'aversion au risque.
Les investisseurs restent en effet nerveux face à l'absence d'avancées concrètes sur l'Iran, à la hausse persistante des prix du pétrole et à la remontée des rendements obligataires en Asie, notamment au Japon. En clair, le marché sud-coréen a brutalement rappelé qu'après une envolée aussi spectaculaire, le moindre doute sur la conjoncture, la géopolitique ou la valorisation peut suffire à déclencher un puissant mouvement de correction.
L'IPO qui bouscule Berlin
Le fabricant franco-allemand de blindés, connu notamment pour le char Leopard, veut profiter de la forte dynamique boursière du secteur de la défense pour préparer son introduction en Bourse. Mais ce projet se heurte encore à un enjeu politique majeur, la position de Berlin, qui réfléchit à une entrée au capital afin de rééquilibrer l'influence française au sein du groupe. Malgré ces discussions, le constructeur KNDS assure qu'il poursuit ses préparatifs selon le calendrier initial, sans attendre de décision politique. En clair, le groupe ne veut pas voir son projet suspendu à l'agenda du gouvernement allemand, même si celui-ci examine toujours la possibilité de prendre entre 30% et 40% du capital avant l'opération.
Le sujet est sensible, car KNDS se trouve au croisement de l'industrie, de la souveraineté et du réarmement européen. Aujourd'hui, le groupe est contrôlé par l'État français, via GIAT Industries, et par la famille allemande Wegmann. Dans la perspective d'une cotation, Berlin semble vouloir renforcer sa position au capital, mais les discussions traînent et plusieurs médias allemands ont évoqué un souhait de reporter l'opération à l'automne. La direction de KNDS adopte, elle, un ton clair, une participation allemande serait bien accueillie, mais elle ne doit pas remettre en cause la préparation de l'introduction en Bourse.
Cette séquence illustre bien les tensions qui entourent les grands groupes européens de défense. D'un côté, les marchés offrent une fenêtre très favorable pour lever des capitaux dans un secteur porté par le réarmement du continent. De l'autre, les États veulent garder la main sur des actifs jugés stratégiques.
Le lexique : valeurs cycliques
Les actions cycliques sont des actions d'entreprises dont l'activité dépend fortement de la conjoncture économique. Elles ont tendance à bien se comporter lorsque l'économie est en croissance, car les ménages et les entreprises consomment et investissent davantage. À l'inverse, elles peuvent souffrir lors des ralentissements économiques. On les retrouve souvent dans des secteurs comme l'automobile, le tourisme, l'industrie, la construction ou les matières premières.










