Un blocus de plusieurs mois ?

Quatrième séance consécutive de baisse pour le CAC 40 qui perd ce soir 0,39% à 8 072 points. Les investisseurs n'ont pris aucune initiative majeure, avant la décision de la Fed sur ses taux, attendue à 20h, et les résultats trimestriels de plusieurs mastodontes américains : Microsoft, Alphabet, Amazon et Meta.

Par ailleurs, la situation reste très incertaine autour de l'Iran et du détroit d'Ormuz. Trump évoque la possibilité d'un blocus de « plusieurs mois » faisant grimper le baril de plus de 6% à 118$ ! Nous vous en parlions hier soir : le départ annoncé des Émirats arabes unis de l'OPEP ne devrait pas avoir d'effet immédiat majeur sur les prix du pétrole.

Le principal facteur de baisse des prix reste la possible réouverture, très hypothétique pour le moment, du détroit. À plus long terme, cette décision pourrait toutefois peser sur les cours, car les Émirats produisaient 3,6 millions de barils par jour avant le conflit, contre une capacité estimée à 5 millions. Affaire à suivre.

Sans transition, la séance a été animée en publications d'entreprises et nous avons beaucoup de choses à vous dire ! Bonne lecture.

Les valeurs

Airbus a publié un premier trimestre 2026 décevant, avec un chiffre d'affaires en baisse de 7%, à 12,7 milliards d'euros, un résultat opérationnel divisé par deux à 300 millions d'euros, et une consommation de trésorerie de 2,5 milliards d'euros. Les livraisons ont aussi reculé, avec 114 avions livrés contre 136 un an plus tôt. Malgré cela, l'action progresse de 5,13% ce soir, à 174,62 ?, car les investisseurs ont été rassurés par les explications de la direction. Une partie du retard vient de problèmes temporaires, notamment une vingtaine d'avions produits mais non livrés en Chine pour des raisons administratives.

Airbus affirme que ces livraisons ont repris. Le groupe maintient surtout ses objectifs pour 2026 : environ 870 avions livrés, 7,5 milliards d'euros de résultat opérationnel et 4,5 milliards d'euros de flux de trésorerie libre. Le marché parie donc sur un rattrapage au cours des prochains trimestres, même si Airbus devra fortement accélérer ses livraisons pour tenir ses promesses. Depuis le début de l'année, son action cède désormais 11,5% (après +28% en 2025).

TotalEnergies a fortement profité de la hausse des prix du pétrole au premier trimestre, liée au conflit en Iran et aux perturbations dans le détroit d'Ormuz. Son bénéfice net a bondi de 51% sur un an, à 5,8 milliards de dollars, et son résultat net a atteint 5,4 milliards de dollars. Le groupe a compensé la baisse de sa production au Moyen-Orient grâce à l'envolée du baril de Brent, passé d'environ 73$ fin février à près de 110$. Malgré l'arrêt d'activités représentant 15% de sa production dans la région, l'impact financier reste limité, car ces actifs ne représentent qu'environ 10% de son flux de trésorerie opérationnel.

Porté par ces bons résultats, Total augmente son dividende à 90 centimes par action au titre du premier trimestre, en hausse de 5,9% sur un an, et prévoit 1,5 milliard de dollars de rachats d'actions. Cette forte performance pourrait toutefois relancer en France le débat sur la taxation des super-profits des grandes compagnies pétrolières. L'action s'envole de 41% depuis le 1er janvier et évolue actuellement près de ses plus hauts niveaux historiques.

Le coin des smalls

Sopra Steria. Le spécialiste des services informatiques a publié un très bon premier trimestre 2026, ce qui a rassuré les investisseurs après les craintes liées à l'impact de l'intelligence artificielle sur son secteur. Le groupe a réalisé 1,46 milliard d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 3,4% sur un an. La France a été le principal moteur de cette performance, avec 650 millions d'euros de chiffre d'affaires et une croissance de 7,2%.

Sopra Steria confirme aussi ses objectifs pour 2026, avec une croissance organique attendue entre 1% et 2% et une marge opérationnelle d'au moins 9,5%. La direction a également annoncé un nouveau rachat d'actions de 40 millions d'euros. Ces bons résultats ont été très bien accueillis en Bourse : l'action s'envole de 17,54% à 134 ? aujourd'hui, en tête du SBF 120. Mais elle cède toujours 14% cette année.

Powell : dernier tour de piste

Ce soir, la Banque centrale américaine devrait maintenir ses taux entre 3,50% et 3,75%, mais les investisseurs surveilleront attentivement les messages de Jerome Powell, qui s'apprête à quitter la présidence après huit ans. La Fed fait face à un contexte difficile : la guerre en Iran a fait grimper le pétrole d'environ 50% en deux mois, l'inflation américaine est remontée à 3,3% et la croissance reste fragile, avec un PIB révisé à seulement 0,5% au quatrième trimestre 2025.

L'institution devrait donc rester prudente, en évitant de baisser trop vite ses taux. Certains de ses membres envisagent même une hausse si les tensions sur l'énergie persistent, tandis que d'autres anticipent une baisse plus tard en 2026. Le départ de Powell marque la fin d'une période mouvementée : crise du Covid, soutien massif aux marchés, bilan de la Fed proche des 9 000 milliards de dollars, puis forte hausse des taux jusqu'à 5,5%. Son bilan est contrasté, il a rassuré les marchés en 2020, mais a tardé à réagir face à l'inflation en 2021.

Kevin Warsh, choisi par Donald Trump, devrait lui succéder et modifier le style de la Fed, avec une communication moins fréquente. Une incertitude demeure : Powell pourrait rester gouverneur (la Fed en compte sept) jusqu'en janvier 2028, ce qui maintiendrait une situation politique tendue avec l'administration Trump. En tout cas, la conférence de presse de ce soir aura lieu après la clôture des marchés européens. Verdict demain matin pour voir si elle ravive la volatilité, après plusieurs séances particulièrement calmes.

Le monde d'après

Adidas dépasse Nike. Adidas a nettement dépassé les attentes au premier trimestre, grâce à la forte progression de ses ventes en ligne et dans ses boutiques physiques. Son bénéfice opérationnel a augmenté de 16%, à 705 millions d'euros, tandis que son chiffre d'affaires a progressé de 7%, à 6,59 milliards d'euros. La croissance atteint 14%, bien au-dessus des 9% attendus par le marché.

Le groupe allemand fait mieux que son grand rival américain Nike, dont les ventes ont reculé de 3% au dernier trimestre. En Amérique du Nord, Adidas a vu ses ventes bondir de 12%, contre seulement 3% pour Nike. Sa marge opérationnelle, à 10,7%, dépasse aussi largement celle de son concurrent américain, qui s'établit à 5,6%.

Malgré ces bons résultats, Adidas reste prudent et confirme ses objectifs annuels : une croissance du chiffre d'affaires comprise entre 5% et 9% et un résultat opérationnel autour de 2,3 milliards d'euros. Les investisseurs ont applaudi ces annonces : l'action Adidas gagne 8,3% à la Bourse de Francfort ce soir, mais reste en baisse de 12% depuis le début de l'année.

Demain à la une

Fed, 7 magnifiques et Schneider. Demain, les marchés européens réagiront à la décision de la Fed de ce soir : aucun changement de taux n'est attendu, mais le ton de Jerome Powell sur l'inflation, les prix du pétrole et la guerre avec l'Iran pourrait faire bouger les rendements obligataires, le dollar et les valeurs de croissance. En Europe, la BCE sera l'autre grand rendez-vous : le scénario central reste un maintien de son principal taux à 2%, mais les investisseurs chercheront à savoir si une hausse en juin devient plus probable face au choc énergétique.

Côté statistiques, les États-Unis et la zone euro publieront ce jeudi leurs dernières estimations de PIB et d'inflation. Enfin, les résultats d'entreprises devraient peser lourd : les marchés digéreront Microsoft, Alphabet, Amazon et Meta, décisifs pour juger si les dépenses massives dans l'intelligence artificielle rapportent déjà, tandis qu'Apple publiera après la clôture américaine demain soir. À Paris, Schneider Electric et Société Générale seront aussi surveillés de près.

Le lexique

Un ETF est un fonds d'investissement coté en Bourse qui permet d'investir facilement dans un ensemble d'actions en une seule transaction. Par exemple, un ETF sur le secteur de l'eau peut regrouper des entreprises spécialisées dans le traitement, la distribution ou les infrastructures liées à l'eau. En achetant cet ETF, l'investisseur n'investit donc pas sur une seule société, mais sur tout un panier d'entreprises exposées à cette thématique.