Le pétrole flambe, la stagflation menace

Le blocage du détroit d'Ormuz a provoqué depuis début mars un bond de près de 50% du cours du baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, qui se dirige ainsi vers la plus forte hausse mensuelle de son histoire, selon les données de Bloomberg remontant à 1988.

Le cours du WTI, référence américaine du brut, a lui clôturé au-dessus de la barre symbolique des 100 dollars mardi soir, pour la deuxième séance d'affilée, et pourrait connaître sa plus forte hausse mensuelle depuis 2020. On assiste à un « mini choc pétrolier », explique l'économiste Sylvain Bersinger du cabinet Bersingéco.

Avec cette flambée de l'énergie plane le spectre de la stagflation, une situation inconfortable combinant une faible croissance et une forte inflation, qui empêche les banques centrales de baisser leurs taux pour soutenir l'activité.

Les Bourses dans le rouge

Qui dit crise dit recul des marchés boursiers. En Europe, les indices, qui évoluaient à des sommets avant la guerre, ont connu de fortes baisses mensuelles. Le CAC 40 à Paris a perdu 8,90%, son plus fort recul depuis mars 2020, pendant la pandémie de Covid.

Le Stoxx Europe 600, qui regroupe les plus grosses capitalisations du continent, et le DAX de Francfort, ont eux passé leur pire mois depuis juin 2022. En Asie, Tokyo a perdu 13,23% sur l'ensemble de mars, et Séoul 19,08%. Même à Wall Street, les indices ont nettement reculé: le S&P 500, le Dow Jones et le Nasdaq se dirigent vers des baisses autour de 5%.

Le dollar se renforce

Le dollar a fait son retour en grâce comme valeur refuge. Boudé depuis plusieurs mois en raison de la politique de Donald Trump, il gagnait environ 2,20% par rapport à l'euro sur l'ensemble du mois de mars.

La devise a bénéficié de son rôle de monnaie internationale dans le marché du pétrole, et du fait que les « Etats-Unis sont davantage indépendants en matière énergétique », explique à l'AFP Vincent Juvyns, analyste pour ING. Certains investisseurs « ont vendu tout ce qu'ils avaient pour rapatrier leur argent aux Etats-Unis », relève Eric Bleines, directeur général adjoint de Swiss Life Gestion privée.

Les taux d'intérêt au sommet

Le spectre du retour de l'inflation a aussi fait flamber les taux d'intérêt des dettes souveraines. En zone euro, le taux allemand, référence en Europe, a grimpé à plus de 3%, des sommets plus vus depuis 2011, contre environ 2,70% avant la guerre.

Le taux d'intérêt de la dette française à dix ans a atteint plus de 3,70%, en forte hausse par rapport aux 3,20% d'avant la guerre. Il a même dépassé la semaine dernière des records datant de 2009, ce qui pourrait compliquer une équation budgétaire déjà tendue pour le gouvernement.

Une inflation plus élevée réduit la valeur des sommes versées par un emprunteur à ses créanciers. Ces derniers exigent par conséquent des taux d'intérêt plus élevés pour que leur investissement reste rentable.

Une forte volatilité

Autre caractéristique de la séquence : une forte volatilité sur les marchés, avec des investisseurs changeant d'humeur parfois même au cours d'une séance, au fil des informations, des rumeurs ou d'annonces de Donald Trump.

Les investisseurs ont parfois misé sur les désormais célèbres « Taco » (acronyme anglais pour « Trump se dégonfle toujours »), selon lequel le président américain fait toujours marche arrière quand sa politique menace trop Wall Street. Mais ils ont aussi été souvent déçus, avec la poursuite de la guerre.

« Cela peut aller dans tous les sens, tous les jours », relève Vincent Juvyns. Mais « il faut faire le dos rond. Historiquement, à long terme, les marchés se reprennent toujours après un choc géopolitique ». « Tant qu'aucun progrès significatif ne sera accompli en faveur de la paix, tout rebond risque toutefois de rester fragile », affirme Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank.