Les marchés : de record en record
Le CAC 40 termine la semaine en pleine forme, en hausse de 1,39% à 8 515 points, après avoir inscrit un nouveau record en séance à 8 529 points. L'indice français affiche un gain hebdomadaire de 2,45%. Le secteur du luxe a joué un rôle moteur ce vendredi, porté par de bons résultats de Moncler à Milan, dont la publication bénéficie par ricochet à l'ensemble du compartiment.
Mais la vedette du jour à Paris est Air Liquide, en progression de près de 4%. Le spécialiste des gaz industriels a publié de solides résultats et a relevé son dividende annuel, de quoi conforter les investisseurs. Le contexte macroéconomique européen apporte également un soutien bienvenu, avec une accélération de l'activité du secteur privé en zone euro en février, à son plus haut niveau depuis trois mois, grâce notamment à un redressement du secteur industriel. Un signal encourageant pour une économie régionale qui peinait à retrouver du dynamisme ces derniers trimestres.
À l'international, le ton demeure plus contrasté. Les marchés américains et asiatiques restent prudents, sur fond de tensions persistantes entre Washington et Téhéran, marquées par des échanges de menaces et des mouvements militaires en mer d'Oman et au Moyen-Orient. Parallèlement, les derniers indicateurs économiques américains sont plutôt décevants, on en reparle dans cette édition. Et comme prévu, on continue ce soir de vous présenter les nouvelles fonctionnalités de Bourse Privée, votre service d'accompagnement boursier.
Les valeurs : Air liquide et le secteur du luxe
Air Liquide a publié des résultats historiques avec un bénéfice record d'environ 3,5 milliards d'euros réalisé en 2025. Même si son chiffre d'affaires a légèrement reculé à cause des effets de change et de la baisse du dollar, l'activité reste en croissance une fois ces éléments corrigés. Le groupe améliore fortement sa rentabilité, avec une marge qui dépasse désormais 20%, et des prévisions au beau fixe pour les prochaines années. Air Liquide compte verser un dividende de 3,7 euros par action en 2026, en hausse de plus de 12%.
Ces bonnes performances ont été très bien accueillies à la Bourse de Paris : +4,8% à 175,56 euros. Dans un contexte économique incertain, l'entreprise s'en sort très bien grâce à la diversité de ses métiers, qui vont de l'industrie à la santé en passant par l'électronique, un secteur encore modeste mais en très forte expansion. Sa présence dans le monde est également équilibrée entre l'Amérique, l'Europe et l'Asie. La croissance est particulièrement dynamique aux États-Unis, plus modérée en Europe et repart légèrement en Asie. Air Liquide veut surtout accélérer en Asie pour profiter de la demande mondiale en semi-conducteurs, essentiels notamment pour l'intelligence artificielle. Depuis le début de l'année, l'action progresse de près de 9%.
Le secteur du luxe : les très bons résultats publiés par l'italien Moncler (+15% à Milan) ont redonné de l'optimisme à l'ensemble du secteur du luxe en Bourse. La marque de doudounes a fait bien mieux que prévu en fin d'année 2025, avec des ventes en nette progression, notamment dans ses propres boutiques et sur internet. Elle a aussi tenu un discours encourageant sur la clientèle chinoise, un point très attendu par les investisseurs depuis plusieurs trimestres.
Même si Moncler est une maison plus spécialisée que les grands groupes du luxe, ses chiffres sont importants car ils donnent une indication récente de l'état du marché. Sa forte hausse en Bourse a entraîné dans son sillage d'autres fleurons comme LVMH (+4,4%), Hermès (+3,6%), Richemont (+2,5%) ou Burberry (+3,1%) Le groupe italien constate en particulier un retour de la demande des consommateurs chinois, avec une accélération des ventes depuis décembre et un bon démarrage du Nouvel An chinois.
C'est un signal positif pour l'ensemble du secteur, qui compte beaucoup sur cette clientèle pour relancer sa croissance. Autre élément rassurant : la bonne performance de Stone Island, une marque assez confidentielle du groupe, ce qui laisse penser que l'environnement global s'améliore. Enfin, la réaction en chaîne en Bourse s'explique aussi par le poids du luxe dans les ETF : de bons résultats chez un acteur important attirent automatiquement des flux d'investissement vers tout le secteur.
Le résultat du vendredi : l'économie américaine ralentit
La fin de l'année 2025 a été plus difficile que prévu pour l'économie américaine. La croissance a nettement ralenti, à 1,4% sur les trois derniers mois, soit environ deux fois moins que ce qu'attendaient les marchés et bien loin du rythme très élevé observé au troisième trimestre (+4,4%).
Ce coup de frein s'explique surtout par une consommation moins dynamique et par la paralysie budgétaire de l'automne (shutdown), qui a réduit les dépenses publiques. Sur l'ensemble de l'année, la première économie mondiale progresse donc moins fortement qu'en 2024 (respectivement +2,2% contre +2,8%).
Dans le même temps, l'inflation repart à la hausse. L'indicateur privilégié par la Réserve fédérale ressort à +3% sur un an, ce qui complique la perspective d'une baisse des taux d'intérêt en mars. Les revenus des ménages augmentent un peu, leurs dépenses tiennent bon, mais sans véritable accélération. Résultat, les investisseurs américains réagissent prudemment et Wall Street évolue sans grande conviction ce vendredi. Affaire à suivre !
Le monde d'après : le pari inattendu de Buffett
C'est un dernier mouvement qui ne passe pas inaperçu ! Lors de ses ultimes arbitrages à la tête de Berkshire Hathaway, Warren Buffett a investi près de 352 millions de dollars dans le New York Times, prenant environ 3% du capital du groupe. Un choix surprenant pour celui qui avait jugé la presse « condamnée » en 2020, avant de céder l'ensemble de ses titres de journaux.
Dans le même temps, l'investisseur de 95 ans a drastiquement réduit sa participation dans Amazon, coupant près de 75% de sa position. Ce pari peut toutefois se justifier par la solidité des fondamentaux du quotidien new-yorkais. Au quatrième trimestre 2025, les abonnements numériques ont progressé de 12% sur un an, à 12,8 millions d'abonnés, tandis que les recettes publicitaires en ligne ont bondi de 25%. Sur l'ensemble de l'exercice, le bénéfice net a atteint 344 millions de dollars, en hausse de 17%, après +26% en 2024. Dans un secteur en pleine recomposition, le New York Times s'impose comme l'un des rares acteurs capables de transformer sa transition numérique en croissance rentable.
Le choix de Buffett n'est pas un simple clin d'œil à la presse, c'est aussi un signal stratégique. Il ne parie pas sur un secteur en difficulté, il mise sur un champion capable de transformer la crise des médias en avantage concurrentiel. À contre-courant des idées reçues, il rappelle qu'en Bourse, ce ne sont pas les secteurs qui font la différence, mais la qualité des modèles économiques. Et visiblement, le New York Times coche toutes les cases d'un investissement de long terme.
Le lexique : pourquoi
... les objectifs boursiers des grandes banques et des bureaux d'études sont-ils importants ? Tout simplement car ils influencent le marché : une révision à la hausse ou à la baisse peut rapidement modifier le comportement des investisseurs, car elle change les attentes.
Très suivies par les professionnels (gérants de fonds, institutionnels, traders), ces publications d'objectifs peuvent provoquer d'importantes vagues d'achats ou de ventes sur les actions et alimenter ainsi la volatilité. Pour les particuliers, ces objectifs permettent surtout de comprendre le sentiment général, les principaux enjeux autour d'un titre et l'écart entre le cours actuel et ce que le marché juge raisonnable.
Ce ne sont pas des prévisions certaines, mais des indications utiles pour éclairer ses propres décisions d'investissement. Enfin, ces cibles boursières donnent un point de repère sur la valeur qu'un professionnel attribue à une action à partir d'une analyse complète de l'entreprise et de son environnement.





















