Les marchés : oubliez la géopolitique...

La Bourse de Paris continue d'évoluer prudemment ce 8 janvier, avec un CAC 40 en légère hausse (+0,12% à 8 243 points, après -0,04% hier). Le secteur bancaire affiche de belles performances et soutient l'indice, BNP signe la meilleure performance journalière (+3,5%). La banque a fait appel de sa condamnation aux États-Unis, sur son rôle au Soudan, nous vous en parlions ces derniers mois.

Globalement, les investisseurs restent attentifs aux tensions géopolitiques et sont dans l'attente du rapport mensuel sur l'emploi américain, prévu demain, ce qui limite les prises de risque. À court terme, c'est le seul rendez-vous économique qui pourra faire oublier le contexte géopolitique extrêmement tendu...

Les marchés digèrent également de nouvelles données économiques en zone euro. Le chômage recule légèrement, même s'il reste un peu plus élevé qu'il y a un an. La confiance des consommateurs s'améliore aussi, mais demeure fragile, traduisant un climat encore très incertain pour les ménages.

Aux États-Unis, l'attention se concentre sur la situation paradoxale de l'économie, qui continue de croître tout en montrant des signes de ralentissement sur le marché du travail. Avant les chiffres officiels publiés demain, les investisseurs scrutent des indicateurs intermédiaires comme les demandes d'allocations chômage et les données sur l'emploi privé, qui suggèrent un certain tassement des offres d'emploi.

Les valeurs : Dassault Aviation, Worldline et Abivax

Dassault Aviation En 2025, l'avionneur Dassault Aviation a livré 37 jets d'affaires Falcon, un peu en dessous de son objectif initial, mais a compensé par une bonne surprise sur le militaire avec 26 Rafale livrés, soit un de plus que prévu. C'est suffisant pour relever sa prévision de chiffre d'affaires annuel au-delà de 7 milliards d'euros, contre 6,5 milliards initialement prévus. Les difficultés de production ne sont pas totalement effacées, mais la dynamique sur le Rafale confirme la solidité du pilier défense, tandis que le carnet de commandes reste bien garni.

La Bourse salue timidement ces données. L'action Dassault Aviation progresse de 0,20% à 306,20€ aujourd'hui et affiche déjà +12% depuis le début de l'année. Le contexte géopolitique tendu continue de jouer en faveur des valeurs de défense, renforçant la visibilité du groupe sur le moyen / long terme. Entre discipline industrielle, commandes militaires et environnement international porteur, Dassault Aviation débute 2026 sur une trajectoire clairement positive.

Worldline De l'autre coté, Worldline tourne une page importante. Ses actionnaires ont validé une augmentation de capital de 500 millions d'euros, pierre angulaire du plan de redressement du groupe. L'opération se fera en deux temps, une première tranche réservée à des investisseurs institutionnels, puis une levée ouverte à l'ensemble des actionnaires. Un signal clair de soutien, mais aussi un rappel brutal du chemin parcouru par cette ancienne star du CAC 40, passée en quelques années du statut de champion européen des paiements à celui de valeur en déroute.

En Bourse, le marché reste prudent. L'action avance de 0,64% ce soir, à 1,50 euro, partagée entre le soulagement de voir les finances sécurisées et la crainte de dilution pour les actionnaires. Cette augmentation de capital doit donner de l'air à Worldline et lui permettre de dérouler sa feuille de route à horizon 2030. La direction assure un retour progressif à la croissance à partir de 2027, une amélioration de la rentabilité et, surtout, un retour à la génération de cash. Mais à court terme, 2026 sera une année de transition, avec une activité encore molle et des résultats sous pression. En 2025 le titre a perdu plus de 80%...

Abivax La séance aura été mouvementée pour Abivax. Le titre gagnait plus de 3% en début de matinée, porté par la publication de perspectives solides pour 2026. La biotech a confirmé qu'aucun problème de sécurité n'avait été identifié dans les tests liés à l'un de ses nouveaux candidats-médicaments et que les premiers résultats étaient attendus à la fin du deuxième trimestre, avec un dépôt de dossier de commercialisation aux États-Unis prévu d'ici la fin de l'année. Pour rappel, l'action avait signé une année 2025 hors normes, avec une envolée spectaculaire de 1 681%.

Mais l'euphorie est rapidement retombée. Dans l'après-midi, l'action éligible au PEA-PME a brutalement décroché de 9,49% à 99,20 euros, signant la plus forte baisse du SBF 120. Elle fait suite à l'annonce du fonds de capital-risque français Sofinnova, troisième actionnaire du groupe, qui a indiqué son intention de céder environ un quart de sa participation.

Une prise de bénéfices logique après un parcours fulgurant en Bourse, mais qui rappelle la volatilité inhérente à ce type de biotechs. Malgré ce coup de frein, le marché ne remet pas en cause le potentiel de fond d'Abivax, désormais suspendu à ses prochaines étapes cliniques et réglementaires.

Le monde d'après : Trump annonce un budget démentiel

Une nouvelle fois, Trump frappe fort, très fort. Le président américain veut porter le budget militaire des États-Unis à 1 500 milliards de dollars en 2027, soit une hausse de plus de 50% par rapport au niveau actuel. Une ambition vertigineuse, et peut-être irréaliste, même pour la première puissance militaire mondiale. L'objectif affiché est sans ambiguïté :« bâtir l'armée de nos rêves » et garantir la sécurité américaine « quel que soit l'ennemi », dans un monde jugé plus instable et dangereux que jamais. Selon la Maison-Blanche, cette explosion des dépenses serait rendue possible par les recettes des droits de douane, présentées comme une manne budgétaire capable de financer à la fois la défense, la dette et la redistribution.

Mais les experts en doutent fortement. Clairement, Washington assume une stratégie de puissance maximale. Cette enveloppe permettrait de financer les projets phares de Donald Trump, du bouclier antimissile au niveau national à la constitution d'une nouvelle flotte navale, des programmes jugés hors de portée sans un budget hors normes.

Pour les marchés, l'industrie de la défense américaine entre dans une nouvelle dimension, avec des perspectives de commandes et d'investissements colossales, bien au-delà du cycle actuel de réarmement occidental. Reste un obstacle majeur, le Congrès. Le budget 2026 n'est pas encore finalisé et la proposition pour 2027 devra affronter l'opposition des démocrates et des républicains les plus sourcilleux sur le déficit. Plusieurs observateurs dénoncent déjà un calcul irréaliste, estimant que les recettes douanières ne pourront clairement pas tout financer. Mais dans le monde d'après version Trump, la logique budgétaire semble secondaire... Affaire à suivre !

Demain à la Une : le rapport sur l'emploi US

La séance de demain sera la seule de la semaine où l'économie pourrait prendre le dessus sur la géopolitique. Comme chaque mois, les investisseurs attendent avec impatience le rapport sur l'emploi américain. Avec, à la clé, son lot habituel de spéculations sur les prochaines baisses de taux de la Fed. Cette publication interviendra alors que le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, demande à la Fed de baisser plus vite ses taux d'intérêt afin de soutenir l'économie. Il vient de rappeler que la Réserve fédérale a déjà réduit ses taux en 2025, mais pas assez rapidement à son goût.

L'avenir de la politique monétaire reste toutefois incertain, car les marchés et les responsables de la Banque centrale n'ont pas les mêmes attentes sur le rythme des futures baisses. Scott Bessent, qui joue un rôle clé dans la désignation du prochain président de la Fed après la fin du mandat de Jerome Powell en mai, est lui-même pressenti pour le poste, aux côtés de Kevin Warsh. Affaire à suivre !

Le lexique : les produits structurés

Les produits structurés sont des instruments financiers qui combinent plusieurs actifs (obligations, options, dérivés) et offrent un rendement spécifique en fonction de scénarios de marché prédéfinis. Ils permettent d'ajuster le couple rendement / risque en intégrant des mécanismes de protection partielle du capital, de participation à la performance d'un sous-jacent (indice, action, taux, etc.) et des conditions de remboursement adaptées aux objectifs de l'investisseur.