Les marchés : Et maintenant, le Groenland ?
Le CAC 40 termine la séance à l'équilibre (-0,04% à 8 234 points), après avoir passé une grande partie de la journée à faire le yo-yo entre territoires positif et négatif. Le retournement s'est opéré en fin de séance, dans un marché clairement dominé par les événements géopolitiques. Les investisseurs se sont repositionnés sur les valeurs jugées les plus défensives, dans un contexte international toujours très tendu, ce qui a permis à l'indice parisien de clôturer dans le vert. Sans surprise, le secteur de la défense a une nouvelle fois tiré la cote. Thales s'envole de 8,3%, Dassault Aviation progresse de 4,8%, tandis qu'Exail Technologies bondit de 10,3% après l'annonce de nouvelles commandes pour ses drones. L'ensemble du secteur profite des menaces de Trump contre le Groenland... des menaces qui se précisent. À l'inverse, le luxe a nettement souffert. Kering signe la plus forte baisse de l'indice ce soir. Aux États-Unis, les données préliminaires sur l'emploi signalent un essoufflement du marché du travail, avec un ralentissement des recrutements. Le véritable verdict aura lieu vendredi avec les données officielles. En parallèle, le pétrole recule légèrement après des déclarations de Donald Trump évoquant un possible afflux de 50 millions de barils vénézuéliens vers les États-Unis, dans un marché déjà excédentaire.
Les valeurs : Kering, Exail Technologies et Ekinops
Kering La banque d'investissement allemande Berenberg reste pessimiste sur les perspectives de Kering et conseille toujours de vendre l'action. Selon elle, le groupe de luxe reste très exposé au ralentissement de la demande en Chine, un marché clé qui montre des signes de faiblesse durable. Cette inquiétude a propulsé le titre à la dernière place du CAC 40 ce soir : -3,57% à 304,30€ (-40% en 2025). Kering souffre à la fois des difficultés générales du secteur du luxe et de la baisse de performance de sa marque emblématique Gucci. Même si la nomination de Luca de Meo comme nouveau directeur général a redonné de l'espoir aux investisseurs et provoqué un rebond du cours au second semestre 2025, les bureaux d'analyse estiment que cela ne suffira pas à court terme pour relancer les ventes. Les prévisions actuelles tableraient sur un retour trop rapide de la croissance dans le secteur du luxe. En Chine, l'endettement élevé et la baisse des prix de l'immobilier poussent en effet ménages et entreprises à épargner plutôt qu'à consommer, ce qui pénalise particulièrement les produits non essentiels comme le luxe. Dans ce contexte, le chiffre d'affaires de Kering pourrait rester sous pression encore un certain temps... Affaire à suivre !
Exail Technologies Anciennement Groupe Gorgé, Exail Technologies démarre l'année 2026 très fort grâce à une série de contrats majeurs dans les drones maritimes. Le spécialiste de la robotique autonome et des systèmes de navigation profite d'une demande croissante pour ses drones utilisés dans les missions de défense navale, notamment pour la surveillance maritime et la lutte contre les mines. L'entreprise indique disposer de plus de 1 000 drones en commande et avoir les capacités industrielles pour les produire dans les années à venir, alors que son chiffre d'affaires est attendu en forte hausse d'ici 2027. Dans un contexte géopolitique tendu, les armées investissent davantage dans des équipements technologiques avancés. Exail Technologies profite pleinement de cette dynamique, notamment en Europe, où son expertise est largement reconnue. Ce soir, le titre ressort en tête du SBF 120, en gain de 10,29% à 105€ (+369% en 2025 !).
Ekinops Ekinops s'envole ce soir de 18,95% à 2,26€, porté par l'annonce d'un contrat majeur aux États-Unis. L'équipementier télécom a été choisi par l'opérateur MuniNet pour moderniser son réseau de fibre optique, afin d'absorber la forte hausse des besoins en données, notamment le très haut débit et les services cloud. Cette modernisation va permettre de fortement augmenter la capacité du réseau existant tout en le préparant aux usages futurs. Le marché salue une signature commerciale concrète, à l'international, qui confirme le positionnement d'Ekinops sur les infrastructures numériques critiques et relance clairement l'intérêt pour le titre. L'action éligible au PEA-PME a reculé de 48% l'an dernier.
L'événement du mercredi : 25 000 points !
L'indice DAX 40, qui regroupe les 40 plus grandes entreprises cotées en Allemagne, a dépassé pour la première fois de son histoire le seuil symbolique des 25 000 points à l'ouverture de la Bourse de Francfort ce 7 janvier. C'est un indice « capitalisant », car les dividendes versés par les entreprises qui le composent sont automatiquement réinvestis dans son calcul, ce qui augmente sa valeur dans le temps. Ce record s'inscrit dans un certain optimisme ambiant, alors que les indices américains comme le Dow Jones et le S&P 500 ont eux aussi atteint de nouveaux sommets, portés notamment par l'enthousiasme, toujours très fort, autour de l'intelligence artificielle. En Allemagne, ce sont surtout les valeurs industrielles et du secteur de l'énergie qui ont progressé ces dernières semaines, profitant d'un contexte de prix du pétrole relativement bas. Toutefois, ce niveau historique du DAX reste avant tout symbolique et ne reflète pas la réalité économique du pays. L'économie allemande demeure fragile, pénalisée par une industrie en difficulté, une demande affaiblie sur ses principaux marchés et l'impact des droits de douane américains. Après deux années de récession, la croissance du pays devrait rester très faible cette année, avec une hausse du PIB estimée à seulement 0,2%. Reste à savoir si le grand plan de relance allemand permettra de redémarrer la machine économique !
Le monde d'après : Trump rallume la mèche
À peine l'année 2026 entamée, la géopolitique impose déjà son tempo aux marchés. Après l'opération éclair menée par Washington au Venezuela et la capture spectaculaire de Nicolás Maduro, Donald Trump veut désormais s'en prendre au Groenland, territoire autonome danois et membre de facto de l'OTAN. L'objectif affiché est la sécurité nationale des États-Unis, le contrôle des routes arctiques et l'accès à des ressources minières stratégiques, cruciales pour le développement de l'intelligence artificielle et la transition énergétique. Face à ces ambitions explosives pour l'Organisation, l'Europe se crispe et veut se réarmer. Le Danemark envisage une enveloppe de 12 milliards d'euros pour renforcer la défense du Groenland, un signal qui alimente immédiatement le flux acheteur sur les valeurs de la défense. À Paris, Thales s'envole de 8,3% ce mercredi, entraînant Dassault Aviation dans son sillage avec une hausse de 4,8%. En Allemagne, Rheinmetall accélère de 4,6%, tandis qu'en Suède, Saab profite pleinement de ce regain de nervosité géopolitique pour progresser de 5%. Le marché ne débat pas, il anticipe, chaque tension devient une promesse de commandes supplémentaires. Les budgets militaires s'ajustent désormais en temps réel aux rapports de force, et la frontière entre diplomatie et marchés financiers n'a jamais été aussi fine. À mesure que les discours se durcissent, les investisseurs, eux, tranchent sans état d'âme. La prime géopolitique est de retour... et elle se paie comptant.
Demain à la Une : Séance de transition
C'est une séance de transition qui nous attend demain, avant le rapport mensuel sur l'emploi américain. Très attendu, il sera dévoilé vendredi après-midi. Bien sûr, le contexte géopolitique restera en trame de fond, on l'a encore vu aujourd'hui avec les dernières actualités sur le Groenland. Les États-Unis dévoileront toutefois leur balance commerciale demain après-midi mais généralement c'est un événement de second ordre pour les marchés boursiers.
Le lexique : L'ETF S&P 500 HEDGED
Derrière ce nom barbare se cache un outil très intéressant en ce moment. Un ETF S&P 500 couvert contre le risque de change (ou “hedged” en anglais) est un fonds indiciel coté en Bourse qui réplique la performance de l'indice américain S&P 500, tout en neutralisant les fluctuations du taux de change entre le dollar et l'euro. Il permet ainsi à un investisseur européen de s'exposer aux actions américaines sans subir l'impact des variations de change. Si le S&P 500 monte de 5%, l'ETF S&P 500 couvert contre le risque de change progresse aussi de 5%, indépendamment de l'évolution du taux de change euro-dollar. Inversement, si le S&P baisse de 5%, l'ETF cède 5%.










