Flambée généralisée des taux
La dette française fait les frais d'un mouvement mondial de hausse des taux d'intérêt dans les grandes économies mondiales, alors que les prix du pétrole restent durablement plus élevés, en raison de la guerre au Moyen-Orient. Avec un taux d'intérêt à plus de 4,10% à échéance dix ans, la France ne s'est pas financée aussi cher sur les marchés depuis novembre 2008, en plein cur de la crise financière. Début janvier, il n'était qu'à 3,50%.
Même l'Allemagne, considérée comme la référence de la zone euro, connaît une flambée de son taux à plus de 3,20%, une première depuis 2011. Les bons du Trésor américain dépassent eux 4,70% contre autour de 3,90% fin février.
Pourquoi une hausse maintenant ?
Les créanciers réclament d'être davantage rémunérés pour compenser l'inflation provoquée par la hausse des prix du pétrole. Mais le mouvement s'est accéléré ces derniers jours, alors qu'aucun espoir de paix ne semble permis au Moyen-Orient. « Les réserves stratégiques d'hydrocarbures se réduisent, les besoins sont plus élevés, et les risques sur l'approvisionnement grandissent donc pour les prochains mois, ce qui met davantage la pression », explique Vincent Juvyns, analyste pour ING.
Dans le même temps, les Etats ont davantage besoin de financer leurs déficits et leurs investissements dans la défense. Et les entreprises lèvent des sommes gigantesques pour développer les infrastructures d'intelligence artificielle (IA).
Face à des dettes qui gonflent, « il y a déjà moins d'acheteurs, car les banques centrales se sont retirées du marché ces dernières années », relève Vincent Juvyns. Conséquence de la loi de l'offre et la demande, le prix de la dette, c'est-à-dire le taux d'intérêt, grimpe.
Une crise de confiance plus profonde
La guerre au Moyen-Orient met partout sous pression des finances publiques déjà exsangues. « Il y a un mouvement de défiance, les marchés voient des Etats très endettés qui ne prennent pas de mesures claires de désendettement, avec même les bons élèves comme l'Allemagne qui empruntent massivement », explique à l'AFP, Benoit Vesco, président de Delubac AM.
La hausse des taux s'observe également sur les obligations à très longues échéances, le baromètre de la confiance à long terme des investisseurs. En France, le rendement de l'emprunt français à trente ans tutoie le cap symbolique des 5%, au plus haut depuis 2008.
D'autant que le pays fait « l'objet d'une pression encore plus forte par rapport à d'autres, car les marchés la considèrent comme le point de fragilité de la zone euro en termes d'endettement », selon Benoit Vesco.
Alors que l'élection présidentielle s'approche, « les marchés voient que peu de candidats mettent en avant des politiques d'austérité, et ils sentent que cela va être compliqué, surtout si LFI ou le RN arrivent au pouvoir », explique Vincent Juvyns.
L'équation budgétaire se complique
Cette flambée des taux intervient en pleine élaboration du budget pour 2027 en France et au moment où le gouvernement a peu de marges de manuvre pour réduire le déficit.
La charge de la dette, à savoir les intérêts versés aux créanciers, ne cesse de grimper. Elle est passée de 29,2 milliards d'euros en cumulé sur les six premiers mois de 2025 à 34,5 milliards sur la même période de 2026.
Elle devrait atteindre 64 milliards d'euros sur l'ensemble de l'année 2026 et pourrait augmenter à terme jusqu'à 100 milliards d'euros, anticipait fin juin le ministre de l'Economie Roland Lescure.
« Si les taux d'intérêt passent de 3% à 4%, cela fait une augmentation de la charge qui est d'environ 30-35 milliards d'euros au bout de dix ans, c'est la moitié du budget annuel de l'éducation », explique à l'AFP le spécialiste des finances publiques François Ecalle.
Toutefois, « cette montée de la charge d'intérêt est très étalée dans le temps », et les effets seront « très faibles en 2026 », tempère-t-il. Le déficit de la France a atteint 5,1% l'an dernier, le deuxième plus élevé de la zone euro après la Belgique. L'agence de notation Fitch doit livrer son verdict sur situation budgétaire française le 28 août prochain.















