Le taux auquel la France s'endette, l'OAT à 10 ans, ne cesse de monter. Et l'impact sur le portemonnaie des ménages se fait déjà sentir, notamment sur le crédit immobilier mais aussi pour votre épargne. Voici ce qui vous attend.

C'est un phénomène a priori technique qui pourtant a des effets pratiques sur le budget des particuliers. Le taux des obligations assimilables du Trésor (OAT) à 10 ans, c'est-à-dire le taux fixe auquel l'Etat français emprunte sur une décennie, est en forte hausse. Depuis le 1er février, il est passé de 0,37% à 0,75% mercredi. Il a doublé en seulement deux semaines. Si l'évolution de l'OAT à 10 ans est particulièrement scrutée, c'est que ce taux sert de référence pour la plupart des taux fixes à long terme. Concrètement, les banques vont emprunter à long terme sur le marché interbancaire à un taux un peu élevé que celui de l'OAT à 10 ans avant de le redistribuer, par exemple sous forme de crédit immobilier, mais avec une marge supplémentaire que devront payer les particuliers via les intérêts de remboursement.

« Il est normal que le taux d'intérêt de l'OAT à 10 ans monte quand l'inflation augmente », rappelle Eric Dor directeur des études économiques à l'IESEG School of Management. Un investisseur rationnel exige, quand il prête de l'argent, de maintenir au moins son pouvoir d'achat en réclamant des intérêts plus élevés pour faire face à la hausse des prix ». En effet, l'inflation dépasse les 5% dans la zone euro et frise les 3% en France en janvier. « Malgré tout, la politique actuelle de la Banque centrale européenne freine la hausse des taux d'intérêt des emprunts d'Etat pour limiter le risque d'une nouvelle crise financière et d'une faillite d'un Etat de la zone euro. La prudence face à la hausse de l'inflation de la BCE, dont les taux directeurs sont à un plus bas historique, contraste avec la détermination à agir de la Réserve fédérale américaine », précise Eric Dor.

On assiste tout de même à un retournement de situation où les taux d'emprunt d'Etat étaient encore en territoire négatif à la fin décembre, reflet d'une situation exceptionnelle en raison de la crise économique et sanitaire. « C'est le signe d'un retour à la normale », constate l'économiste Philippe Crevel. Un retour à la normale qui a des conséquences concrètes pour les ménages.

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Fin de la récré pour le crédit immo

A commencer par le crédit immobilier. « En février, compte tenu de la remontée des taux d'emprunt d'Etat, les banques n'ont pas eu d'autres choix que d'augmenter leurs taux de crédit, sous peine de voir leurs marges sur le crédit immobilier se réduire », analyse Julie Bachet, la directrice générale de Vousfinancer. « Nous sommes donc toujours dans une situation de taux extrêmement bas mais il semblerait donc que cette fois-ci nous ayons réellement atteint le plancher », abonde Maël Bernier, la porte-parole de Meilleurtaux.

En effet, la hausse des taux s'avère pour l'instant très mesurée, de l'ordre de +0,2 point d'après le courtier Artémis. Les taux moyens des banques restent à des niveaux historiquement faibles : 0,91% sur 15 ans, 1,04% sur 20 ans ou encore 1,24% sur 25 ans selon Meilleurtaux. « Avec le niveau d'inflation aujourd'hui, les taux immobiliers en termes réels sont négatifs. C'est une aubaine pour les emprunteurs dont les revenus progressent au même rythme que la hausse des prix. De plus, la hausse des taux, c'est peut-être l'espoir que les prix immobiliers augmentent moins car le nombre des particuliers pouvant emprunter pourrait se contracter », analyse Philippe Crevel.

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Livret A, assurance vie... Un impact limité

Et qu'en est-il de vos placements ? Pour l'épargne réglementée à l'image du Livret A, une hausse des taux d'emprunt d'Etat n'est pas une mauvaise nouvelle. Au contraire, cela pourrait militer pour un nouveau coup de pouce de la rémunération, qui est déjà passée à 1% au 1er février. « Mais il faut prendre en compte l'inflation. Une éventuelle revalorisation du taux du Livret A, par exemple au 1er août, ne sera pas d'une grande aide pour l'épargnant si l'inflation continue de grimper », nuance Philippe Crevel.

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En ce qui concerne l'assurance vie, là aussi, une remontée des taux d'intérêt est a priori plutôt positive. « Le fait que les taux augmentent progressivement, mais lentement, offrirait la possibilité de mieux rémunérer dans les prochaines années les fonds euros », explique Philippe Crevel. En 2021, leur rendement devrait être légèrement en-deçà du 1,28% enregistré l'année précédente. Mais là encore, « il est anesthésié par le niveau de l'inflation. Elle est rarement une bonne nouvelle pour les épargnants investis sur les produits de taux ou d'épargne réglementée », précise Philippe Crevel.

La hantise des assureurs serait en revanche une hausse trop brusque des taux d'emprunt d'Etat. « Elle aurait un effet de cisaille en diminuant la valeur des obligations anciennes détenues par les assureurs dans leurs portefeuilles », souligne Linxea. Résultat, les épargnants pourraient être tentés de faire des rachats pour placer leurs avoirs vers des placements plus rémunérateurs. Mais on n'en est pas là.

Du côté de la bourse, théoriquement, la remontée des taux n'est pas une bonne nouvelle. Une hausse des taux obligataires pénalise généralement les actions car elle améliore la rentabilité des obligations, des actifs considérés comme moins risqués par les investisseurs. Mais pour autant, « je ne sortirais pas du marché actions pour aller sur marché obligataire surtout si on considère qu'on n'est qu'au début d'un processus, estime Philippe Crevel. Si on achète une obligation tout de suite et que l'inflation continue à monter, sa valeur va de facto baisser. En revanche, sur le marché actions, la situation actuelle nécessite de choisir des valeurs qui supportent relativement bien l'inflation comme les titres bancaires ou comme le luxe qui peut facilement la répercuter », sous réserve qu'elle reste modérée.

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