LInstitut de la protection sociale (IPS) a édité un livre blanc « pour simplifier et démocratiser lépargne salariale ». Pourquoi lavoir publié après la consultation « loi Pacte » ?
Guy Bonnet : « Nous souhaitions développer une vision globale et cohérente de lépargne salariale. Car, trop souvent, nous sommes dans le ''un sujet, une mesure'' sans quil ny ait de cohésion globale dans les réformes. Pour le projet de loi Pacte, jai trouvé la démarche de la consultation publique extrêmement vertueuse, car longue et pédagogique, mais les participations et propositions restaient selon nous très précises et répondant à des besoins particuliers. Doù lidée de ce livre blanc, où nous avançons 10 grandes propositions [lire lencadré plus bas] avec un axe majeur : faciliter et simplifier laccès à lépargne salariale dans les entreprises de moins de 50 salariés. Cela passe nécessairement par le chef dentreprise dans ces sociétés, où il ny a souvent pas de DRH : donc il faut éviter toutes les lourdeurs. Avant la publication du livre blanc, nous avons dailleurs intégré nos propositions à la consultation publique. »
Prenez-vous part aux tractations avec le gouvernement ?
« Matignon et Bercy sont très réceptifs à la notion de simplification de lépargne salariale »
G.B. : « LIPS a lhabitude de gérer les discussions en direct avec les cabinets ministériels. Nous avons été reçus à Matignon, nous le serons bientôt à Bercy puis au ministère du Travail. Nous avons aussi sollicité une entrevue avec Aurélien Taché [député LREM vice-président du Copiesas (1), NDLR] mais ce comité devrait axer son travail sur la participation et les plus grandes entreprises. »
Y a-t-il une marge de manuvre sur les propositions initiales du gouvernement ?
G.B. : « Matignon et Bercy sont très réceptifs à la notion de simplification de lépargne salariale. Ira-t-on au bout de la démarche ? Je ne sais pas mais je suis agréablement surpris par la qualité découte du gouvernement. Et, une fois les arbitrages rendus, nous pourrons aussi porter nos idées lors des débats parlementaires. »
Lire, à propos des propositions gouvernementales : Ce qui pourrait changer pour lépargne salariale en 2019
Comment réussir à développer lépargne salariale dans les TPE et PME ? Cétait déjà un objectif de la loi Macron en 2015
G.B. : « Déjà en menant ce travail de simplification : laccès à lépargne salariale plafonne à 10% dans les TPE. Oui, la loi Macron visait déjà à développer lépargne salariale mais ce volet était limité à quelques lignes dans un très large projet de loi. Cette fois, lintéressement et la participation, cest un des piliers du projet de loi Pacte ! »
Plus concrètement, quelles mesures vont permettre datteindre les petites entreprises ?
« Laisser la possibilité de moduler la répartition de l'intéressement »
G.B. : « Cela se résume par les ''4 S'' : simplicité, sécurité, souplesse et stabilité. Et, dans les petites entreprises, cela passe surtout par une évolution de lintéressement. Aujourdhui, tous les salariés touchent lintéressement mais de manière uniforme [ou de façon proportionnelle selon le salaire ou le temps de présence, NDLR] : il faut que chacun en profite mais il faut laisser la possibilité de moduler cette répartition en introduisant dans les accords la notion de collèges [différentes catégories de salariés, NDLR]. Le chef dentreprise est en capacité de juger de limplication des salariés, ou de distinguer les collaborateurs clés, et de moduler lintéressement selon ses critères. »
Au delà de cette modulation, comment simplifier les règles de lintéressement ?
G.B. : « En créant des règles simples. Notamment en permettant au chef dentreprise de le mettre en place par le biais dune décision unilatérale, laquelle se matérialise par une simple déclaration pré-remplie en ligne. Aujourdhui, tout accord dintéressement passe par un vote qui doit recueillir les deux tiers des suffrages, puis lemployeur doit envoyer un dossier à la Direccte : bien souvent cette procédure décourage. »
Une mise en place de façon unilatérale sous-entend-t-elle aussi le retrait de lintéressement de façon unilatérale ?
Un intéressement par « décision unilatérale »
G.B. : « L'employeur ne peut pas suspendre un accord en cours mais il peut choisir de ne pas le renouveler. L'accord enclenche un accord sur 3 ans à lissue duquel le chef dentreprise nest pas tenu de maintenir lintéressement. »
La loi Macron avait harmonisé certains aspects de lintéressement et de la participation, incité à la gestion pilotée en Perco, etc. Et pourtant le nombre de plans dépargne salariale baisse
G.B. : « En effet, seul le Perco sauve la donne au niveau de la collecte. Comment expliquer ce recul ? Selon moi, les employeurs ont de longue date perdu confiance. Le passage du forfait social à 20% (2) en a refroidi plus dun. Et les règles changent trop souvent : aujourdhui, il y a trois niveaux de forfait social différents : 8%, 16% et 20% ! Cest pour cela que nous insistons aussi sur la stabilité des règles. Et, concernant le forfait social, pour inciter les petites entreprises à mettre en place lintéressement, notre position est claire : il ne faut pas de forfait social pour tous les entreprises de moins de 50 salariés ! Cela serait dailleurs quasiment neutre pour les finances publiques car les accords dintéressement sont à ce jour extrêmement rares dans ces entreprises. »
Espérez-vous quil sagisse de la dernière loi concernant lépargne salariale avant longtemps ?
G.B. : « On a du moins le sentiment que cest la volonté du gouvernement. Pour quelle soit efficace, cette loi doit être ambitieuse et audacieuse. Il ne faut pas dune loi corrigée dès lannée suivante. »
Les principales propositions de lIPS
- Démocratiser lépargne salariale via lintéressement : privilégier l'intéressement dans les PME.
- Donner plus de souplesse aux chefs dentreprise : permettre de moduler plus aisément les montants versés aux différents salariés.
- Simplifier les formalités de mise en place des accords : mise en place d'un accord d'intéressement par décision unilatérale de l'employeur.
- Simplifier les formalités de dépôt : mise en place via une déclaration pré-remplie en ligne.
(1) Conseil dorientation de la participation, de lintéressement, de lépargne salariale et de lactionnariat salarié, animé par Christophe Castaner en 2014-2015 pour la loi Macron.
(2) Le forfait social est une contribution à la charge de l'employeur. Son taux est passé de 8% à 20% en 2012.

















