Le bitcoin n'attire plus les foules comme il y a un an. Après l'euphorie de 2025, marquée par une envolée spectaculaire de son cours et un afflux de nouveaux investisseurs, les plateformes françaises spécialisées constatent aujourd'hui un net ralentissement des ouvertures de comptes. Pourtant, aucun de ces acteurs interrogés n'y voit le signe d'un désamour durable. Au contraire, tous décrivent un marché qui gagne en maturité.

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Le premier baromètre Bitstack consacré exclusivement au bitcoin va dans le même sens. Seuls 8% des Français déclarent aujourd'hui en détenir, contre 11,5% qui disent en avoir déjà possédé. Mais ceux qui restent affichent un profil bien différent de celui des précédents cycles : trois quarts détiennent leurs bitcoins depuis plus d'un an et 44% comptent les conserver plus de cinq ans.

Les investisseurs impulsifs s'effacent

Pourquoi les nouveaux investisseurs sont-ils moins nombreux alors que le bitcoin vaut aujourd'hui bien moins qu'au sommet atteint fin 2025 ? Pour les plateformes, la réponse tient davantage à la psychologie qu'au prix. « Les phases d'acquisition de nouveaux clients coïncident toujours avec une forte progression du marché », résume Thibault Descahy, responsable de la gestion privée chez Coinhouse. L'intérêt revient souvent lorsque les cours s'envolent, laissant peu de potentiel de hausse supplémentaire. À l'inverse, les périodes de repli suscitent davantage d'attentisme qu'un sentiment d'opportunité.

Même constat chez Bitpanda. La plateforme observe une baisse des volumes et du nombre de nouveaux clients, en raison d'un bitcoin moins présent dans l'actualité et d'un environnement devenu plus incertain. Les tensions géopolitiques, le ralentissement des achats institutionnels ou encore les déceptions autour des annonces de Donald Trump ont entretenu cette prudence.

Certains profitent des replis pour renforcer progressivement leurs positions, d'autres préfèrent attendre un signal plus favorable avant d'investir de nouveau. Chez Bitpanda, la majorité des clients restent ainsi dans une logique de conservation plutôt que d'achat ou de vente. « Tous les clients sont dans l'attente : ils n'achètent pas et ne revendent pas non plus. On est plutôt sur une période de holding », confirme Alexis Bouvard, directeur France de Bitpanda.

Le bitcoin s'impose face aux autres cryptomonnaies

Cette évolution s'accompagne d'un autre phénomène : le bitcoin tend de plus en plus à être considéré comme un actif à part, distinct du reste de l'univers des cryptomonnaies. « La majorité des investisseurs réduit le nombre de cryptomonnaies auxquelles ils sont exposés pour se concentrer principalement sur le bitcoin », observe Thibault Descahy. Chez Bitpanda, plus de 70% des nouveaux portefeuilles restent concentrés sur le seul bitcoin.

Jonathan Herscovici, fondateur de StackinSat, estime lui aussi que cette distinction s'impose progressivement. Selon lui, les investisseurs font désormais davantage la différence entre le bitcoin et les autres cryptoactifs, souvent jugés plus spéculatifs.

Le baromètre Bitstack illustre cette mutation. Les détenteurs de bitcoin présenteraient un profil sensiblement plus patrimonial que ceux qui détiennent uniquement d'autres cryptomonnaies : ils sont davantage issus des catégories socioprofessionnelles supérieures, possèdent plus souvent des actions en Bourse et disposent d'un patrimoine plus élevé. Surtout, le bitcoin vient compléter une stratégie d'épargne déjà existante plutôt que de la remplacer.

Un actif qui se rapproche des placements traditionnels

Pour les professionnels du secteur, cette évolution s'explique aussi par la transformation du marché lui-même. L'entrée en vigueur du règlement européen MiCA, l'arrivée des ETF bitcoin et l'intérêt croissant des banques contribuent à normaliser un actif longtemps perçu comme marginal.

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Jonathan Herscovici voit lui aussi une évolution profonde du secteur : « Avant, on était plutôt sur des entreprises très tech. Aujourd'hui, on est davantage des entreprises financières. » Selon lui, l'entrée en vigueur du règlement européen MiCA accélère cette transformation et contribue à faire du bitcoin un actif de plus en plus intégré au paysage financier traditionnel.

Cette institutionnalisation contribue à rassurer une partie des épargnants. StackinSat constate ainsi que sa clientèle se compose aujourd'hui majoritairement d'investisseurs patrimoniaux, avec un âge moyen de 45 ans, loin de l'image d'un marché réservé aux jeunes passionnés de crypto.

Dans le même temps, le bitcoin doit composer avec une concurrence nouvelle. Les plateformes observent que l'intelligence artificielle, les grandes introductions en Bourse de sociétés du secteur ou encore les valeurs technologiques captent aujourd'hui une partie de l'attention des investisseurs. Sans provoquer un exode massif des détenteurs de bitcoin, ces nouvelles thématiques occupent désormais une place que la cryptomonnaie monopolisait presque seule lors des précédents cycles.

Pour autant, les acteurs interrogés ne voient pas dans cette période un tournant négatif. À leurs yeux, le marché ne s'essouffle pas : il change de nature. Les investisseurs les plus opportunistes se font plus discrets, tandis que ceux qui restent semblent davantage considérer le bitcoin comme une composante durable de leur patrimoine que comme un simple pari sur la prochaine envolée des cours.

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