De près de 150 000 euros le kilo au printemps à un peu plus de 115 000 euros aujourd'hui, le repli peut sembler spectaculaire. Pourtant, il mérite d'être remis en perspective. Car avant cette correction, le métal jaune venait d'enchaîner deux années historiques.

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« Il faut relativiser cette baisse, rappelle Laurent Schwartz, président du Comptoir National de l'Or. Le cours de l'or avait progressé de 45% en 2024 puis de 35% en 2025. Nous sommes aujourd'hui davantage dans une phase de consolidation que dans un retournement de tendance. » Autrement dit, la baisse actuelle efface une partie des gains récents sans remettre en cause la progression de fond. Un investisseur entré il y a deux ans reste encore largement gagnant.

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Contrairement à une idée reçue, le cours de l'or ne dépend pas uniquement des crises géopolitiques. Il évolue aussi en fonction des taux d'intérêt et des anticipations des marchés. Lorsque les investisseurs pensent que la Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait maintenir des taux élevés plus longtemps, les placements rémunérés deviennent plus attractifs. Or, contrairement à une obligation ou à un livret, l'or ne verse aucun intérêt. « Quand l'argent est mieux rémunéré, l'or devient comparativement moins intéressant, puisqu'il ne produit pas de revenus », résume Laurent Schwartz.

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Les tensions au Moyen-Orient ont également joué dans les deux sens. Elles ont d'abord propulsé le métal jaune vers des sommets avant que les marchés ne prennent leurs bénéfices et que les anticipations de politique monétaire ne reprennent le dessus. Plusieurs analyses du World Gold Council indiquent d'ailleurs que cette correction s'explique davantage par ces facteurs financiers que par une remise en cause du statut de valeur refuge de l'or.

Les investisseurs ne paniquent pas

Cette baisse ne provoque pourtant pas de mouvement de vente massif. Car les acheteurs d'or physique n'ont généralement pas le même profil que les investisseurs en actions. « Nos clients ne sont pas des spéculateurs. Ils achètent de l'or pour le long terme. Les ventes correspondent surtout à des moments de vie : une succession, un achat immobilier, des travaux... beaucoup plus qu'à une réaction au cours de l'or », explique Laurent Schwartz.

Le constat est similaire chez Gold Service. « Le cours a baissé de 25% par rapport à son plus haut, mais il reste environ deux fois supérieur à celui d'il y a deux ans. Pour beaucoup d'investisseurs, cette baisse est davantage perçue comme une opportunité de revenir sur le marché que comme une raison de vendre », observe Yann Bouillonnec, directeur général de Gold Service. Selon lui, les achats et les ventes sont avant tout dictés par les besoins patrimoniaux des particuliers, davantage que par les fluctuations quotidiennes des cours.

Faut-il encore acheter de l'or ?

Pour les deux professionnels, la réponse est oui, mais toujours dans une logique de diversification. Détenir de l'or ne consiste pas à chercher la meilleure performance annuelle. Son rôle est plutôt de protéger une partie de son patrimoine lorsque les marchés financiers traversent des périodes de fortes turbulences. « L'or reste un outil de diversification de portefeuille. Nous recommandons généralement d'y consacrer autour de 5% du patrimoine financier, alors que les Français en détiennent encore beaucoup moins », souligne Laurent Schwartz.

Yann Bouillonnec évoque lui aussi une allocation comprise entre 5 et 8%, même si certains investisseurs historiques dépassent désormais ces niveaux grâce à la forte hausse des cours enregistrée ces dernières années.

Quant au moment idéal pour investir, les deux spécialistes privilégient une approche progressive. Acheter en plusieurs fois permet de lisser son prix d'acquisition et d'éviter de miser tout son capital au plus haut... comme au plus bas. Néanmoins, en cas d'entrée d'argent, acheter en une fois reste une opération plus intéressante que le fait de ne pas s'exposer.

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Enfin, lorsqu'il s'agit de choisir entre or physique et produits financiers adossés au métal jaune, les deux professionnels penchent sans surprise pour les pièces et les lingotins. Non seulement parce qu'ils échappent au risque lié à un intermédiaire financier, mais aussi parce qu'ils s'inscrivent davantage dans une logique de transmission patrimoniale. Une philosophie qui rappelle qu'en matière d'or, l'horizon d'investissement se compte rarement en mois mais bien en décennies.