Les banques françaises sont-elles « crypto-friendly » ? Si nous nous posions déjà la question dans un précédent article fin 2025, les lignes continuent doucement d'évoluer. Alors que selon le dernier rapport de l'Association pour le développement des actifs numériques (Adan), en date du 8 avril, 11% des Français possèdent des cryptomonnaies en 2026, de nouvelles offres se développent.

Le mouvement le plus significatif vient sans doute du groupe BPCE. Avec le lancement de son offre via sa filiale Hexarq, les clients de certaines Banques Populaires et Caisses d'Épargne peuvent désormais acheter, vendre et conserver directement des cryptoactifs depuis leur espace bancaire. Une première pour une banque de réseau en France.

Concrètement, l'offre permet d'accéder à des actifs comme le bitcoin ou l'ether, avec une interface intégrée aux applications bancaires classiques. Le groupe met en avant une souscription entièrement digitale, un suivi en temps réel et un accompagnement pédagogique, dans un environnement présenté comme sécurisé.

Surtout, Hexarq bénéficie d'un agrément en tant que prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA) dans le cadre du règlement européen MiCA, délivré par l'AMF, et est supervisé par l'ACPR. Un point clé, alors que la question de la sécurité reste centrale pour les investisseurs. Avec cette initiative, BPCE assume un positionnement clair : proposer une exposition directe aux cryptoactifs, tout en conservant un cadre bancaire classique.

BNP Paribas privilégie une exposition indirecte et encadrée

À l'inverse, BNP Paribas adopte une approche beaucoup plus prudente. La banque vient d'élargir son offre Bourse à des produits indexés sur les cryptos, sans jamais permettre leur détention directe.

Les clients peuvent ainsi investir dans six ETN adossés au bitcoin ou à l'ether, accessibles via un compte-titres. Une manière d'entrer sur ce marché sans en adopter tous les codes. « Il y a deux façons d'investir dans les cryptoactifs : soit en direct, soit via des titres financiers qui y sont adossés, explique Laurent Monet, responsable épargne de la Banque Commerciale en France de BNP Paribas. Les ETN permettent précisément cette exposition indirecte, dans un cadre régulé. »

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Ce choix n'est pas anodin. Il reflète une volonté de répondre à la demande des clients, tout en gardant la main sur les conditions d'accès. « Il y a une demande, notamment des clients plus jeunes, mais pas uniquement. L'enjeu pour nous est d'y répondre dans un cadre suffisamment sécurisé », poursuit-il.

« Un cadre protecteur pour l'investisseur »

Dans cette logique, la banque insiste sur le rôle protecteur du cadre MIFID2 : profilage des clients, tests de connaissance et alertes en cas d'inadéquation. « On interroge les clients sur leur expérience et leur compréhension des cryptoactifs, et on met en place des alertes si nécessaire. C'est un cadre qui nous semble protecteur pour l'investisseur », fait valoir Laurent Monet.

Autre élément clé : BNP Paribas ne se positionne pas comme un prescripteur. « Nous sommes en réception-transmission d'ordres, sans conseil. Le client reste autonome dans ses décisions d'investissement », précise Laurent Monet. Enfin, la banque tient à rappeler la nature même de ces produits. « Pour nous, les cryptoactifs restent des produits de diversification dans une allocation globale », souligne-t-il, insistant sur leur niveau de risque élevé et la nécessité de les intégrer avec prudence dans un portefeuille.

Une ouverture sous conditions

Ces deux stratégies illustrent bien la ligne de crête adoptée aujourd'hui par les banques traditionnelles. D'un côté, elles ne peuvent plus ignorer l'intérêt croissant des clients pour les cryptomonnaies. De l'autre, elles cherchent à intégrer ces actifs sans renoncer à leurs fondamentaux : intermédiation, contrôle des risques et cadre réglementaire.

Résultat : l'ouverture est bien réelle, mais elle reste progressive et différenciée. Certaines banques, comme BPCE, testent une intégration plus directe. D'autres, comme BNP Paribas, privilégient encore des produits financiers dérivés, qui reproduisent les performances sans exposer leurs clients aux contraintes techniques de la détention.

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Au-delà des offres elles-mêmes, c'est aussi le contexte réglementaire qui rend ce mouvement possible. L'entrée en vigueur du règlement MiCA en Europe offre un cadre plus lisible, qui permet aux banques de se positionner sans sortir de leur zone de confort.

Une révolution encore très encadrée

Faut-il y voir un basculement ? Oui, dans une certaine mesure. Pour la première fois, des banques de réseau proposent, directement ou indirectement, un accès aux cryptoactifs à leurs clients particuliers.

Mais cette évolution reste fidèle à l'ADN du secteur. Là où les plateformes crypto mettent en avant l'autonomie et la désintermédiation, les banques réintroduisent des filtres : sélection des produits, accompagnement, vérification du profil client, cadre réglementaire strict. Les banques ne deviennent pas « crypto », mais adaptent la crypto à leur propre modèle.

Pour les clients, l'enjeu est donc de bien comprendre ce qui se cache derrière ces nouvelles offres. Entre détention réelle et exposition indirecte, entre autonomie et encadrement, toutes les solutions ne se valent pas et ne répondent pas aux mêmes usages. « Ce qui compte pour nous, ce n'est pas seulement l'actif, mais le cadre dans lequel il est proposé », assume Laurent Monet. Un bon point, puisque selon le rapport de l'Adan, 49% des sondés déclarent qu'ils préfèreraient passer par leur banque pour accéder à des offres cryptos.

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