Bruno Le Maire l'a confirmé lundi : le taux du Livret A, 0,50% actuellement, augmentera le 1er février prochain, sous l'effet de l'inflation. Reste à connaître l'ampleur de la hausse. Voici les trois scénarios envisageables.

Bruno Le Maire en a pris « l'engagement », lundi matin sur BFMTV : il y aura bien, le 1er février prochain, une hausse du taux du Livret A et, avec lui, des autres livrets d'épargne réglementée (1). Le ministre de l'Economie est resté évasif, en revanche, sur l'ampleur de cette hausse, renvoyant la balle à la Banque de France, chargée de calculer le nouveau taux. On le sait pourtant : fixer le taux du Livret A est une affaire de politique plus que d'arithmétique.

Il existe bien une formule mathématique conçue pour le calculer, selon l'évolution de deux indices, la moyenne de l'inflation hors tabac sur les six derniers mois et l'€ster, un des taux interbancaires de référence. C'est d'ailleurs la nette reprise de l'inflation qui justifie aujourd'hui de relever sa rémunération. L'écart ne cesse, en effet, de grandir entre le taux du Livret A, bloqué à son plancher de 0,50% net, et l'indice des prix à la consommation (IPC), 2,8% en novembre selon l'Insee.

Rien, toutefois, ne contraint l'exécutif à appliquer cette formule. Bercy conserve en effet le pouvoir d'y déroger et, en résumé, de fixer le taux là où bon lui semble. Quel sera son choix ? C'est la question que nous avons posée à deux économistes spécialistes du sujet, Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Epargne, et Cyril Blesson, associé au sein du cabinet PAIR Conseil. Voici les trois scénarios envisageables, du plus au moins probable.

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Scénario n°1 : l'application stricte de la formule

Appliquer la formule de calcul pour fixer le taux du Livret A : au cours de la dernière décennie, c'est devenu plutôt l'exception que la règle. L'exécutif a régulièrement usé de son pouvoir de dérogation. Cette fois pourtant, le strict respect de la formule de calcul apparaît comme un scénario plus qu'envisageable.

L'€ster étant remarquablement stable depuis de longs mois, autour de -0,56%, le taux du Livret A, dans ce scénario, dépendra de l'évolution de l'inflation hors tabac en décembre. Dans sa note de conjoncture publiée hier, l'Insee s'attend à ce qu'elle se maintienne « au-dessus de 2,6% » au cours des 6 prochains mois. En partant sur cette hypothèse basse, le taux « technique », issu de la formule, devrait donc être de 0,8% au 1er février prochain. « Je pense que le gouvernement sera plutôt enclin à appliquer ce scénario », annonce Philippe Crevel. « En dessous, cela serait jugé peu satisfaisant par les épargnants ; au-dessus, ce serait coûteux, avec des conséquences en chaîne sur tous les placements. »

La hausse du taux du Livret A entraînerait alors avec lui le LDDS et le CEL, tous deux indexés. Le taux du Livret d'épargne populaire (LEP), quant à lui, devrait passer de 1% actuellement à 2%, voire plus, et ce quel que soit le scénario. Depuis l'entrée en vigueur, en février 2021, de la nouvelle formule de calcul des taux de l'épargne réglementée, le LEP a en effet été hissé au rang de rempart de l'épargne populaire contre l'inflation. Sa rémunération ne peut, en principe, être inférieure à la moyenne semestrielle de l'inflation hors tabac. Soit 2,1% dans l'hypothèse d'une inflation à 2,6% en décembre.

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Les évolutions au 1er février prochain dans ce scénario

  • Livret A et LDDS : 0,50% => 0,80%
  • LEP : 1% => 2,1%
  • CEL : 0,25% => 0,50%

Scénario n°2 : le coup de pouce

Voilà pour la règle. Certains éléments de contexte, toutefois, pourraient encourager Bercy à y déroger. Un, en particulier, qui profiterait aux épargnants : le contexte préélectoral. « L'approche de la présidentielle va être déterminante », confirme Cyril Blesson.

Le Livret A, symbole de l'épargne populaire, est en effet un sujet très sensible dans l'opinion publique. Baisser sa rémunération est instantanément perçu comme une attaque contre le pouvoir d'achat des Français. A l'inverse, lui donner un coup de pouce peut constituer un joli coup politique.

Dans ce contexte, le gouvernement pourrait, dans l'optique de faciliter la réélection d'Emmanuel Macron en mai prochain, être tenté de porter le taux du Livret A à 1%. Pas au-delà sans doute : la réglementation prévoit que le taux du Livret A évolue par paliers de 0,5 point maximum.

La justification de ce coup de pouce est toute trouvée : il s'agirait pour le gouvernement de protéger le pouvoir d'achat des Français en réduisant l'écart entre l'inflation et la rémunération du Livret A. Ecart qui n'a jamais été aussi important : 1,3 point en novembre. Toutefois, même avec un Livret A à 1%, « le rendement réel resterait négatif », analyse Philippe Crevel. « Et il ne peut y avoir de compensation intégrale de l'inflation : cela ferait du Livret A un produit trop rémunérateur par rapport aux autres placements ».

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C'est donc la faiblesse principale de ce scénario : l'impact de la mesure sur l'opinion publique serait limité, contrairement à son coût pour les finances publiques et les banques.

Les évolutions au 1er février prochain dans ce scénario

  • Livret A et LDDS : 0,50% => 1%
  • LEP : 1% => 2,1%
  • CEL : 0,25% => 0,75%

Scénario n°3 : le coup de frein

« Déroger pour freiner la hausse du taux de Livret A, cela paraît délicat dans un contexte de campagne présidentielle », prévient d'emblée Cyril Blesson pour invalider le scénario d'une hausse limitée, par exemple à 0,6%. Il ne manquerait pourtant pas d'arguments.

Voici le principal : relever le taux du Livret A coûte cher aux finances publiques et aux banques. Selon les estimations de la Banque de France, l'exonération fiscale et sociale des intérêts de l'épargne réglementée a coûté plus d'1,1 milliard d'euros à la collectivité en 2020. Une belle somme qui, de plus, profite surtout à une minorité d'épargnants aisés et dotés de livrets bien garnis.

S'y ajoute l'impact sur les comptes de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), l'organisme public qui gère près de 60% de l'encours des livrets réglementés. « Les titres monétaires qui permettent d'assurer la liquidité du Livret A sont rémunérés actuellement à -0,5% », rappelle Philippe Crevel. C'est donc la CDC qui prend à sa charge l'écart de rémunération avec le Livret A. « Financer la surémunération du Livret A par rapport aux taux de la BCE, cela creuse les déficits publics », résume Cyril Blesson.

Selon la même logique, relever le taux du Livret A coûte cher aux banques, qui conservent dans leur bilan environ 40% de l'argent collecté. L'agence de notation Fitch Ratings a récemment estimé à 460 millions d'euros le coût annuel pour le secteur d'un relèvement du taux du Livret A à 0,75%, et à 920 millions d'euros un relèvement à 1%.

Il y a peu de chance, toutefois, que cette logique économique prenne le pas sur le calcul politique. « C'est le produit d'épargne le plus diffusé en France, on ne touche pas au taux de manière innocente, surtout à l'approche d'échéances électorales », conclut Philippe Crevel.

Les évolutions au 1er février prochain dans ce scénario

  • Livret A et LDDS : 0,50% => 0,60%
  • LEP : 1% => 2,1% ou plus
  • CEL : 0,25% => 0,50%

(1) Livrets bleus du Crédit Mutuel, Livret de développement durable et solidaire (LDDS), Livret d'épargne populaire (LEP) et Compte épargne logement (CEL)