Il faut remonter à avril 2013 (3,05 milliards deuros) pour retrouver un tel chiffre : en janvier 2017, les Français ont placé 2,89 milliards deuros supplémentaires sur leurs Livrets A. Un bon résultat - dans le même temps, lassurance-vie en euros nengrangeait que 400 millions deuros - qui confirme un retournement de tendance commencé en juin 2016. A nouveau, les Français se souviennent quils ont un Livret A.
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Le Livret A, symbole des taux bas
Comment expliquer que le Livret A retrouve de sa superbe ? Tout est question de symbole, a récemment expliqué Alain Tourdjman, à loccasion dun point presse consacré aux placements financiers des Français. « Les ménages ont mis du temps avant daccepter le nouveau régime de taux, ils ont longtemps été dans le déni », explique le directeur des études économiques du Groupe BPCE. « Les baisses de taux ont été très mal vécues, et le Livret A en a fait les frais : il est devenu le symbole des taux bas. »
Cette « réaction affective » des Français a profité au Plan épargne logement (PEL) et à lassurance-vie, deux produits à la courbe des taux plus avantageuse. Mais leur pouvoir dattraction seffrite à leur tour. Le PEL a ainsi engrangé 22,6 milliards deuros en 2015 (1), avant que labaissement du taux des nouveaux plans à 1% le 1er août 2016 ne freine sa collecte : 18,4 milliards lan dernier. Lassurance-vie a aussi connu des années fastes en 2014 (+43,5 milliards sur les fonds euros) et 2015 (+32,2 milliards). Comme le PEL, elle a ralenti en 2016 (+25,5 milliards). « Lintérêt pour le produit reste fort », nuance Alain Tourdjman. « Mais les effets cumulés des lois Eckert (2) et Sapin II (3), ainsi que lérosion du rendement des fonds euros au moment où on commence à parler de remontée des taux, ont contribué à ce ralentissement. »
Une « évaluation plus rationnelle »
Dans ce contexte, les Français semblent voir le Livret A sous un nouveau jour. « Les ménages sont entrés dans une période dacceptation des taux bas. Ils font du coup une évaluation plus rationnelle des avantages du Livret A, ce qui explique ce retour en grâce », croit savoir Alain Tourdjman.
Ce retournement de tendance concerne dailleurs plus généralement tous les produits de placement à court terme. « Il y a un effet général damélioration, qui profite aussi au Livret de développement durable (LDD) et aux livrets B fiscalisés », poursuit le spécialiste de lépargne. Et ce presquindépendamment de la question du rendement.
Malgré le retour de linflation
Cest en effet au moment où le Livret A est le moins attractif que le produit retrouve son attrait au yeux du grand public. Son taux net - 0,75% - na plus bougé depuis août 2015. Dans le même temps, on assiste à une hausse de lindice des prix à la consommation (1,4% sur un an en janvier 2017). Bilan : le rendement réel, net dinflation, du Livret A est actuellement négatif, et ce pour la première fois depuis 2012, comme le montre ce graphique :
Dans limmédiat, il ny a d'ailleurs guère despoir damélioration. Le gouvernement a en effet décrété en juillet 2016 que le taux du Livret serait gelé jusquà la présidentielle de mai 2017. Il faudra donc attendre au mieux jusquen août 2017 pour assister à lapplication de la nouvelle formule de calcul et voir, éventuellement, le taux du Livret A se redresser.
Un retour en grâce durable ?
Eventuellement est le mot. Car même si le retour de linflation justifiait une hausse du taux, probablement à 1,25%, cette revalorisation interviendrait après lélection présidentielle. Dans un contexte, donc, presquimpossible à anticiper aujourdhui. « La tendance pousse à la hausse du taux du Livret A », confirme Alain Tourdjman. « Mais juste après lélection, ce sera une décision très politique. Il est donc difficile de dire si elle sera prise ou non : tout dépendra du type de gouvernement que nous aurons. »
Cest donc pour une part le destin politique du pays qui influera sur celui du Livret A. Son retour en grâce sera-t-il pérenne, même en cas de stabilité du taux ? Les Français le verront-ils comme une valeur refuge en des temps troublés ? Réponse dans les prochains mois.
(1) Les chiffres de collecte cités dans cet article sont ceux de la Banque de France. (2) Loi relative aux comptes bancaires inactifs et aux contrats dassurance-vie en déshérence, entrée en vigueur début 2016. (3) Lire sur le sujet : Assurance-vie : jusqu'où iront les pouvoirs de Bercy ?



















