Le livret A, un des produits d’épargne les plus populaires de notre pays, servirait-il les épargnants les plus riches ? Les derniers chiffres publiés par l’Observatoire de l’épargne réglementée révèlent que l’encours du livret défiscalisé est de plus en plus concentré sur les gros contrats. Seulement 2% des livrets ont aujourd’hui atteint leur plafond mais ils totalisent plus d’un dixième de l’encours global du produit. Un phénomène accentué par ses récents relèvements de plafond.

Ils ne sont pas si nombreux que cela les « gros » livrets A. Mais ils pèsent lourd dans l’encours total de ce produit d’épargne. C’est une des conclusions du dernier rapport de l’Observatoire de l’épargne réglementée (OER) publié la semaine dernière. Fin 2013, le livret A avait un encours moyen de 4.063 euros, un montant en augmentation de 7% sur un an (3.796 euros fin 2012) et qui cache d’importantes disparités.

Les quelques « gros » livrets concentrent la majorité de l’encours

Le livret A est un produit d’épargne particulièrement attractif et présent dans la quasi-totalité des foyers français : en 2013, son taux de détention était de 95,5% (1). Cependant, les livrets A les moins dotés sont surreprésentés : selon l’OER, les comptes d’un montant inférieur à 150 euros, loin du plafond actuel de 22.950 euros, totalisent 45,1% des livrets à la fin 2013. Pourtant, leur encours représente seulement 0,4% de l’encours total, « soit un montant moyen de 31 euros » ont calculé les rapporteurs de l’OER.

A l’inverse, les livrets d’un montant supérieur à 15.300 euros représentent seulement 11,7% du nombre total de livrets en 2013 mais 58,4% de l’encours total. Parmi ceux-ci, les livrets ayant dépassé leur plafond grâce à la capitalisation des intérêts (2) regroupent 2,1% du nombre total de livrets mais 10,9% de leur encours global.

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Le relèvement du plafond du livret A : une mesure pas si populaire

Paradoxe pour un produit qui se veut « populaire », l’encours des livrets A est donc concentré sur les produits les plus fortement dotés. En outre, entre 2012 et 2013, l’Observatoire constate que cette concentration s’est nettement accentuée. Les deux relèvements successifs du plafond du livret A en octobre 2012 et janvier 2013 (3) en seraient la cause selon le rapport. D’ailleurs, la répartition des encours du Livret de développement durable (LDD) a connu une évolution similaire suite au doublement de son plafond le 1er octobre 2012 : « 20% des LDD les plus dotés représentaient 59% de l’encours en 2013, après 54% en 2012 » détaille le rapport.

Les ménages les plus aisés ont donc été concernés par les deux relèvements successifs du plafond du livret A et y ont placé une partie de leur épargne sur ce produit pour bénéficier de sa défiscalisation. A l’inverse, cette mesure n’était pas destinée à la majorité des Français : les économies des foyers les plus modestes atteignaient rarement le précédent plafond. Selon le rapport de l’OER, plus de 90% (91,9% exactement) des livrets A présentaient en 2008 un solde inférieur au précédent plafond de 15.300 euros. En 2013, plus de 88% des livrets sont restés inférieurs à ce montant.

Comme l’avait déjà conclu en 2013 une étude de l’Observatoire de l’épargne européenne, le relèvement du plafond du livret A a concerné les plus riches alors que cette décision, promesse de campagne de François Hollande en 2012, se voulait être une mesure populaire par excellence.

Lire aussi : Livret A : qui sont ces Français qui profitent de la hausse du plafond du versement ? 

(1) Taux de détention tiré du rapport de l’OER et intégrant les situations de multidétention.

(2) Depuis le 1er janvier 2013, le plafond du livret A est de 22.950 euros.

(3) Au 1er octobre 2012, le plafond du livret A est passé de 15.300 euros à 19.125 euros. Il a été une nouvelle fois relevé à 22.950 euros le 1er janvier 2013.