Comment calcule-t-on le taux du Livret A ?
Depuis le 1er juillet 2004, le taux du Livret A est calculé en appliquant une formule mathématique qui intègre deux variables : les taux interbancaires (Euribor et Eonia) et lindice des prix à la consommation hors tabac des douze derniers mois. A nouveau retouchée en 2008, la règle est actuellement la suivante : le taux dintérêt du Livret A est un chiffre, arrondi au quart de point le plus proche, le plus élevé, entre :
- linflation des douze derniers mois, augmentée dun quart de point
- la moyenne arithmétique entre, dune part, linflation des douze derniers mois et, dautre part, la moitié de la somme de la moyenne mensuelle de lEuribor 3 mois + la moyenne mensuelle de lEonia (pour le dernier mois connu).
De fait, depuis plusieurs années, la faiblesse des taux interbancaires rend cette variable inopérante. Le taux du Livret A est donc indexé aujourdhui sur linflation hors tabac des douze derniers mois. Ainsi, le chiffre de 0,6% annoncé ce matin par lInsee donne logiquement un taux du Livret A de 0,75% au 1er février. Sera-t-il réellement appliqué ? Rien nest moins sûr.
Dans quel cas, et qui, peut déroger ?
Si lon sen tient toujours à la lettre du règlement n°8613 qui encadre la rémunération des produits dépargne réglementée, le taux du Livret A est révisable automatiquement au 1er février et au 1er août, en appliquant la règle de calcul détaillée ci-dessus. Il est donc, en théorie, le reflet dun certain état de léconomie, et pas dun choix politique. Toutefois, le règlement offre aussi au gouverneur de la Banque de Banque le pouvoir de déroger à la règle de calcul, dans deux cas de figure :
- en cas de « circonstances exceptionnelles », sans plus de précision ;
- si lapplication de la règle de calcul « conduit à un nouveau taux des Livrets A ne permettant pas de préserver globalement le pouvoir dachat des épargnants ».
Cest ce second argument qui a été utilisé pour justifier les deux dernières dérogations en date, en janvier puis en juillet 2013. En ces deux occasions, la chute du taux, liée comme aujourdhui à la faiblesse de linflation, avait été freinée, le ministre de lEconomie et des Finances Pierre Moscovici évoquant un nécessaire « coup de pouce » au pouvoir dachat des Français. Une manière, pour le gouvernement, datténuer limpact du repli sur lopinion : tous les Français, ou presque, possèdent en effet un Livret A, et la baisse de sa rémunération est forcément très impopulaire.
Au final, le taux du Livret A reste donc assez largement une décision politique, pilotée par Bercy, plus que par la Banque de France. On devrait dailleurs en avoir un nouvel aperçu dans les prochaines heures, Pierre Moscovici ayant déjà laissé entendre quune nouvelle dérogation était probable.
Lire aussi : Livret A : Pierre Moscovici penche pour le maintien du taux à 1,25%
1,25% est-il un taux plancher ?
Jamais le Livret A na rapporté aussi peu à ses détenteurs. Rémunéré à 1,25% depuis le 1er février 2013, il est actuellement au plus bas taux de son histoire, pourtant bi-centenaire. Pour autant, peut-il descendre encore plus bas ? Si lon sen tient à la règle de calcul détaillée ci-dessus, rien ne len empêche.
Mais comme nous lavons également vu, la fixation du taux du Livret A reste avant tout une question politique. Et dans le contexte actuel (faible croissance, chômage de masse, hausse de la TVA, élections municipales, etc), il est peu probable que Bercy ait laudace de mécontenter les Français en appliquant la règle à la lettre. Pierre Moscovici a déjà préparé le terrain en expliquant, le 7 janvier dernier sur RTL, que le Livret A à 1,25% avait « dores et déjà ( ) atteint un taux bas ». De là à parler dun taux plancher, il ny a quun pas.













